Macron le marathonien

Le don de l’uibiquité
(Photo AFP)

Deux heures et demie de discours et de questions-réponses : voilà bien une conférence de presse comme on en fait nulle part, sauf en France. Néanmoins, Emmanuel Macron a voulu donner une certaine solennité à sa présidence française de  l’Union européenne, qui, comme il l’a souligné, n’arrive que tous les treize ans.

ON PEUT être passionné par l’Europe mais reconnaître qu’elle représente une montagne de dossiers techniques, compliqués à l’infini et dont il vaut mieux esquisser les contours. Avec son dynamisme habituel, le chef de l’État n’a pas craint d’entrer dans les détails. Les Français, eux, retiendront qu’une nouvelle pièce de deux euros sera mise en circulation, et que, si son nouveau président a l’intention de modifier quelques politiques européennes, il n’est pas question pour lui de changer les traités. Une miraculeuse coïncidence a fait qu’au même moment, Valérie Pécresse publiait dans « le Monde » une tribune sur ce que sera sa politique européenne puisqu’il est évident qu’elle va gagner les élections et que, faute d’avoir été élue assez vite, elle ne bénéficiera que de trois mois de présidence européenne. Mais trois mois qui suffiront à faire oublier tout ce que Macron a dit hier.

Y être ou pas.

On ne trouvera pas, dans le texte de la candidate, de quoi la placer dans une situation farouchement opposée à  celle du président. Il ne pouvait en être autrement dès lors que le document a été produit pour contrer l’effet de la conférence de presse et a donc été rédigé dans la précipitation. Mais l’Europe, encore une fois, c’est très technique. Ce n’est pas un domaine où vous pouvez vous singulariser. Vous ne commencerez à le faire que si vous envisagez de la quitter. Y être ou pas, voilà la question posée non pas par ce que le Royaume-Uni nous offre de meilleur, c’est-à-dire William Shakespeare, mais par ce qu’il nous propose de pire, c’est-à-dire Boris Johnson.

150 minutes.

Le président n’a pas hésité à tailler un costume à BoJo, notamment en relevant qu’il ne fait jamais ce qu’il dit et s’arrange pour faire traîner l’application de décisions incluses dans un accord signé de sa main, comme c’est le cas pour les pêcheurs français en Manche. Il a refusé d’entrer dans le jeu des questions de politique intérieure, même s’il a fini par brocarder Éric Zemmour après avoir refusé de le « disqualifier ». Zemmour, c’est la haine de la France, a-t-il dit. Il a même eu un moment d’humour, lors de la dernière question qui portait sur l’annonce de sa candidature, laquelle selon la journaliste, brûlait les lèvres de ses confrères. M. Macron a dit, sans répondre à la question, qu’il voyait dans l’intérêt de la presse pour ce sujet, « une forme d’affection », ce qui a fait rire la salle. Ouf ! Il s’en tirait par une pirouette, après 150 minutes de dialogue.

Une inégalité supportable.

La presse, en réalité, ne cesse de se demander comment Macron va pouvoir cumuler présidence française de l’Europe, présidence de la République et campagne électorale. Ah ! Mais il est increvable. Toujours par monts et par vaux, car il adore le contact avec les Français, y compris ceux qui ne sont pas du tout d’accord avec lui, et presque doué d’ubiquité. Quant au mythe selon lequel le président devrait se déclarer plus tôt dans la campagne, il n’a été conçu que par l’opposition. On a toujours pressé les présidents installés de se déclarer le plus tôt possible pour un second mandat, ils ont toujours fait la sourde oreille. Car ils ont ainsi un privilège qu’on continuera à discuter jusqu’à la fin des temps : ils mettent les moyens de la présidence au service de leur candidature.

Une telle inégalité  ne me remplit pas d’horreur, car chaque parti de gouvernement finit par bénéficier de ce privilège. On ne va pas écrire une loi pour dire à quelle date un président sortant doit déclarer sa candidature à un second mandat. Le président de la République française ne manque pas de pouvoirs, mais ce n’est pas celui-là qui en fera un dictateur.

RICHARD LISCIA

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