Macron sommé de se déclarer

Roussel : sympathique
(Photo AFP)

À deux mois du premier tour de l’élection présidentielle, le procès continue d’être instruit contre le président de la République sous le prétexte qu’il n’a toujours pas déclaré sa candidature. 

COMME il ne peut s’agir, désormais, que d’une question de jours, on peut s’étonner de l’attitude des Républicains qui continuent à vilipender M. Macron et veulent même qu’il soit poursuivi en justice pour « détournement de fonds ». Ce serait drôle si ce n’était détestable et ne donnait le ton d’une des campagnes électorales les plus violentes de l’histoire. La règle du jeu est certes de faire feu de tout bois, mais là, on a plutôt l’impression que s’impose aux grands esprits de l’opposition l’idée qu’ils vont perdre et qu’ils feront n’importe quoi, dans les deux mois qui viennent, pour disqualifier le président sortant.

Mobilité et ubiquité.

La moyenne des sondages d’opinion montre que le président en exercice gagne dans tous les cas de figure, au premier et au second tours. Il ne faut pas qu’il se repose sur son avance et d’ailleurs il ne le fait pas. Dans son triple rôle de président, de candidat et de président de l’Europe, il fait preuve d’une mobilité et d’une ubiquité à toute épreuve. Les crises graves au Mali et en Ukraine absorbent la plus grande partie de son énergie, mais il fait face : on ne dira pas, en tout cas, qu’il a abandonné son poste trop tôt et il laisse fleurir des débats sur les droits de succession et les inégalités. Il  a un pied dans le présent et l’autre dans l’avenir, un œil en France, l’autre en Europe, et il est doublement sollicité par la crise au Sahel et par la campagne électorale.

L’aspect sinistre de la campagne.

En bonne logique, peut-il séparer sa candidature de sa fonction, et la première ne dépend-elle pas de la seconde ? Ne sont-ce pas ceux qui l’accablent d’injures pour ce qu’il a fait, ce qu’il fait et ce qu’il fera qui l’ont transformé en épouvantail ? L’argument qu’ils brandissent se retourne contre eux : s’il n’est plus que candidat, il est vierge du passé ; s’il est encore président (il l’est forcément), il ne peut pas séparer ses dépenses électorales de ses dépenses de gestion, pas plus qu’il ne peut illustrer son programme sans faire appel aux gestes symboliques qu’il accomplit en tant que président.

La campagne est sinistre, pétrie de haine grâce à l’apport immonde de l’extrême droite, hystérique à cause des réseaux sociaux, de sorte que les très nombreux candidats sont gagnés par la déprime que leur inspire l’impasse politique où ils se trouvent. Pas un qui ne dépasse les autres, car tous sont voués à ne bombarder que Macron, sans avoir ne fût-ce qu’un mot contre les Zemmour et Le Pen. Yannick Jadot croit avoir accompli un exploit parce qu’il a pris à partie le chef de l’État au Parlement de Strasbourg censé servir à un tas de choses, mais sûrement pas à ça.

Roussel : un communiste élégant.

Le sarcasme, le cynisme, la dérision finissent pas abîmer les visages. Ils sont tristes, même si Valérie Pécresse joue avec talent le rôle de l’optimiste, même si Jadot avance de manière impériale, comme si les dés étaient en sa faveur. Un seul candidat sort du lot et je salue ici Fabien Roussel, ci-devant représentant du Parti communiste français, qui a de l’élégance et de la dignité, ignore la langue de bois, se prononce en faveur du nucléaire et de la gastronomie françaises, n’est ni mélenchoniste ni climato-fanatique, et que la France reconnaît aujourd’hui comme un homme authentique  marqué d’un seul travers, celui de n’avoir aucune chance.

L’ambition sans talent. 

Nous n’avons encore rien vu, au point que toute prédiction est absurde. Un coup de théâtre peut se produire, par exemple à l’extrême droite, qui a un candidat de trop. Mme Pécresse peut progresser, même si Macron est censé gagner un point ou deux une fois qu’il aura annoncé sa candidature. Seule la gauche n’a pas d’horizon. Elle avance les yeux bandés. Constatant son désarroi, Christiane Taubira a cru qu’elle pouvait lancer une OPA hostile sur le PS. En s’ajoutant à la liste, elle n’a fait qu’accroître la confusion et ne brandit que des arguments fallacieux. Ce qui arrive au PS, c’est la perte de ses repères et de ses ambitions ; c’est aussi la proie facile qu’il est devenu pour les ambitieux, mais pas les plus talentueux.

RICHARD LISCIA

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4 Responses to Macron sommé de se déclarer

  1. Dominique S dit :

    Tout comme Giscard en 1974, Macron a gagné en 2017 grâce à une méthode très simple. Il a fait campagne en exposant ses idées, et surtout pas en passant son temps à critiquer les autres candidats. La campagne de Pécresse ressemble beaucoup à celle de Chaban Delmas. La suite est connue. Quand au reproche fait à Macron de ne toujours pas se déclarer, je ne le comprends pas. Il est libre de sa stratégie, et je ne vois pas pourquoi cette attitude serait déloyale.

  2. Dominique S dit :

    Et je suis d’accord avec vous. Plutôt que présenter dès maintenant sa candidature, je préfère que Macron négocie efficacement avec Poutine. Nous n’avons pas besoin d’une 3ème guerre mondiale, même si nos parents nous disaient dans les 60, qu’elle était inévitable. Macron a aussi fort à faire pour nous sortir du guêpier malien.

  3. tapas92 dit :

    La date limite pour déposer une candidature à l’élection présidentielle est le 4 mars 2022 à 18 heures, pour un premier tour prévu le 10 avril 2022. Pour rappel, Mitterrand avait déclaré sa candidature le 22 mars 1988 pour un premier tour le 24 avril 1988.
    Réponse
    Eh bien, on a le temps.
    R. L.

  4. Laurent Liscia dit :

    Je rejoins les autres commentaires : il se déclarera bien quand il voudra, dans la limite des délais impartis.

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