L’invasion… du Donbass

Un gentil président
(Photo AFP)

Au terme d’une séquence diplomatique hallucinante, Vladimir Poutine a annoncé hier soir qu’il « reconnaissait » les deux Républiques artificielles qu’il a créées au Donbass, partie orientale de l’Ukraine, Donetsk et Lughans. Les troupes russes ont immédiatement envahi cette enclave. Toute la question est de savoir jusqu’où elles iront.

SELON Emmanuel Macron, Poutine a changé. Il est devenu totalement sourd aux efforts de persuasion de la France, de l’Allemagne et des États-Unis. Tout ce que l’on peut dire, c’est que son projet d’annexion du Donbass, identique à celui de la Crimée, était dans sa tête depuis longtemps et qu’il n’y a pas renoncé. Il y voit plusieurs avantages : il a amputé officiellement l’Ukraine d’une partie de son territoire après lui avoir pris la Crimée ; comme en Crimée, il n’a pas eu besoin de tirer un seul coup de feu, même si sa déclaration d’hier a été précédée de bombardements ; il a imposé le fait accompli au milieu de vitupérations que la Russie a appris à ne plus entendre.

Pouvoir immense, gestion nulle.

Ses tergiversations, puis sa décision, aggravent considérablement l’atmosphère de guerre qui règne en Ukraine. Poutine sait que les sanctions économiques occidentales seront lourdes, notamment la fermeture du gazoduc à peine achevé, qui présente l’inconvénient pour l’Europe de tarir ses importations de gaz et pour Moscou, de ne pas recevoir les royalties.  Les agents économiques russes ne s’y sont pas trompés et si les efforts diplomatiques, en particulier ceux de la France, ont été méritoires, la Bourse de Moscou s’est effondrée. Le pouvoir de Poutine est immense parce qu’il ne respecte aucune règle mais sa capacité à gérer son pays est nulle et inquiète le peuple russe, qui n’est probablement pas d’accord pour qu’il s’engage dans une telle aventure : ce n’est pas une façon de traiter un pays considéré comme un frère.

ONU : Moscou ne votera pas contre elle-même.

La réunion du Conseil de sécurité à la demande des Occidentaux et de l’Ukraine est une démarche presque drôle : la Russie est membre permanent de ce Conseil et elle ne risque pas de voter contre elle-même, au sein d’un système où toute décision doit être prise à l’unanimité. Tout juste les Occidentaux feront-ils le procès de la politique russe, mais l’ambassadeur de  Poutine ripostera avec virulence. Nous n’en sommes pas vraiment au retour à la guerre froide, mais nous sommes au cœur d’un conflit qui oppose le nationalisme russe au droit des peuples à s’autodéterminer. On n’attend pas dans l’immédiat de réaction occidentale qui soit bouleversante en dehors des sanctions déjà promises et qui toutes se dirigeront vers l’appauvrissement de la Russie. Il importe que la colère et la sévérité des Occidentaux trouve une traduction rapide et profonde.

Des souverainistes contre la souveraineté des Ukrainiens.

Faites le compte : la Crimée annexée par Moscou, le Kazakhstan où une révolte a été matée par les soldats russes, la Biélorussie, sauvée d’une révolution par les mêmes, la Géorgie elle-même amputée de deux « Républiques », l’Ukraine soudainement dépecée et transformée, au nom de l’histoire et de la proximité géographique, en territoire de la Russie éternelle. En France, vous aurez remarqué qu’il y a beaucoup de monde du côté de Poutine : les deux extrêmes droites, la France insoumise et le PCF, dont le candidat, si sympathique, Fabien Roussel, est gêné par l’affaire aux entournures. Ils ont certes accueilli la prise du Donbass avec des réserves. Mais ce sont les mêmes qui disent que Macron nous envoie directement dans les affres de la dépendance de l’Europe, de l’Amérique, des très grandes puissances et qui pensent que les « souverainistes » ukrainiens sont les voltigeurs de la révolution anti-russe. S’ils sont tellement attachés à la nationalité française, comment se fait-il qu’ils n’approuvent pas le nationalisme ukrainien ? Comment se fait-il qu’ils vénèrent un régime, celui de Poutine, alors qu’il s’emploie à étendre son joug aux peuples sans défense de l’ancien bloc soviétique ?

