Mali : la France s’en va

Florence Parly
(Photo AFP)

Depuis que la junte s’est livrée à deux coups d’État au Mali, les relations entre Paris et Bamako n’ont cessé de se dégrader. La France doit en tirer la leçon.

NOUS avons eu largement le temps de comprendre que la gratitude n’est pas le fort des militaires maliens, incapables de protéger leurs frontières et plus prompts à chasser les gouvernements élus qu’à mourir pour la cause nationale. Il y a quelques années, le président François Hollande a dû dans la hâte envoyer un corps expéditionnaire au Mali pour chasser une colonne de terroristes qui, après avoir conquis Tombouctou, s’apprêtait à prendre le pouvoir à Bamako. Non seulement ils ont été pourchassés jusque dans les montagnes du Nord, mais des élections ont permis l’avènement d’un pouvoir civil dont l’armée s’est rapidement débarrassée. L’inquiétude exprimée par le gouvernement français, associée à la mauvaise réputation que la jeunesse malienne, les réseaux sociaux, les menées de la Russie et la complaisance des militaires qui se sont arrogé le pouvoir ont faite aux « arrière-pensées » de la France, soupçonnée à tort d’avoir des intentions coloniales, montrent bien que lorsqu’on veut tuer son chien, on dit qu’il a la gale.

Diffamation.

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian et sa collègue des Armées, Florence Parly, ne se sont pas laissé marcher sur les pieds sans dénoncer une campagne malienne de diffamation à l’égard de ceux qui sont allés mourir sur le sable malien pour y être ensuite traités de « colonialistes » et remplacés par une milice russe, celle de Wagner. On a là toutes les dimensions du désastre : l’influence française a été remplacée par celle de Moscou, sans le moindre espoir de liquider le djihadisme, ce qui rend très incertain l’objectif de départ : combattre le terrorisme au Sahel avant qu’il n’arrive sur notre sol. L’opération Barkhane se poursuit néanmoins, les militaires français ayant trouvé un havre dans des pays du Sahel plus accommodants, le Niger, par exemple.

Le départ de notre ambassadeur.

Cependant, non seulement leur mission devient plus difficile, mais elle continue dans des conditions particulièrement défavorables. Déjà, la présence de paramilitaires russes au Sahel crée le danger de la confusion. La force européenne qu’Emmanuel Macron voulait créer devient caduque, puisque la junte de Bamako a demandé que les Danois s’en aillent, avant d’exiger, avec une brutalité inouïe, l’expulsion de l’ambassadeur de France. Le traitement que nous devons réserver à cette bande de putschistes entêtés, bornés et simplistes doit être à la hauteur des pertes, en moyens humains et matériels, que nous avons subies pour avoir commis le « crime » de protéger le Mali.

Mission impossible.

Si la valeur morale de la junte est proche de zéro, le bouleversement géopolitique qu’elle a déclenché est immense. Elle met non seulement le Mali, mais tout le Sahel sous l’influence russe qui, elle, n’a jamais été dictée par la compassion. Ils ont entamé un cycle de coups d’État militaires qui se sont produits aussi au Burkina Faso et en Guinée. Ces changements brutaux et absurdes offrent un boulevard aux Russes, aux Chinois et aux terroristes, en attendant que les putschistes se rendent compte de leurs erreurs et soient balayés à leur tour par quelques ambitieux qui se voient présidents. Nous n’échapperons pas à la nouvelle mission que nous devons accomplir : tenter, par tous les moyens, d’empêcher des armées africaines uniquement vouées à la prise du pouvoir civil d’arriver à leurs fins ; réclamer des gouvernements civils qu’ils refusent de pactiser avec Moscou et continuer à combattre, hélas, les terroristes.

De sorte que loin de nous débarrasser d’une tâche impossible, nous allons la poursuivre dans un climat empoisonné, l’intrusion russe au Sahel étant le risque le plus élevé puisqu’il n’est pas impossible que nos soldats se retrouvent nez-à-nez avec les miliciens de Wagner. Les juntes finiront par périr, chassées par le peuple ou défaites par leurs invités. Mais les Russes, comme partout où ils se promènent, continueront à se conduire en terrain conquis.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Mali : la France s’en va

  1. Scetbon dit :

    Bon rappel de la situation. Quant au futur, grandes interrogations et pessimisme. Le prestige de la France s’éteint en Afrique . La France ne dispose plus de moyens suffisants pour aider à un bon ordre dans des territoires immenses . La Russie n’est pas tellement mieux lotie, cf son intervention en Afghanistan.

  2. Laurent Liscia dit :

    Entièrement d’accord: la mafia militaire s’entoure de gros bras russes, et on est censé s’adresser à eux comme à un gouvernement légitime? Que l’histoire les balaie. Quant au djihadisme militant, il tient sans doute en partie à la corruption de la junte en place entre autres … C’est un mal indéracinable tant qu’il séduit ceux (très peu de « celles ») qui pensent que le Moyen-Age a des qualités sans égales.

  3. Le Marchant dit :

    On est frappé par ailleurs du silence des peuples de la zone euro, qui n’ont, à aucun moment, proposé de prêter main forte (autre que symboliquement) à la France enlisée dans cette guerre interminable contre les djihadistes sur un territoire plus grand que la France, la Corse et les DOM-TOM compris.

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