La leçon du Kazakhstan

Almaty; le 5 janvier
(Photo AFP)

Pays immense et riche de son sous-sol, le Kazakhstan est en proie depuis plusieurs jours à des manifestations de milliers de Kazakhs, indignés par la hausse des prix et l’absence de libertés.

LA RÉVOLTE, interdite, a embrasé les grandes villes du pays, notamment Almaty, première cité, et la capitale Noursoultan, naguère encore appelée Astana. L’ancien président kazakh, un octogénaire, a en effet le contrôle du pouvoir bien qu’il s’en soit officiellement retiré et qu’il ait nommé à sa place Tokaïev Kassim-Jomart. La crise de régime montre que ni l’ancien ni le nouveau président ne sont capables de contrôler le pays. On compterait des dizaines de morts, un millier de blessés, des bâtiments administratifs incendiés et occupés par les manifestants.

L’aide de Moscou.

L’évolution du Kazakhstan vers la démocratie serait déjà amorcée si le pouvoir n’était pas près d’imposer sa volonté par la force. Le président kazakh n’a pas tardé à demander l’aide de Moscou, dont les milices auront tôt faire de ramener les kazakhs à la raison. Ce qui se passe au Kazakhstan est la copie conforme de ce qui s’est passé en Biélorussie, où le président, Alexander Koulachenko, ne reste au pouvoir que grâce aux militaires russes. On sera sans doute obligé de se résigner à la fatalité, mais le Kazakhstan n’est pas un pays pauvre et négligeable. Ses richesses, pétrole, uranium, métaux rares en font une proie pour toutes les industries du monde. En outre la répétition des soulèvements dans cette région du monde tend à montrer que Vladimir Poutine est un colosse aux pieds d’argile.

Gouverner à la trique.

L’Occident assiste à la multiplication des troubles sur le territoire de l’ancienne Russie soviétique et, s’il n’est pas en mesure d’aider militairement les forces de la contestation en Biélorussie et au Kazakhstan, la position personnelle de Poutine, de son côté, est endommagée. Il cache à peine qu’il voudrait envahir l’Ukraine une bonne fois pour toutes, mais il ouvrirait alors un agenda où il serait débordé par le nombre d’interventions à programmer. Le maître du Kremlin a toujours défendu l’idée que les démocraties sont des systèmes faibles et corrompus et qu’il n’y a pas mieux que de gouverner à la trique. Il a toujours affirmé que la chute du mur de Berlin était à ses yeux une catastrophe historique et songe, éveillé, à la reconstitution du bloc soviétique.

Poutine perd de sa crédibilité.

Bien entendu, il ne sera pas question d’un heurt militaire entre Moscou et les Occidentaux à cause du Kazakhstan ou d’autres pays, dont l’Ukraine, souris que Raminagrobis Poutine s’apprête à dévorer, malgré les menaces occidentales. Ce qui, cette fois encore permettra à Poutine d’assurer la continuité dictatoriale du Khazakstan. Il n’empêche que le chef de la Russie perd, à chaque épisode révolutionnaire dans sa région, de se crédibilité. D’autant qu’il est vivement contesté dans son propre pays et que le peuple russe, confronté lui aussi à la baisse du pouvoir d’achat, en a marre de ses aventures dans l’ancien glacis soviétique.

L’éclatement du bloc soviétique a fait en Russie de nombreux nostalgiques de l’ancien régime et il n’y a pas mieux que Poutine pour en célébrer les vertus. Non sans condescendance, il a toujours donné d’hypocrites conseils aux Européens et aux Américains. Désormais, il le fera avec moins d’arrogance : on lui proposera, plutôt que de l’écouter, de faire le ménage dans sa propre maison.

RICHARD LISCIA 

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1 réponse à La leçon du Kazakhstan

  1. Laurent Liscia dit :

    Les preuves historiques de leur propre destin n’ont jamais empêché les potentats de rêver d’une dictature inébranlable et éternelle. Poutine chutera comme les autres. Et ce sera sanglant, hélas.

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