Macron : le Sphynx

Hidalgo : désespérée
(Photo AFP)

C’est la phase mitterrandienne d’Emmanuel Macron : on veut qu’il se déclare, il est sourd. On veut un débat avant le premier tour, il ne dit même pas que c’est un piège soi-disant démocratique. Il est harcelé par des déclarations provocatrices, il laisse à ses conseillers le soin de riposter.

DANS LA FOULE des candidats, il y a les optimistes, Jadot, Pécresse, Macron (qui a de bonnes raisons), Zemmour, qui feint de triompher avant l’heure. Et puis, il y a les gens de mauvaise humeur. Ils sont légion, Hidalgo, Mélenchon, parce que c’est sa nature, Marine Le Pen parce qu’elle est cernée par les traîtres et adorateurs de Zemmour, Taubira parce qu’elle n’est pas vraiment drôle, Dupont-Aignan, enfant gâté qui trépigne de rage parce que, comme il l’a dit, il a un « problème avec le premier tour car si je pouvais passer directement au second, je l’emporterais facilement ». Et ça veut gouverner quand même. Il y a aussi les cas désespérés, comme Anne Hidalgo, qui restera dans l’histoire comme celle qui a enterré le Parti socialiste. Le remède est à portée de la main des candidats : il suffit qu’ils se retirent.

Pécresse faiblit-elle ?

Comment ne pas être impressionné par une succession d’enquêtes d’opinion qui ne montrent aucun affaiblissement du président sortant, lequel  réunit invariablement un quart des suffrages ? Le sondage d’hier le plus explicite c’est celui qui donne le même résultat au second tour (55-45) pour Macron face à Le Pen ou à Pécresse, alors que la candidate LR, jusqu’à présent, finissait la course avec un écart plus petit : 53-47. Marine Le Pen ne cache plus ses sentiments : cette bataille de la présidentielle sera sa dernière. Elle aspire à plus de loyauté chez ses amis, plus de calme et de tranquillité et tant pis pour le pouvoir.  Elle est la plus exténuée des candidats alors qu’elle a une chance de franchir le premier tour. Même si elle n’est pas élue, elle peut obtenir le score le plus favorable de toute sa carrière

Feu de paille.

À part Valérie Pécresse, qui joue pour gagner, je ne crois pas qu’un seul des autres candidats, sauf Macron, espère être élu au second tour. La grande désaffection populaire à l’égard du président de la République a fait croire aux autres qu’ils avaient tous une occasion unique de faire un miracle ; ils se sont persuadés eux-mêmes que le bilan de Macron est sinistre alors qu’il ne l’est pas ; que le président en exercice avait épuisé toutes ses cartouches avec les gilets jaunes et la pandémie ; qu’il est hors-sol, rêveur, inefficace, dangereux pour le pays ; qu’ils en feraient une bouchée. On disait tout cela de lui en 2017. On criait qu’il n’était qu’un feu de paille. Au contraire, il a décelé les secousses sismiques qui allaient non seulement changer le pays, mais punir ceux qui s’en tiennent à une analyse classique.

Un couple infernal.

Il est arrivé avec un projet différent dont il n’a pas accompli l’entièreté. Se souvient-on des crises sans précédent auxquelles il a été confronté ? Mais surtout, qui a prévu que le pays basculerait sans vergogne dans l’extrême droite, celle qu’il combat de toutes ses forces pendant que tous les autres sont ligués contre lui, mais, il est vrai, dans un tel désordre et dans une telle confusion qu’ils perdent leur temps : l’ennemi de la gauche et de la droite, ce n’est pas Macron, c’est le couple infernal Zemmour-Le Pen. C’est un immense tropisme qui fait courir des électeurs de gauche et beaucoup de gauchistes vers l’extrême droite. Battue cette année, elle se réunira et deviendra affreusement menaçante. Battues, la droite et la gauche n’auront pas le même ressort.

RICHARD LISCIA

 

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3 Responses to Macron : le Sphynx

  1. Sphynge dit :

    Macron sera ré-élu et poursuivra le programme progressiste multiculturaliste voulu par l’oligarchie et rejeté aujourd’hui par environ 60% du corps électoral qu’on continuera de disqualifier sous le nom d’extrême droite dans la presse. Et cela continuera de fonctionner jusqu’à une fin qui risque, comme la France en a l’habitude, d’être tragique.

    Réponse
    Si vous préférez réactionnaire, pas de problème.
    R. L.

  2. Dominique S dit :

    Compte tenu des derniers sondages, de l’évolution des courbes et du charisme des principaux candidats, je prédis un second tour Macron-Zemmour. Peu importe, le candidat pour qui je veux voter, est assuré d’être au deuxième tour (et même de le gagner).

  3. Laurent Liscia dit :

    Le multiculturalisme n’est jamais qu’un accusé de réception de l’Histoire, devenue totalement multiculturelle, à tel point que le concept de souveraineté nationale fait de moins en moins sens: face au terrorisme, aux grands mouvements économiques, aux États totalitaires (Russie et Chine) et au changement de climat.
    Le problème n’est pas la réalité multiculturelle, mais son traitement idéologique: islamo-gauchisme, délires politiquement corrects et autres. Aucun complot de l’oligarchie là-dedans, mais plutôt croyance que le discours est une politique suffisante, alors qu’il faudrait réfléchir beaucoup plus profondément à créer de nouveaux modèles de cohésion nationale et régionale. (J’evite le mot « intégration »). La montée de la pensée extrémiste (de droite, de gauche ou d’ailleurs – peu importe, ce qui importe c’est son résultat potentiel, à savoir la dictature de l’intolérance) est bien une réaction, une allergie bubonique au sentiment de plus en plus difficile à étouffer que la nation est totalement dépassée par les événements planétaires. Et qu’il n’y a de salut que dans les blocs régionaux comme l’Europe et les alliances comme l’OTAN. Quand les penseurs réactionnaires nous expliquent que les vrais impérialistes sont les Etats-Unis et non pas Poutine et sa clique de mafieux, c’est parce qu’ils savent bien que l’Amérique est une cible bien plus facile que la Russie, et qu’ils lui en veulent d’avoir sauvé la France de sa honte pétainiste. Nous avons besoin d’une bonne psychotherapie nationale, admettre que la France n’est plus un empire, que nos ancêtres ne sont pas que des gaulois, que notre poujadisme raleur et persistant n’est pas une qualité mais une maladie ; et qu’une fois que nous aurons renoncé à notre nostalgie marécageuse, nous aurons un rôle important à jouer dans le concert des nations démocratiques, comme chef de file…
    Je relis ce que je viens d’écrire et je vois que je manque totalement d’originalité: je répète ce que tu dis, et emprunte à Alain Peyrefitte. Et en bref, je vote Macron.

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