La gauche à la dérive

Christiane Taubira
(Photo AFP)

Difficile de dire que la soudaine irruption de Christiane Taubira dans la campagne présidentielle améliore les chances de la gauche pour le scrutin du 14 avril. Elle semble plutôt les réduire.

MME TAUBIRA a en effet une démarche qui consiste à participer à une primaire populaire de la gauche. D’une part, elle prendra ou non la décision de se porter candidate avant le 15 janvier, donc avant la fin de la semaine ; d’autre part, elle propose une sorte de primaire ouverte à toutes les composantes de la gauche, ce qui effectivement représenterait beaucoup d’électeurs, mais c’est une idée mort-née : à part elle et Anne Hidalgo, les autres composantes, dirigées par Yannick Jadot (EELV), Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Fabien Roussel (PCF) refusent la primaire. Elle doit en convaincre les trois candidats, ce sur quoi Mme Hidalgo a déjà échoué.

Rien de nouveau.

Il n’y a pas de quoi désespérer. Cela fait des mois que Jadot, Mélenchon et Roussel refusent la primaire et, de toute façon, la zone d’influence de la gauche s’est réduite comme peau de chagrin, à 25 % du corps électoral, de sorte que, primaire ou non, on  ne voit pas comment la gauche pourrait figurer au second tour. Mme Taubira sait fort bien que les enquêtes d’opinion la situent à quelque 2,5 %, peut-être moins si Mme Hidalgo ne se retire pas. Tout se passe comme si  la gauche était invitée à passer son tour et consacrer ses efforts à se ressourcer pendant cinq ans.

Face à des chiffres accablants, les ténors de la France insoumise, du PC et du PS feignent d’ignorer qu’il n’existe aucun cas de figure où ils pourraient triompher. Leur refus de s’unir n’est d’ailleurs pas suicidaire. Ils tentent de faire le meilleur score au premier tour pour en garder une trace lors des élections qui suivront. Et pourtant, crédité de 10 % des suffrages, Jean-Luc Mélenchon divise par deux le résultat qu’il avait obtenu en 2017.

Une bataille perdue d’avance.

On serait donc conduit à dire qu’ils vivent tous dans l’illusion mais le verdict des sondages, même s’il est excessif, a éliminé les postures et ôté la logique du raisonnement : ils poursuivent une bataille déjà perdue mais qu’ils espèrent perdre « dans de bonnes conditions ». On en est là, alors que le pays a largement basculé à droite et à l’extrême droite, que la gauche a perdu la volonté de les combattre et que LR, balançant entre le désir de confondre les Le Pen et Zemmour, tout en sachant qu’ils détiennent des suffrages toujours bons à reconquérir, tente de diffuser des idées susceptibles d’attirer l’attention des anciens déserteurs de la droite classique.

Le seul rempart.

De sorte que seul Macron apparaît comme le rempart qui empêcherait l’extrême droite de s’emparer du pouvoir. Extrême droite dont Éric Zemmour semble obtenir presque la moitié des troupes. S’il avait un grain de bon sens, il devrait se désister. S’il n’en a pas, il fera ce que l’on fait quand on devient fou : le second tour sera un boulevard triomphal pour Emmanuel Macron.

Les merveilleux plans de restructuration de la France, exposés par des hommes et femmes politiques qui ont beaucoup travaillé, sont virtuels. Deux sondages publiés la semaine dernière montrent que M. Macron est à 26 ou 27 % et que tous les autres candidats, y compris Marine Le Pen et Valérie Pécresse, ne dépassent pas les 17 %. Soit dix points d’écart entre le président sortant et sa concurrente la plus proche. Or ces sondages ont été réalisés ces jours-ci à moins de 300 jours du premier tour. Si on trace des courbes entre l’été dernier et aujourd’hui, on en voit une qui monte, celle de Macron,  pendant que les autres descendent.

RICHARD LISCIA

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3 réponses à La gauche à la dérive

  1. Dominique S dit :

    Cela ne nous dit pas où sont passées les voix de gauche. Chez Macron ? Pourtant sa politique est plutôt de droite. Chez Le Pen ou Zemmour? Hypothèses a priori absurdes. Chez Pécresse? Pas très logique non plus. Les gens de gauche n’ont évidemment pas disparu. Tout sauf Macron ? Même cette dernière hypothèse ne me parait pas très convaincante. Alors, quelqu’un a-t-il la réponse ?

    Réponse
    Chez Macron, sinon quelles troupes aurait-il ?
    R. L.

  2. Jean Cazenave dit :

    Cher monsieur Liscia, vous écrivez:
    « Extrême droite dont Éric Zemmour semble obtenir presque la moitié des troupes. S’il avait un grain de bon sens, il devrait se désister. S’il n’en a pas, il fera ce que l’on fait quand on devient fou : le second tour sera un boulevard triomphal pour Emmanuel Macron ».

    Pour une fois je ne vous comprends pas ! Si Zemmour se désiste, Mme Le Pen a de grandes chances d’aller au second tour, ce qui assure la victoire de M. Macron.

    Alors que s’il se maintient, il fait baisser Le Pen et il fait la courte échelle à Mme Pécresse, qui SEULE peut espérer battre Macron après avoir ainsi accédé au second tour.
    Réponse
    Ce n’est plus vrai au regard de la moyenne des sondages les plus récents : Mme Le Pen est distancée de dix points au premier tour par M. Macron. Depuis que Valérie Pécresse été investie par son parti, elle descend dans les sondages.Bien sûr, elle fait de son mieux pour reconquérir la seconde place.
    R. L.

  3. Doriel Pebin dit :

    Bonjour et merci pour vos analyses mais la gauche ou du moins, les gens de gauche auront très probablement une influence sur ces élections. Que feront-ils ? Barrage à l’extrême droite et à Ciotti et consorts ? Joueront=ils la carte du pire en s’abstenant, voire pire (la haine de Macron étant irrationnelle chez nombre d’entre eux) ? L’abstention risque de jouer un rôle important. On verra où se situe l’éthique de responsabilité des personnes, qui se disent notamment de gauche. Pour l’instant, force est de constater que la gauche est globalement muette et concentre comme d’habitude, ses tirs sur Macron. A titre d’exemple, Thomas Piketty accuse Macron d’être responsable de la droitisation du pays (cf. Le Monde d’hier) en « oubliant » les attaques incessantes de la gauche contre lui et la quasi absence d’attaques contre les représentants de cette droitisation (RN, LR, Zemmour)! Curieusement, certains semblent souhaiter l’arrivée au pouvoir de Le Pen ou de Zemmour (peu probable espérons-le) ou de Pécresse qui se droitise tous les jours. La politique du chaos animerait-elle certaines personnes de gauche (en dehors de l’extrême gauche et de la LFI) ? Une fois de plus, où est passée leur éthique ? La vision humaniste des rapports sociétaux ? Continuez M. Liscia.

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