La main du diable

Mohamed Ben Salman
(Photo AFP)

La visite du président de la République aux Émirats arabes unis et en Arabie Saoudite a été critiquée au nom des droits de l’homme. C’est une collision entre le respect des principes démocratiques et la nécessité géopolitique.

ON NE PEUT PAS détruire de l’intérieur le prince saoudien Mohamed Ben Salman(MBS), l’homme qui a fait assassiner en Turquie un journaliste d’opposition. En tout cas, dénoncer ses méthodes inhumaines sans jamais le sanctionner ne produira aucun résultat. Emmanuel Macron est forcé d’adapter sa politique étrangère à la nature du numéro un saoudien. Il feint de ne pas savoir qui il est et ne retient de lui que la dimension de son pouvoir. En France, la campagne électorale et l’élection de Valérie Pécresse comme candidate des Républicains a noyé l’importance de la visite de M. Macron dans cette partie du monde.

Le contrat du siècle.

Pourtant, il a vendu 80 avions Rafale, pas un de moins, aux Émirats arabes unis qui ne sont pas eux non plus des parangons de démocratie. Un contrat de 16 milliards d’euros qui donne un avenir prospère à l’industrie aéronautique en France. De ce point de vue, quand Mme Pécresse dit que Macron cherche à « plaire » alors qu’elle veut « faire », il n’est pas difficile de lui rétorquer qu’elle n’a pas commencé à plaire tandis que lui a déjà beaucoup fait. Curieusement, l’opposition, de gauche ou de droite, n’a pas cru bon de voler dans les plumes du président dans cette affaire. Ce n’est sûrement pas le moment, après le coup de l’Australie, de reprocher au gouvernement une vente d’armes à l’étranger. Tout le monde fait de la Realpolitik, l’État, l’opposition et les syndicats, sans parler des milieux d’affaires.

Un pays « calciné ».

Tant que M. Macron va à Ryiad pour tancer MBS sur ses méthodes de répression, il ne risque pas de le déboulonner. Mais heureusement pour lui, personne en face de lui n’ose affirmer qu’il pourrait à la fois à vendre des armes à des pays répressifs et à modifier leur attitude. Dans la signature du « contrat du siècle », il y a bien un peu de talent de Macron, un acharnement discret et efficace du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et la déterminations de la ministre de la Défense, Florence Parly. Que les propos de tréteaux présentent la France comme un pays calciné par les erreurs de gestion du pouvoir, c’est bien naturel et d’ailleurs les partis continuent à le faire et n’ont rien de bien concret à la bouche. Cela ne veut pas dire pour autant qu’ils sont dans le vrai.

Vaste programme.

Comment, dans ces conditions, relancer l’action humanitaire pour changer, de l’extérieur, des régimes liberticides ? Encore une fois, le réalisme conduit d’abord à se défendre contre la Russie, qui s’apprête à envahir l’Ukraine sans le dire, ou contre la Chine qui poursuit une politique hégémonique. Pas besoin d’être grand clerc pour savoir que, si nous ne vendions pas des armes aux Émirats, un autre pays le ferait et que, du moment que nous en vendons, nous les associons automatiquement à notre géopolitique.

Les États arabes seront plus sensibles au contact avec la France des libertés que d’autres pays dominés par le cynisme, comme la Turquie, dont la crise identitaire la rend sourde aux sirènes occidentales. De toute façon, il valait mieux faire de ces pays du Moyen-Orient des amis que des ennemis qui n’auraient jamais fini de nous harceler. J’insère cette réflexion dans la campagne électorale parce qu’elle nous fait oublier un certain nombre d’éléments essentiels à considérer. Bien entendu, cette vente de Rafale est un coup d’as. Et bien entendu, il ne faudra pas céder sur un impératif catégorique : le respect des droits de l’homme dans ces nations qui éprouvent pour nous (et pour notre technologie) de l’affection.

RICHARD LISCIA

 

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1 réponse à La main du diable

  1. Laurent Liscia dit :

    Comme disait Kant: morale et politique ne sont pas compatibles.
    Et comme je ne suis pas président, je peux me permettre de dire, comme toi, que MBS est une crapule medievale. Ce que Macron pense très certainement, qui ne le pense pas ?
    Une note peut-être plus optimiste: la nécessité économique, c’est aussi ce qui fait que les nations ne se tapent pas dessus en permanence. Le commerce détourne la violence.

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