Le poids de Ciotti

Copains comme cochons
(Photo AFP)

Valérie Pécresse est-elle l’élue libre de ses choix, ou doit-elle rendre des comptes à Éric Ciotti ? La question semble se poser tant sa visite dans le fief méridional de son ex-challenger semble le confirmer. Dès samedi, M. Ciotti insistait, avec sa mauvaise humeur habituelle, sur le rôle essentiel qu’il entendait jouer dans la campagne. Mme Pécresse s’est empressée de le rassurer.

POUR LA CANDIDATE de LR, l’avenir est radieux. Sa cote a bondi de trois points dans les sondages, elle est à 17 % dans deux sondages et rattrape déjà Marine Le Pen dans le second. Sa crédibilité au sujet d’un passage au second tour est immense. Dans le deuxième sondage, elle donne du fil à retordre à Emmanuel Macron qui ne la bat que par 4 points à 52/48. Il est souhaitable de rapprocher ces deux éléments d’analyse : d’une part elle progresse et semble capable de laisser au seuil du second tour Marine Le Pen et Éric Zemmour, qui ne sait plus se distinguer que par la violence verbale et physique de sa campagne. Et d’autre part,  dans le second, elle peut battre Macron.

Une troisième extrême droite.

Mais qu’est-ce que cela veut dire quand on sait que, spontanément, elle rejoint les idées de M. Ciotti, qui disait naguère qu’il voterait pour le journaliste au second tour ? Qu’elle croit que sa victoire dépend non seulement du nombre d’anciens fillonistes prêts à voter pour elle, mais qu’elle entend ponctionner les voix de ceux qui ont quitté la droite et la gauche pour aller à l’extrême droite. Elle représente en définitive une troisième extrême droite. Nul doute qu’elle donne à la campagne un stimulant énorme et qu’elle va obtenir, de cette manière, la réponse adéquate des centristes et de la droite macronienne. Mais elle idéologise aussi son propre parti. Elle n’est plus réellement une alternative à Le Pen ou à Zemmour et encore moins au président de la République, qui s’est déjà montré capable de rassembler la droite et le centre.

Une stratégie de conquête.

En conséquence, si Valérie Pécresse, connue pour son charisme et son enthousiasme, continue à pomper des électeurs de la droite  extrême, elle ne pourra appliquer que le programme de Ciotti dans deux grands dossiers, insécurité et immigration, elle ne pourra que durcir ses positions qui ne sont pas vraiment ni centristes ni de gauche. On trouve deux puissants aliments à ce que j’appellerai la « dérive » de Mme Pécresse : elle n’est pas écœurée de rejoindre, au moins en partie, le programme des Le Pen, Zemmour et Ciotti ; et elle l’est d’autant moins que ça marche.

Entouré de divers mouvements qui soutiennent sa candidature, Emmanuel Macron doit donc insister désormais sur le fait que Mme Pécresse n’a plus rien à voir avec lui. Juste avant le congrès de LR, on la voyait un peu comme le clone de Macron. Il n’en est rien. Si en se présentant à la candidature, elle semblait faire une offre politique comparable à celle du président, aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Elle justifie du coup la candidature de Macron.

Elle n’est pas Merkel.

J’entends bien les voix nombreuses qui annoncent le raz-de-marée de la « petite nouvelle », dont le charme, le sourire et la simplicité sont des moyens de conquête. Quelque chose grince sous la candeur apparente. Il n’y a pas que Ciotti. Ils sont nombreux à s’être investis dans la personnalité séduisante de celle qui se considère comme partiellement Thatcher et partiellement Merkel. À commencer par Christian Jacob, puis Bruno Retailleau, Gérard Larcher, sans oublier Laurent Wauquiez qui encourage Valérie Pécresse depuis son donjon de Clermont-Ferrand et susurre ses félicitations comme si elle avait passé brillamment son examen de présidente autoritaire. Si elle était un quart Merkel, elle aurait le respect de l’ex-chancelière pour les droits de l’homme et l’aurait félicitée d’avoir accueilli un million d’immigrants en une seule fois.

Un manque d’indépendance.

