L’hypothèse d’un troisième tour

Jadot et Bayou prêts au sacrifice
(Photo AFP)

À droite et à gauche, des négociations sont en cours pour former des coalitions capables d’obtenir la majorité absolue à l’Assemblée nationale et contraindre Emmanuel Macron à cohabiter.

POUR LE PRÉSIDENT  réélu, le danger est très clair. Il n’existe pas à droite, pour deux raisons : la première est que les Républicains refusent de s’allier à qui que ce soit (alors qu’ils auraient été mieux inspirés s’ils avaient décidé de rejoindre le camp présidentiel) et la seconde que le score de Marine Le Pen, amélioré par une jonction avec Éric Zemmour, se suffit à lui-même : le nombre de ses élus, selon un sondage Harris Interactive, passerait de 75 à 105. Dans ce cas de figure, LR, écrasé par la coalition présidentielle d’un côté et par le RN de l’autre, risque de perdre des circonscriptions.

En marche lente vers l’Union populaire.

À gauche, il en va tout autrement : les socialistes sont sur le point d’adhérer à l’Union populaire voulue par Jean-Luc Mélenchon de la France insoumise, ce qui consterne nombre de cadres du PS, à commencer par Anne Hidalgo et François Hollande, qui savent très bien que, pour LFI, c’est une manière de phagocyter le PS à vil prix. Plusieurs candidats socialistes à la députation risquent faire cavaliers seuls ou de rejoindre la coalition présidentielle (République en marche, Horizons et Agir). En tout cas, l’avenir immédiat n’est pas brillant pour les socialistes et pour les Républicains. Il ne l’est pas davantage pour les écologistes qui semblent très méfiants à l’égard de la fameuse Union populaire, mais même s’ils passent un accord avec LFI, Jean-Luc Mélenchon peut-il constituer une majorité ?

Pourquoi Macron a plus de chances.

Comme d’habitude, il a les yeux plus gros que le ventre. Le sondage cité ci-dessus accorde la majorité absolue au président réélu (entre 328 et 368 députés). Certes, les législatives n’auront pas lieu avant le mois de juin et d’ici là, des événements peuvent se produire qui modifieraient la donne. C’est ce que l’on a dit avant le premier tour et avant le second, sans empêcher Emmanuel Macron de remporter une victoire indiscutable. Plusieurs facteurs jouent en faveur du président réélu : d’abord la durée du quinquennat qui a bouleversé le calendrier électoral et situé les législatives immédiatement après la présidentielle. Ce qui incite nos concitoyens à donner une majorité à celui qu’ils ont élu ; ensuite la qualité de sa victoire, obtenue avec 17 points d’écart par rapport à Marine Le Pen ; enfin, il serait paradoxal que les Français aient élu M. Macron pour qu’il cohabite avec un Premier ministre aux idées diamétralement opposées.

EELV, LR et PS en grande difficulté.

Les partis extrémistes, LFI et RN vont obtenir un plus grand nombre de circonscriptions, au détriment des Républicains, des socialistes et des écologistes, trois partis en grand danger. Ce qui n’empêchera la coalition présidentielle de l’emporter. RN et LFI auront donc une capacité de nuisance mais ne seront pas en mesure de bloquer les décisions du gouvernement. On s’est demandé, par exemple, pourquoi Macron est revenu sur la retraite à 65 ans en pleine campagne, ce qui risquait de l’affaiblir et même de le faire perdre. Il a été néanmoins réélu. Une vive querelle entre majorité et oppositions a éclaté sur le recours éventuel au 49/3, un article de la Constitution qui permet au gouvernement d’adopter une décision sans débat. L’entourage de Macron fait valoir que les Français ont déjà voté pour l’ensemble du programme que Macron leur a présenté et qu’il n’a donc pas besoin de se servir du 49/3.

Il n’est pas interdit, au terme de cette analyse, de penser que l’offensive de M. Mélenchon ne sera pas suivie de succès. Lui aussi, comme Marine Le Pen, a fait un beau score, près de 22% des suffrages. Il a une implantation solide et il aura un plus grand nombre de députés.  Mais il représente l’autre volet de l’extrémisme en France, il est gauchiste, anti-européen, pro-Poutine, hostile à la Vè République, bref il a assez de défauts pour que les Français qui, tout de même, ont déjà écarté Mme Le Pen à plusieurs reprises, ne souhaitent pas placer à Matignon l’ennemi des institutions actuelles et le fossoyeur de la République.

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to L’hypothèse d’un troisième tour

  1. Laurent Liscia dit :

    Bien vu, voyons ce que nous réservent les contorsions de la gauche.

  2. Jean Vilanova dit :

    Puisse ce que vous écrivez dans votre dernier pararagraphe se réaliser ! Jean-Luc Mélenchon est aussi dangereux que Marine Le Pen. Ils sont les deux faces d’une même pièce. Et je reste confondu devant la mansuétude dont ce dictateur aux petits pieds et à la grande bouche et ses troupes bénéficient dans les médias. Ils peuvent proférer des énormités, opérer de grossières volte-face (un de leur candidat condamné pour injure raciste alors que le conducator demandait jusqu’ici l’illégibilité de toute personne dans ce cas, voir Zemmour ) on leur passe tout. Jusqu’à la dernière sortie de M. Ruffin traitant le président de « batard de Hollande » sur une radio de service public, propos dégoûtant ne suscitant qu’un petit clapotis médiatique.

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