Poutine envahit l’Ukraine

Premiers dégâts à Kiev
(Photo AFP)

À partir du Donbass, de la Crimée et de la Biélorussie, 200 000 soldats russes ont pénétré tôt ce matin en Ukraine. L’aviation russe a bombardé plusieurs bases militaires ukrainiennes. L’invasion a été précédée d’un discours menaçant du dictateur russe.

NE VOUS SOUCIEZ pas trop du prix de l’essence : le baril de pétrole dépasse les 100 dollars et le coût des carburants sera bientôt intolérable. Pensez plutôt à cette nation européenne qui va disparaître sous les bombardements. Vladimir Poutine n’a pas l’intention d’installer ses forces de façon permanente en Ukraine, il veut seulement placer au pouvoir  une marionnette et chasser le président actuel, Volodomyr Zelensky, élu démocratiquement. Le chic de Poutine, c’est de décrire ceux qu’il a choisis comme ennemis avec les mots qui le décrivent lui-même : il voit à Kiev un gouvernement « de nazis », il veut assurer « l’autodétermination » des deux Républiques fantoches qu’il a fabriquées au Donbass,  il dénonce un « génocide », il n’a nullement l’intention d’occuper le territoire ukrainien puisqu’il entend seulement le confier à un pantin à sa dévotion.

Le monde sidéré.

Dans le monde, largement prévenu des intentions du Kremlin, la stupeur est considérable, un peu comme si les dirigeants les mieux informés espéraient que le maître du Kremlin n’irait pas au bout de son projet, pour la seule raison qu’il viole tous les principes, tout le droit international. Et que se révèle ainsi l’absence inouïe de scrupules chez cet ancien agent du KGB,  toujours nostalgique de l’URSS, qui ne comprend pas que le pire qui puisse arriver à la Russie éternelle, c’est un dictateur néo-nazi, et non l’avénement de la démocratie. Il faut retenir aussi le langage obscène qu’il utilise dans ses discours officiels et d’importance historique : sous la haine qui l’emporte perce la menace nucléaire : si des puissances s’opposent à l’invasion, elles subiront un cataclysme qu’elles n’ont jamais connu. La Corée du Nord est moins dangereuse que lui. En même temps qu’il justifie une décision atroce, il délire.

Tous contre Poutine.

Paranoïaque, il se porte des coups à lui-même : sa Bourse descend aux enfers et son rouble se déprécie. Il vient de faire l’unanimité mondiale contre son pays et sa personne. Il a désormais la réputation du voyou qu’il est. Les Russes vont souffrir plus que nous de cet acte annoncé et accompli, de ce crime public dont l’auteur s’estime protégé des conséquences par la loi du plus fort. Il est vrai qu’aucun Européen, qu’aucun Américain ne mourra pour la liberté des Ukrainiens. Cette simple notion fondamentale a suffi à déchaîner la plus grande tempête de fer et de feu que l’Europe ait connue depuis 1945.

Le mépris de la vie humaine.

Poutine se prend pour l’armée rouge. Il va à Kiev détruire Hitler et son idéologie. Il sert le bien, le droit et il est le seul à comprendre ses motivations. Il n’y a pas d’homme plus dangereux que celui qui a la force et méprise la vie humaine, y compris celle des Russes, y compris celle de ses membres du Conseil russe de la sécurité, qu’il a interrogés publiquement, à la télévision, comme s’il les soupçonnait de ne pas adhérer complètement au projet d’invasion. La nostalgie des Soviets n’est rien d’autre qu’un anachronisme adapté à la psychologie d’un homme tourmenté qui tente de vaincre ses démons en se livrant à des crimes  que lui seul peut commettre. Il veut rester dans l’histoire et, après tout, Attila aussi y est resté. S’il se permet de faire n’importe quoi, c’est pour se rassurer, pour se persuader lui-même que personne ne peut l’empêcher de conduire ses projets jusqu’à leur terme.

En France, le retour de la dignité.

En France, on a mis en veilleuse depuis ce matin les polémiques sur le rôle joué par Emmanuel Macron dans cette crise effroyable. La campagne électorale a fait une pause pour permettre à tous les partis de condamner l’invasion de l’Ukraine. L’idée de différer la date des élections générales a germé, elle est absurde. Nous ne pouvons mieux faire, à défaut d’aller nous battre pour l’Ukraine, que de prouver la continuité imperturbable de la démocratie française. Nos grandes figures politiques seraient bien inspirées de remettre un minimum de décence dans leurs propos. La vulgarité, les attaques venimeuses, les débats de palefreniers n’ont aucun impact durable sur la société, mais ils sont inacceptables quand se déroule un blitzkrieg aux portes de l’Europe.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Poutine envahit l’Ukraine

  1. Doriel Pebin dit :

    Nous sommes en train de retourner vers le Far West depuis que le shérif (Trump et les USA) a décidé de ne plus regarder vers l’Europe (qui n’a qu’à s’en prendre qu’à elle-même en refusant obstinément de se défendre). Les carnassiers sont de retour attirés par la faiblesse / lâcheté (des herbivores) et par la 5e colonne formée par l’extrême droite soi-disant souverainiste (32 % hélas !) et l’islamo-gauchisme en France, Orban et compagnie, ailleurs. Cela rappelle furieusement l’avant-guerre 39-45 ! Continuez à dénoncer cette démission collective et cet oubli d’une Histoire pourtant pas si vieille que cela car nous sommes encore nombreux à avoir connu nos parents et grands parents nous en parler. Il serait temps que les jeunes lèvent la tête de leur écran pour apercevoir le monde qui se prépare .. en attendant le réchauffement climatique (priorité absolue de Poutine et consorts comme chacun sait) ! Le monde périra par ceux qui regardent ailleurs disait à juste titre Einstein.

    • Laurent Liscia dit :

      Bravo. Heureusement qu’il existe encore un centre et des gens de bonne volonté qui, eux, souhaitent que les jeunes aient un avenir sur une planète saine. Quant à Trump, il s’est prononcé évidemment en faveur de Poutine.

  2. daniel GIRARDOT dit :

    Bravo à Richard Liscia, qui, comme toujours, est lucide et pèse ses mots sans équivoque.

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