Ceux qui vénèrent Poutine.

En réalité, mais personne n’ose le dire, la France insoumise, déjà accusée, et à raison, d’islamo-gauchisme, ne tente même plus de cacher que la démocratie lui est plus pesante que la dictature ; les extrêmes droites volent, sans même s’en douter, vers le délire pro-Poutine ; je connais même des gens très rationnels qui pensent que Poutine représente mieux la démocratie que Macron. Ce qu’il faut comprendre, c’est que les extrêmes finissent par se rejoindre et que l’extrême gauche et les extrêmes droites ont des points communs ; que les mouvements anti-gouvernementaux qui ont jalonné le quinquennat de Macron, n’ont pas été dictés par une quelconque revendication sociale, mais par les sous-jacentes idéologies de l’extrême droite. Il n’y a pas un gilet jaune qui ne préfère Poutine à Macron.

Un relent d’hitlérisme. 

De la même manière, le tzar de Russie et le potentat chinois, c’est-à-dire l’homme qui a toujours regretté la chute du mur de Berlin, et le chef d’un parti communiste super-puissant,  ne sont rien d’autre que des néo-fascistes. Poutine veut soumettre l’Europe à ses volontés. Il ne fait pas de promesse qu’il tienne. Il ment comme il respire. Il attaque l’Ukraine comme Hitler a attaqué la Pologne, puis la Russie, bafouant sans le moindre scrupule ses engagements antérieurs. La dissuasion nucléaire empêche la seule riposte qui vaille. Mais le maître du Kremlin est un colosse aux pieds d’argile. Il perdra, après sa réputation, le contrôle de la folle mésaventure dans laquelle il s’est engagé.

RICHARD LISCIA

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5 réponses à L’invasion… du Donbass

  1. Laurent Liscia dit :

    On ne peut mieux dire. Et maintenant, voyons où l’aventure va mener Poutine. Quant à ses amis français, je leur propose un tour du front ukrainien.

  2. Michel de Guibert dit :

    En même temps il est curieux de voir que ceux qui s’indignent aujourd’hui de la reconnaissance par la Russie de l’indépendance des provinces séparatistes du Donbass (Est ukrainien) sont les mêmes qui ont naguère applaudi et reconnu l’indépendance du Kosovo…
    Réponse
    Cher Michel de Guibert
    Vous confondez l’agresseur et l’agressé. Content de retrouver vos commentaires.
    R. L.

    • Michel de Guibert dit :

      Merci, cher Richard Liscia, j’ai manqué de temps ces derniers temps, mais je ne vous ai pas oublié.
      Je ne comprends pas votre remarque.
      Dans le cas du Kosovo, qui était selon vous l’agresseur et qui l’agressé ?

      Réponse
      Mais vous le savez bien. Les Serbes n’ont jamais accepté l’effondrement de la Yougoslavie. Ils se sont appuyés sur l’Histoire pour dire que le Kosovo était le berceau de la Serbie. Les Kosovars voulaient être indépendants. La Serbie a tenté de les réduire par la force, l’OTAN est intervenue et les Kosovars, aujourd’hui, sont libres. Je sais que vous n’êtes pas d’accord. Il demeure que l’enjeu de la crise ukrainienne, c’est la liberté, la nôtre aussi. De toutes les façons que l’on prenne mes analyses, le fonds de mon message, c’est la liberté et la démocratie.
      R. L.

      • Michel de Guibert dit :

        En effet, je ne suis pas d’accord avec vous.
        La minorité albanaise devenue majoritaire et manipulée par l’’UÇK a chassé les Serbes du Kosovo, avec la complicité de l’OTAN qui n’avait aucun mandat pour cela.
        La situation ressemble singulièrement à celle des séparatistes russophones de l’Est ukrainien, et il vaudrait mieux que l’OTAN ne prétende pas s’en mêler à nouveau sans mandat.

  3. Michel de Guibert dit :

    Une analyse historique qui montre la complexité du problème :
    https://www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/ukraine-2histoire.htm

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