Poutine peut-il perdre sa guerre ?

Une guerre déjà perdue
(Photo AFP)

Pour Vladimir Poutine, les nouvelles ne sont pas bonnes. Il a perdu un croiseur en mer Noire, il piétine, malgré des dévastations énormes, à Marioupol, et il enregistre des pertes à la mesure de l’armée qu’il a déployée.

DE SON CÔTÉ, Volodymyr Zelensky reçoit des armes modernes et efficaces, grâce à l’augmentation de l’aide américaine. Ses hélicoptères auraient attaqué le sol russe et Poutine veut en faire une raison de se venger, comme s’il n’était pas l’agresseur et était étonné de ce que, une fois au moins, l’armée ukrainienne copie l’armée russe en bombardant des civils. Ce n’est pas bien, mais qui a commencé ce jeu sinistre ? Ce qui est acquis pour le moment, c’est que les Russes ne peuvent pas occuper la totalité de l’Ukraine, et ils l’ont reconnu en se retirant du nord et de la région de Kiev. Ils se concentrent sur la conquête du Donbass. On ne saurait dire que leur objectif stratégique soit atteint, mais le nombre des victimes et des destructions est simplement hallucinant.

Conflit sur un « génocide ».

Le président ukrainien, peu avare de ses jugements un peu rapides, est entré en conflit avec Emmanuel Macron sur la qualification des crimes commis par la Russie. L’emploi du terme génocide, dit Macron, est exagéré. On sait bien  pourquoi : il présente l’inconvénient de relativiser les génocides précédents, Arménie, Shoah, Rwanda. Il augmente inutilement la tension diplomatique entre les Européens et la Russie, il n’est pas adapté à une crise où sont commis  des crimes de guerre, mais non un génocide. Zelensky ne voit que l’emphase pour décrire la férocité russe, il craint bien plus un relâchement de l’attention occidentale que les conséquences morales d’un mot de trop. On ne peut pas lui en vouloir. Il s’est contenté, au nom de sa cause, de brandir une accusation quelque peu excessive à un moment où le rouleau compresseur de l’armée russe écrase les villes côtières de la mer Noire et où même le retrait russe s’accompagne de hideuses violences, exécutions sommaires, viols en réunion sur des femmes, des filles et même un bébé.

La leçon faite à Zelensky.

Dans ce tableau d’atrocités, exiger de Zelensky l’équilibre de son discours, c’est apporter une nuisance à ses efforts désespérés et lui demander à peu près tout, la victoire sur le terrain, l’humanisme et le pacifisme. Mais s’il perd cette guerre, il y laissera sa vie et pire, le peuple ukrainien se retrouvera sous le joug. Si on réfléchit une minute au sort de l’Ukraine, on aboutit à une conclusion simple et en même temps peu probable : la victoire militaire de Kiev. Elle n’en est pas moins souhaitable, d’autant que nous, Occidentaux, avons très peu de choses à offrir aux Ukrainiens, à part de l’argent et des armes, alors qu’ils n’ont même pas le temps de pleurer leurs morts. Il faut le répéter, ils se battent pour nous, pour notre modèle qu’ils trouvent si séduisant, pour l’Europe.

Poutine a déjà perdu.

C’est pourquoi nous ne pouvons pas  nous contenter d’observer cette guerre comme si c’était un tournoi de Roland-Garros. De ce conflit surgiront les nouvelles relations internationales. Une défaite militaire de Poutine le contraindrait à se tourner vers le dialogue plutôt que l’offensive. Elle lui ferait avaler la couleuvre qu’il juge si répugnante : la fin ou la réforme de son système et le triomphe du nôtre. Il pourrait s’enfoncer dans la paranoïa jusqu’au jour où son entourage le jugera inapte pour ses fonctions. D’une certaine manière, il a déjà perdu, parce qu’il n’est plus question que l’Ukraine soit rayée de la carte. Il occuperait le Donbass et même Odessa que les Ukrainiens l’entraîneraient dans des batailles qui épuiseront les Russes. Rappelons-nous que Poutine voulait prouver la supériorité de l’autoritarisme sur les régimes parlementaires. Il a démontré le contraire.

RICHARD LISCIA

 

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