Mali : Hollande juge Macron

Moi, je suis plus malin
(Photo AFP)

Un torrent de sarcasmes a suivi l’annonce, par le président de la République, de l’évacuation du Mali par les forces françaises.

ENTOURÉ par les chefs d’État africains qui souhaitent continuer à coopérer avec la France, Emmanuel Macron a récusé le terme d’échec utilisé par ses détracteurs. On conviendra qu’il ne s’agit pas non plus d’une victoire. Cependant, et malgré l’ambiance électrique créée par la campagne électorale, plusieurs leaders de l’opposition estiment que la France n’avait pas le choix et, surtout, qu’elle est intervenue à la demande d’un gouvernement élu et qu’elle part parce qu’une junte militaire issue de deux coups d’État le lui ont demandé. Comble de l’arrogance, la junte exige maintenant le départ immédiat de nos militaires, à quoi le chef de l’État français a répondu qu’ils prendraient le temps nécessaire : ils ne sont pas venus en un jour, ils ne peuvent pas repartir en un clin d’œil. Malheureusement, ces nouvelles exigences qui nient la continuité de l’État malien compliquent un peu plus les modalités d’évacuation.

Un chef de guerre.

Interrogé à juste titre sur le Mali où il avait dépêché il y a neuf ans la force Serval qui a empêché les djihadistes de conquérir Bamako, François Hollande a cru bon de dire, non sans hypocrisie, que lui serait parti en 2020. C’est une forfaiture dans la mesure où il ne peut pas le prouver et cela n’aide guère la gauche, qui n’a plus aucune chance de figurer au second tour de scrutin, sauf peut-être si M. Hollande était candidat. Ah, en voilà un président que les Français n’ont pas apprécié à sa juste valeur ! Voilà donc un homme qui ne tire aucune leçon de son amère expérience. Certes, il a été dupé par Macron, au point de se retirer de la course en  2016, immense erreur stratégique. Mais la campagne ne sert pas à solder les comptes.

Jacob écrit à Fabius.

En tout cas, le rôle que la France va continuer à jouer dans le Sahel grâce à la coalition d’États européens et africains qui veulent poursuivre la bataille contre les djihadistes, ne s’éteint pas avec le retrait du Mali. Si la junte ne rend pas le pouvoir aux civils, elle sera rapidement débordée par les sanctions et la présence de milices russes sur le territoire malien. On a beaucoup critiqué le président parce qu’il n’a pas encore déclaré sa candidature. Mais on voit bien qu’il est au travail, avec deux dossiers géopolitiques de la plus haute importance, le Mali et l’Ukraine. Christian Jacob, chef des Républicains, a écrit au président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius, pour se plaindre de ce que des parrainages aient été validés qui adoubaient un non-candidat, à savoir le président sortant. M. Fabius a répondu en droit en soulignant que la validation des parrainages ne dépend nullement d’une candidature officielle.

Miracle : Mélenchon à 12 % !

Ces petites embuscades sur la route qui conduit à la présidence sont certes des enfantillages. On devine que M. Jacob n’a même pas ouvert un livre de droit constitutionnel avant d’écrire à M. Fabius et qu’il a donc commis une erreur. On sait que le Mali et l’Ukraine, pour autant qu’ils soient des boulets pour M. Macron, ne font pas partie des préoccupations de l’électorat. Que la croissance est au plus haut, le chômage à 7,4 %, ce qui a été une des promesses du candidat Macron en 2017 et que, s’il y a une explication à sa position dominante dans les enquêtes d’opinion, c’est tout simplement que son bilan est plutôt bon. Le plus surprenant, c’est qu’on pressente un second tour pour Mélenchon parce qu’il est passé de 10 à 12 % ; qu’on applaudisse Zemmour parce qu’il serait à 15 % ; que LR se ronge les sangs parce que Valérie Pécresse est en quatrième position et que, si elle ne remonte pas, c’en est fini de sa candidature, sans compter les conséquences pour LR dans un avenir proche.

Pécresse distancée.

Il fallait impérativement que la candidate LR arrive à la deuxième position. Ce n’est clairement pas le cas et on ne voit pas comment elle pourrait remonter la pente dans les jours qui viennent. Les sondages peuvent se tromper, mais ils ne peuvent pas se tromper tous et tout le temps. Entre 25 et 26 %, M. Macron, lui, ne bouge pas. Il a dix points d’avance sur sa concurrente la plus sérieuse, Marine Le Pen. Le duel de 2017, tant détesté par les Français a donc une bonne chance de se reproduire mais tout challenger autre que Mme Le Pen au second tour serait battu par une marge plus large.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Mali : Hollande juge Macron

  1. Dominique S dit :

    Un peu déçu par Sarkozy (sur la forme, plus que sur le fond), j’avais quand même voté pour lui en 2012. Mais le parcours de monsieur « petites blagues » auquel personne ne croyait au départ, m’avait plu. Aujourd’hui, je pense comme tout le monde que François Hollande ferait mieux de se faire complètement oublier.

  2. Laurent Liscia dit :

    C’est le destin inévitable des démocraties autrefois coloniales (ou impériales) de refluer, aussi bonnes que soient leurs intentions. C’était deja un pari que d’envoyer la force Serval; mais les voyous de Bamako ne sont pas des alliés responsables.
    Quant au dialogue avec Poutine, on peut remercier Macron d’avoir retardé d’au moins deux semaines l’invasion de l’Ukraine. A chaque jour qui passe, et surtout si Biden dialogue à son tour, l’invasion parait moins vraisemblable – et nous pourrons retourner à ce qui nous préoccupe, les emplois et la croissance. Et les élections.

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