De toute évidence, c’est la branche la plus dure de la droite de la droite qui a emporté cette élection au congrès de LR.  Tout à coup, après la crise infantile de Ciotti, Mme Pécresse apparaît comme la marionnette de ces messieurs. On trouvera mon langage d’autant plus excessif qu’elle accepte son rôle avec grâce. Mais rien ne l’empêchait de dire qu’elle avait largement battu Ciotti et qu’elle ne lui devait rien ; qu’elle n’avait pas conquis son investiture dans une officine du parti ; qu’elle était qui elle était, ni Thatcher, ni Merkel et encore moins Larcher ou Wauquiez. Elle a préféré se ranger dans ce camp-là. Croit-on sincèrement que les bataillons d’électeurs qui restent attachés aux principes républicains la laisseront faire ?

RICHARD LISCIA

 

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5 Responses to Le poids de Ciotti

  1. Sphynge dit :

    Vous avez raison : on peut trouver votre langage excessif ! Voir de l’extrême-droite dans la droite des Républicains, c’est voir de l’extrême-droite chez 70% des Français, un peu comme les trotskystes qui considèrent d’extrême-droite tout ce qui n’est pas trotskystes. Il est vrai qu’en d’autres temps la France a connu « 40 millions de pétainistes, puis 40 millions de gaullistes (quelques mois plus tard) » !

    Réponse
    La droite des Républicains ? Ciotti ? Non, mais vous plaisantez ? L’homme qui aurait voté Zemmour et qui maintenant se met en tête d’imposer ses conditions à Valérie Pécresse? 70 % des Français ne sont pas d’extrême droite et ils le feront savoir l’an prochain.
    R.L.

  2. pernot francois dit :

    Je trouve que vous dérivez vraiment de plus en plus ; votre défense de Macron commence vraiment à vous faire dire n’importe quoi ; vous estimez que V. Pécresse n’est plus républicaine depuis qu’elle a décidé de s’attaquer au problème de l’immigration et parce qu’elle a certaines idées communes avec celles d’Eric Ciotti ; mais c’est précisément ce que beaucoup de français , comme moi , demandent ; elle dit la même chose depuis le début de la campagne interne des républicains et elle récuse d’ailleurs certaines idées de Ciotti avec justesse ; vous avez applaudi la semaine dernière à son élection en disant que les républicains étaient honorés de ce vote et aujourd’hui vous l’accablez en nous faisant croire qu’elle est devenue la marionnette des mâles républicains ; mais les gens qui la soutiennent ne veulent pas qu’elle ait les mêmes projets que Macron ; sinon à quoi servirait sa candidature ? Elle a montré qu’elle savait diriger une région difficile et c’est peut -être plus compliqué que de gérer la France ; elle aura une ribambelle d’hommes politiques de valeur auprès d’elle alors que Macron n’a à peu près eu que quelques recrues des républicains pour avoir un gouvernement à peu près professionnel ; je crois que vous vous trompez gravement sur sa personnalité et plus grave vous essayez de le faire avaler à vos lecteurs ; au fait je n’ai pas repris, comme prévu , mon abonnement au QDM trouvant des articles médicaux nombreux tout aussi intéressants ailleurs ; décision que j’avais prise l’année dernière après que vous ayez eu des mots insultants à mon égard sur un problème de désaccord politique qui ne les méritaient pas …. Mais je m’aperçois que je peux continuer à vous lire et finalement ça m’amuse assez car je pense que vous n’êtes pas au bout de votre bataille pour notre actuel président ; mais faites attention qd-même à des énormités comme celle de ce soir qui sont à mon avis contre-productives pour votre candidat.

    Réponse
    Pour faire avaler quoi que ces soit à quelqu’un, il faut l’avoir devant soi, ce qui n’est jamais le cas avec vous. Vous n’avez que le courage de vous désabonner, ce qui décrit parfaitement votre mesquinerie. Personne ne vous oblige à me lire. Quant à l’idée qu’on peut trouver des informations médicales autrement que dans la presse médicale, cela donne l’idée exacte du professionnel que vous êtes.
    À propos, je ne mène aucune bataille. Je propose une analyse. Si elle ne vous plait pas, il vous suffit de ne pas me lire et surtout de ne pas m’écrire.
    R. L.

