Nouvelle-Calédonie : le flou

Un choix très clair
(Photo AFP)

Bien qu’il ait accusé réception d’un taux de participation très bas (moins de 44 % des suffrages), le président de la République a considéré le résultat du référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie comme une victoire du « non » (95 %), donc comme un ancrage de l’île dans la France.

LE TAUX élevé de l’abstention montre que nombre de canaques ont répondu au boycottage exigé par leurs principaux représentants. Ils ne sont pas allés voter, ce qui déséquilibre le résultat. Le gouvernement ne minimise pas le rejet du scrutin par une forte partie de la population et sait qu’il a affaire à un clivage croissant entre caldoches et canaques. Mais il a eu l’élégance de rappeler que le référendum n’a été que le début d’une longue procédure destinée à donner aux habitants davantage de droits et d’autonomie.

Une majorité pour la France.

Pour le moment, il apparaît clairement que cette démarche n’ira pas, dans les années qui viennent, vers l’indépendance tant souhaitée par le FLNKS, le parti canaque. De sorte que les tensions risquent de s’aggraver assez rapidement et qu’il faudra, comme chaque fois, agir avec la plus grande subtilité. Il faut noter néanmoins que trois référendums, tous réalisés pendant le mandat d’Emmanuel Macron, ont largement confirmé l’existence d’une majorité vigoureusement attachée à la France.

La question de l’hégémonie chinoise.

Le problème, naguère confiné à la Nouvelle-Calédonie, est compliqué aujourd’hui par la géopolitique. Nul n’ignore la volonté de la Chine de faire de cette partie du monde une chasse gardée où elle n’a en réalité aucun droit. La France a eu l’occasion de réaffirmer ces derniers temps qu’elle est une puissance du Pacifique Sud, avec sa présence en Nouvelle-Calédonie et avec la Polynésie. En se retirant brutalement de l’accord sur les sous-marins signé avec la France, l’Australie s’est tiré une balle dans le pied : non seulement l’autre contrat, celui qu’elle a signé avec les États-Unis, semble très difficile à appliquer, mais elle n’aura pas une défense sous-marine avant plusieurs années, alors que la présence militaire française lui assure une protection.

Les canaques qui ont voté non.

Les canaques refusent d’entrer dans ce raisonnement et ripostent par le tableau inégalitaire qu’ils dressent de leurs relations avec les caldoches, et qui n’est autre que la représentation d’une situation coloniale bien mal corrigée depuis que Michel Rocard a lancé un plan institutionnel jalonné de consultations et censé conduire à l’émancipation des autochtones. Il demeure que le scrutin de dimanche a rayé le mot indépendance. Malgré l’abstention, des canaques ont voté contre la rupture avec la France métropolitaine. C’est le cas classique d’un territoire d’outremer dont la population a ses mœurs et ses traditions, mais a assimilé l’influence culturelle nationale.

Comment rapprocher les points de vue.

En outre, les  indépendantistes ne peuvent pas ignorer indéfiniment la question de l’hégémonie chinoise qui, s’ils y réfléchissent, serait sans doute plus lourde que celle de la France. Comme tous les peuples dominés, ils exigent une liberté inconditionnelle, mais ils ne sont pas certains de ce qu’ils vont en faire et leur émancipation doit être accompagnée de mesures capables de stabiliser l’île sur le plan de la sécurité et de l’économie. Le rôle du gouvernement est de les rassurer sur ses intentions : il ne doit pas faire du scrutin de dimanche l’alpha et l’oméga de sa politique. Au contraire, elle doit être centrée sur la satisfaction des revendications sociales, principalement, mais aussi sur un minimum de délégation des pouvoirs.

RICHARD LISCIA

 

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One Response to Nouvelle-Calédonie : le flou

  1. tapas92 dit :

    Petite correction d’une de vos phrases : « C’est le cas classique d’un territoire d’outremer dont la population a ses mœurs et ses traditions, mais … avec l’argent de la métropole tant haïe »
    Réponse
    Je m’en tiens à ce que j’ai écrit.
    R. L.

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