L’affaire du drapeau

Macron le 31 décembre
(Photo AFP)

J’ai pris mes distances pendant une quinzaine de jours et je constate que, ayant laissé une polémique déjà oubliée, j’en retrouve une autre. C’est celle du drapeau européen, installé pendant deux jours sous l’Arc de Triomphe et sous la tour Eiffel. 

Les plus sages diront qu’on n’échappera jamais, en campagne électorale, aux polémiques de toutes sortes, les unes appropriées, les autres ridicules. C’est un effet peut-être lassant de la démocratie, mais au moins ne sera-t-il pas dit que l’opposition n’a pas toutes les chances de se faire entendre et que, si elle perd, elle aura vaillamment poursuivi le combat. Du point de vue de la majorité présidentielle, l’effet est plus négatif : toute mesure prise pendant la campagne sera aussitôt notée zéro. Les assauts et le harcèlement des droites et gauches extrêmes, trop vite rejointes par LR, ont néanmoins un pouvoir d’épouvante limité : elles ne peuvent pas non plus se targuer d’avoir déstabilisé le pouvoir.

Un fonds idéologique.

On devra admettre que les oppositions sont anti-européennes et que, là ou elles se situent, ne peut être hissé que le drapeau national et que, de ce point de vue, la consécration du drapeau européen au moment à la France devient présidente de l’UE pour six mois, le message envoyé par Emmanuel Macron est clairement anti-souverainiste. Il y a donc un fonds idéologique dans la réaction des extrêmes qui justifierait leur colère, néanmoins artificielle et fabriquée de toutes pièces. Le drapeau européen n’aura duré que deux jours. On en a conclu que le président avait cédé lâchement aux pressions. Non, réplique l’Élysée, la limitation à 48 heures avait été prévue.

Macron prend son temps.

De la même manière, l’opposition demande à M. Macron de hâter le moment où il annoncera sa candidature officiellement. Mais au nom de quel texte de loi ? Faudrait-il qu’il n’ait pas le droit de retarder, comme l’ont fait ses prédécesseurs, cette annonce jusqu’à la dernière minute ? N’a-t-il pas raison de continuer à gouverner jusqu’au début de la campagne électorale officielle, pas celle qui a commencé il y a déjà plusieurs mois ? Il a répondu sur le sujet à ses détracteurs par une belle phrase où il a déclaré qu’il continuerait à servir le pays au-delà de mars, sous un autre magistère s’il le faut. Entendez par là qu’il n’exclut nullement de perdre cette élection et qu’il a eu du courage pour le faire savoir.

Pécresse fait de l’ombre à Macron.

Si les criailleries et les querelles d’un jour constituent le fond de la campagne, tout le monde peut constater que la position personnelle de Macron, à 41 % de popularité, s’est encore renforcée ces derniers jours. Il devrait arriver en tête au premier tour, pour autant que les sondages soient crédibles, mais bien sûr, Valérie Pécresse est la candidate qui lui fait le plus d’ombre et peut le vaincre.

Elle le peut parce que, grâce à sa désignation, le fait qu’elle soit une femme et une démocrate, la bonne implantation de LR dans le pays qui lui assurerait une majorité, sont capables de lui offrir une victoire. On a beau parler de chaos à propos de la campagne, les partis politiques, à 300 jours du premier scrutin, ont solidifié leurs positions,. La gauche est implacablement minoritaire, M. Zemmour ne s’est pas retiré de la campagne, ce qui divise une extrême droite pourtant très forte (36 % des votes) et de fait, les seuls qui puissent opposer un rempart à l’extrême droite sont Macron et Pécresse.

Grosse ficelle.

C’est sur cette qualité de « tombeur ou tombeuse » des néo-fascistes que se jouera l’élection. L’extrême droite est, plus que jamais, le danger le plus grave qui menace le pays. Il n’œuvrera pas à son redressement si les institutions actuelles ne sont pas préservées. De ce point de vue, Mme Pécresse se trompe quand elle rejoint la meute de l’extrême sur des sujets, comme le drapeau européen, qui ne méritent pas ce plongeon inquiétant dans le souverainisme. Certes, elle sait combien de citoyens de droite sont séduits par Marine Le Pen ou Éric Zemmour. Mais la ficelle est trop grosse. Il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages.

RICHARD LISCIA 

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2 Responses to L’affaire du drapeau

  1. Jean Vilanova dit :

    Nous avons eu droit à tout depuis quelques années : hier les crèches et le voile…puis la 5G et le porno dans les ascenseurs… maintenant les prénoms, le iel, le drapeau, j’en passe et des meilleures…en attendant la suite, hélas !
    Tout devient prétexte à se déchirer dans ce pauvre pays qui fut celui de Voltaire et de Tocqueville et qui aujourd’hui va, pantelant, à son implosion.

  2. Laurent Liscia dit :

    Le drapeau européen, une insulte ? Mais à qui? Jeanne d’Arc? Bismarck? Incrédulité totale face aux réactions épidermiques.
    Quant à Mme Pecresse, elle fait ce qu’elle peut pour récolter des voix. Triste labeur.

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