Un soupçon de désescalade

Diplomatie d’abord
(Photo AFP)

La Russie a copieusement bombardé la frontière entre le Donbass et l’Ukraine, mais elle n’a pas encore procédé à une invasion en règle. C’est le brillant résultat obtenu par la diplomatie occidentale.

Ses pires détracteurs reconnaîtront, s’ils ont un peu d’impartialité, qu’Emmanuel Macron n’a pas chômé ces derniers jours. Il a pratiquement passé la journée de dimanche au téléphone, deux fois avec Vladimir Poutine, et avec Joe Biden et Olaf Scholtz, le nouveau chancelier allemand. Une négociation en règle a été décidée en même temps qu’un gel de l’offensive russe pour créer le contexte idoine des discussions. Nous sommes encore très loin d’une paix durable, on ne peut pas écarter une rupture des pourparlers, on ne sait pas combien de temps ils vont durer et s’ils aboutiront, mais on doit accorder au président russe d’avoir consenti à contenir son impatience. Cependant, Poutine, soufflant le chaud et le froid, s’est empressé de faire savoir qu’il ne croyait pas qu’un sommet fût utile en ce moment.

Poutine : un moment d’hésitation.

Un bilan peut déjà être dressé de cette énorme partie de poker menteur : la coordination occidentale a permis de pratiquer la politique de la carotte et du bâton. En envoyant des renforts en Europe et des armes en Ukraine, en publiant des communiqués alarmistes, les États-Unis ont certes accru la tension mais fait réfléchir les dirigeants russes. Moment d’hésitation que la France et l’Allemagne ont mis à profit pour convaincre Poutine qu’aucune menace ne pesait sur son pays tant que ses troupes ne faisaient pas mouvement. Or il a sûrement pensé qu’il était en mesure d’envoyer ses forces à Kiev avant de négocier avec les Occidentaux à partir du fait accompli. La fermeté occidentale a détruit son projet.

La nature du régime russe.

Le rôle du président français était de lui démontrer que l’invasion était la pire des solutions, bien qu’elle fût destinée à créer à la frontière russe un glacis de type soviétique qui protégerait la frontière sud-est de la Russie. Il est remarquable qu’il se soit laissé convaincre. Mais les analystes les moins partiaux, y compris ceux qui se mettent dans la tête de Poutine et tentent d’expliquer ses objectifs mais aussi ses sentiments, admettent que Moscou s’est engagée dans une voie sans issue. L’invasion aurait peut-être annihilé l’Ukraine, elle aurait sans doute installé un gouvernement pro-russe à Kiev, mais elle aurait montré de manière éclatante la nature tyrannique du régime russe. Elle aurait eu des conséquences économiques et sociales incalculables, et d’autant plus effrayantes que les Américains se sont gardés de dire à quelles sanctions ils pensent.

Moscou au centre de la politique européenne.

En revanche, Poutine a réussi à remettre son pays au centre de la politique européenne alors que la diplomatie américaine voulait en faire un simple partenaire pour contenir l’expansion chinoise. Si l’unité de l’OTAN, le retour à sa vocation première (Un pour tous, tous pour un), ainsi que la galvanisation des Européens sont acquis, le rapprochement sino-russe déclenché par la crise de l’Ukraine oblige les Occidentaux à réviser leur politique vis-à-vis des deux régimes. Une chose est sûre : l’Union européenne ne peut pas compter sur la mansuétude russe pour son approvisionnement en énergie. Il s’agit d’un échec allemand : le gazoduc North Stream II n’entrera en service que si un accord ferme et durable est conclu avec la Russie.

Macron est-il en France ?

Emmanuel Macron, entretemps, a été contraint de différer l’annonce de sa candidature à la semaine prochaine. S’il l’avait faite aujourd’hui, par exemple, elle aurait été enterrée par la crise ukrainienne. Selon France Info, elle aura lieu le lundi 28 février, ce qui laissera peu de temps à la campagne pour examiner les dossiers nombreux et compliqués qui sont sur la table. Le président sortant est placé dans une situation exceptionnelle et il en tire plusieurs avantages. Une évolution vers la détente lui vaudrait de l’admiration dans l’électorat ; il prendra prétexte de la crise pour intervenir le moins possible dans le débat franco-français ; il va renforcer le socle dont il dispose selon les enquêtes d’opinion ; il abordera la campagne à la manière du dilettante sûr de lui, ce qui exaspérera ses adversaires. On se tue dans les médias pour comparer la situation actuelle aux précédentes. En novembre 2016, François Hollande, loin d’entrer en campagne, se retirait de la course, alors que, cette année, M. Macron se promène littéralement, sans même entendre les critiques, quolibets et sarcasmes des autres candidats.

RICHARD LISCIA

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One Response to Un soupçon de désescalade

  1. Laurent Liscia dit :

    Je suis aussi étonné et admiratif que toi. Je pensais que la diplomatie occidentale – surtout celle de Macron, n’allait rien donner. Et pourtant, l’invasion parait moins vraisemblable aujourd’hui.
    Réponse
    Malheureusement, ça change toutes les cinq minutes. Poutine n’a pas de parole. C’est clair : il veut s’emparer de toute l’Ukraine.
    R. L.

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