Les partis en ordre de marche

Le moment de gloire de Mélenchon
(Photo AFP)

À gauche comme à droite, les partis politiques ont fini par créer les coalitions indispensables à l’accumulation des suffrages. Ces rassemblements dissimulent des divisions que l’on retrouvera dans tous les camps lors des débats de l’Assemblée nationale.

ON PEUT certes se gausser de ces blocs quelque peu artificiels destinés davantage à l’obtention d’un maximum de sièges qu’à l’unité de leur action. Mais il ne faut pas reprocher à la classe politique un comportement qui a toujours existé à l’approche des élections législatives : sans union, le morcellement du terrain électoral renforce excessivement la majorité ; avec union, on peut espérer une forme d’équilibre.

L’exploit de Mélenchon.

Là où la nécessité de la cohésion a primé sur les convictions idéologiques, c’est évidemment à gauche et il faut rendre à Jean-Luc Mélenchon ce qui lui appartient, la manière impériale avec laquelle il s’est imposé aux Verts, au PCF et en définitive au PS (dont le Conseil national a entériné à une majorité de 62 % l’accord LFI-socialistes). Ce vote décisif du Conseil montre que les frondeurs, qui ont exercé les plus vives pressions sur les gouvernements de François Hollande et l’ont empêché de se présenter une deuxième fois, n’ont pas disparu. Ils continuent à œuvrer ardemment pour que le PS bouge vers la radicalité. Voilà qui est fait et ils voteront désormais selon la Bible des Insoumis, sans trop se préoccuper d’une marginalisation du PS et du départ vers d’autres horizons de personnalités comme M. Hollande, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve et Jean-Christophe Cambadélis.

Une OPA sur le PS.

Le projet de M. Mélenchon s’arrête là ; c’est plus une OPA sur les socialistes qu’une tentative de s’emparer du pouvoir. Il feint de croire qu’un Macron désemparé le nommera Premier ministre, cette hypothèse n’a aucun sens. Le Rassemblement national et LFI auront sans doute plus de députés à l’Assemblée, aucun des deux ne peut prétendre à la majorité absolue, qui est de 289. Un  ordre a été mis en place par les tractations à droite, à gauche et au centre, il cache des failles dans toutes les coalitions. Aussi bien personne n’a cru ou dit que ce mandat se déroulerait dans la plus parfaite des harmonies. Les cinq années qui viennent seront une période de réformes dont le pays n’accouchera qu’aux forceps ; le pouvoir d’achat des ménages sera sensiblement érodé ; la réforme des retraites donnera lieu à des manifestations violentes ; les déséquilibres mondiaux s’aggraveront.

Les frondeurs sont toujours là.

Cependant, l’ambition apporte de l’adrénaline et de l’optimisme. Il est évident qu’Édouard Philippe pense constamment à 2027 et que tous ses actes s’inscrivent dans la ligne de ses espoirs, car il ne croit pas que les difficultés de la gouvernance le contraindront à renoncer. Mais au moins inscrit-il son action dans la défense des intérêts du pays et des Français. Ce n’est pas le cas de M. Mélenchon qui, avec son projet de VIe République, ajouterait du chaos au chaos. D’avoir réalisé au moins la moitié de son dessein fait de lui l’autre homme fort de la nation. La victoire d’Emmanuel Macron a permis de repousser les extrêmes dans un ghetto d’où ils ne sortiront pas aussi vite qu’ils le souhaiteraient. Mais elle n’a pas changé le rapport de forces qui existe au sein du paysage politique depuis plus de cinq ans : il y aura toujours des frondeurs de toutes sortes dont la vocation unique est de forcer le président à écourter son mandat et de créer une autre République.

Mécontentement.

On ne peut pas tout faire à la fois, penser aux élections législatives et prévoir le sens de l’action politique de fond en même temps. Il faut remettre en marche une société qui s’est battue contre la pandémie avec assez de vigueur pour vouloir aujourd’hui protéger ses emplois et son pouvoir d’achat. L’adhésion du PS à la gauche radicale est certes consternante, mais elle traduit, chez les moins nantis, le dégoût qu’inspire la politique. En d’autres termes, il n’y a rien de surprenant dans l’organisation des législatives telle qu’elle se présente aujourd’hui et le renforcement de la France insoumise est le prix à payer pour un mécontentement dont personne ne nie la force et la durée.

L’héritage gaulliste.

Le fait encourageant, c’est la résistance de la République et de ses institutions aux efforts fournis pour la démolir et instaurer un ordre nouveau. Observez combien les mots que prononcent les uns et les autres sont dépourvus de toute signification. Les descendants du gaullisme ne sont pas exactement ceux qui s’en réclament aujourd’hui. Ils se sont dressés comme un seul homme quand la Constitution a sanctionné leur faiblesse et donné la magistrature suprême à un adversaire dont ils ont fait leur ennemi juré. Ils ont décidé, eux, de ne rejoindre aucune autre formation. On leur souhaite bon voyage, mais ils ne trouveront pas le Graal.

RICHARD LISCIA

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