  3. Martzloff dit :

    Je suis abonné à ce journal depuis (fort) longtemps, j’ai lu vos éditoriaux avec sympathie mais là je ne suis plus d’accord. Nous sommes très nombreux dans cette profession à être lassés du discours islamo-gauchiste d’une certaine presse et bienveillant de neutralité du marcronisme et ses sympathisants. Les gens de centre droit (comme moi) ont clairement pris un virage à droite et Valérie Pecresse représente un espoir pour eux aujourd’hui. Je souhaite que Ciotti soit Ministre de l’Intérieur de son gouvernement si elle est élue.

    Réponse
    Il sera Premier ministre. Je n’ai pas très bien compris de quoi vous êtes lassé. Je ne vois pas comment le terme islamo-gauchiste serait compatible avec mes articles. J’espère que vous avez eu un moment de délire, car la diffamation finit devant un tribunal. Mme Pécresse est une démocrate, mais jusqu’à preuve du contraire : elle s’est allié avec un représentant de l’extrême droite, M. Ciotti.Vous vous prétendez centre droit, mais centre droit, ce n’est pas soutenir un type qui s’appelle Zemmour.
    R.L.

  4. CAZENAVE Jean dit :

    Cher M. Liscia, je suis d’autant plus à l’aise pour vous répondre que je suis un très fidèle lecteur de vos éditoriaux depuis de nombreuses années car vous ètes très pertinent et particulièrement objectif.
    Mais dans ce cas précis je ne suis pas d’accord avec vous ! Madame Pécresse représenterait une troisième extrème droite ? C’est très excessif et même partial …
    Tout ce qui est excessif étant insignifiant, cela ne cadre pas du tout avec le sérieux et la pondération auxquels vous m’avez habitué.
    Comme l’écrit François Pernot « vous avez applaudi la semaine dernière à son élection en disant que les républicains étaient honorés de ce vote et aujourd’hui vous l’accablez ……… »
    Qui aime bien châtiant bien, souffrez que je vous fasse le reproche de cette très inhabituelle exagération.

    Réponse
    Il est logique que les commentaires négatifs s’ajoutent aux commentaires positifs. Samedi, Mme Pécresse l’a emporté. Lundi, elle s’est rendue aux exigences manifestées publiquement par M. Ciotti. Samedi, j’ai salué sa victoire. Lundi, j’ai désapprouvé son alliance publique avec un homme prêt à voter Zemmour. C’est l’âme de LR qui est en jeu. Mardi, un sondage miraculeux affirme qu’elle bat M. Macron au second tour.On peut parfaitement y croire mais on peut aussi se demander s’il s’agit d’une conquête définitive ou un feu de paille, alors qu’il reste un candidat non déclaré. Mais, contrairement à ce que vous semblez croire, je ne pratique pas le culte de la personnalité. Je ne serais affecté d’aucune manière si Mme Pécresse était élue. Mais, dans ces colonnes, je me suis élevé avec détermination, acharnement et constance contre la montée de l’extrême droite à laquelle M. Ciotti appartient assurément, alors que Valérie Pécresse a des complaisances pour lui. Qu’est-ce qui vous surprend ? Que je n’ai pas changé d’avis ou pire que je devrais changer d’avis au premier sondage ?
    R. L.

    • Dr René Lébeaupin dit :

      Quel qu’ait été le résultat du premier tour de la primaire de droite, il était prévu que les deux postulants se réunissent après le deuxième tour de la primaire. Les LR n’ont pas intérêt à se diviser avant l’élection présidentielle, il est donc nécessaire de s’allier, Eric Ciotti peut représenter à l’intérieur du mouvement l’ incarnation d’une droite dure pour ne pas dire extrême, et ainsi limiter le poids électoral des deux candidats déclarés d’extrême droite, au profit de LR, et de Mme Valérie Pécresse qui sait bien qu’elle aura besoin des services de son ailier droit. La préférence affichée d’Eric Ciotti pour Monsieur Z au deuxième tour lui permet de désigner son opposant et de tenter de hisser son mouvement à la confrontation du deuxième tour, tout en espérant dans le même temps, capter une partie des voix les plus conservatrices. En cas de deuxième tour opposant LREM et LR, nul ne sait quel appel au vote pourrait être lancé par Monsieur Z.
      Dr R. L.

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