Fillon, l’argent et la justice

François et Pénélope
(Photo AFP)

Ancien Premier ministre, François Fillon a été condamné en appel à quatre ans de prison dont un an ferme, 375 000 euros d’amende et au remboursement de 800 000 euros détournés au profit de Mme Fillon. Celle-ci a été condamnée à deux ans avec sursis et 375 000 euros d’amende. L’ancien suppléant de M. Fillon, Marc Joulaud a été condamnée à trois ans avec sursis.

LES TROIS accusés vont porter l’affaire devant la Cour de cassation. Ce qui ne les empêchera pas, en attendant, de payer les sommes que réclame la justice. M. Fillon est inéligible pour dix ans. Même s’il finit par l’emporter en cassation, sa carrière politique a été brisée en 2017 à cause du procès qu’il allait devoir affronter. Entretemps, le parti les Républicains (LR) l’avait sacré candidat à la présidence de la République, ce qui, de la part des amis de M. Fillon, résultait d’un long moment d’inconscience. Quand l’ancien Premier ministre, pour mieux couler la candidature de Nicolas Sarkozy, devenu entretemps son rival, a posé la question infamante : « Imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen ? », il a déjà fait preuve d’une curieuse absence de scrupules dont il a été victime a posteriori. Car il a été à son tour poursuivi par la justice pour une affaire sérieuse d’enrichissement personnel.

Amour et cupidité.

On comprend mal l’égarement d’un homme politique parvenu au faîte de sa puissance, mais s’entêtant à s’enrichir en se servant, en quelque sorte, de sa propre célébrité, et allant jusqu’à accepter, en pleine tourmente judiciaire, des costumes de luxe que lui a envoyés un avocat mal intentionné et désireux de lui porter un coup fatal. C’était la pire des compromissions dans un océan de candeur. De ce point de vue, l’affaire Fillon est exemplaire. Ses amis croyaient à sa rectitude et encore aujourd’hui, ils croient qu’il a été victime d’un complot destiné à l’assassiner politiquement sans pouvoir dire, bien sûr, qui a conçu ce stratagème. Lui-même se sent profondément innocent, alors que, parmi ses nombreuses fautes, il a pris le risque de compromettre son épouse qui n’a pas mérité le sort injuste qui la poursuit. L’amour, en l’occurrence, a cédé la place à la cupidité.

Pas de politique sans intégrité.

En dernier ressort, la droite de LR, pour défendre M. Fillon, dit qu’on a étouffé son talent et privé le pays d’un bon président. On n’est pas « bon » si on ne donne pas l’exemple, et on n’est pas « gaulliste » si l’on consent à mélanger argent et pouvoir politique. M. Fillon donnait toutes les apparences de l’intégrité, il était austère, réservé, silencieux et il aurait été un juge particulièrement sévère. Mais, comme d’autres, il s’est cru au-dessus des lois. Le récit de son parcours personnel est intéressant par ce qu’il dit qu’il ne faut pas faire quand on s’engage en politique. Il faut d’abord vivre chichement. Il ne faut pas tricher avec les institutions que l’on est censé défendre. Il faut, définitivement, mettre son intégrité au service de l’action politique.

Qu’aurait-il inventé ?

On n’imagine pas de Gaulle donnant l’absolution à M. Fillon. L’ancien Premier ministre a certes passé cinq ans auprès d’un président qui n’était ni facile ni indulgent, qui l’a traité de « collaborateur » et n’a pas eu un geste pour l’associer à ses décisions. Mais on remarque que les libertés que M. Fillon a prises avec le droit n’avaient rien à voir avec ses angoisses de chef du gouvernement, fonction qu’il aurait dû abandonner à mi-mandat pour mieux préparer sa candidature à la magistrature suprême. Il a tué sa carrière le jour où il a eu ce mot malheureux au sujet de Sarkozy comparé à de Gaulle. Et alors, on s’est demandé : « S’il est capable de se livrer à ce genre de trahison publique, qu’est-ce qu’il va inventer une fois à l’Élysée ? »

Loyauté mal placée.

S’il n’a pas disparu dan un grand trou noir après cette remarque, c’est qu’il a continué à bénéficier du soutien de ses amis qui, à ce jour, regrettent le sort réservé à leur homme-lige, comme s’il n’était pas naturel qu’il paie pour ses erreurs et que certaines fonctions ne mettent pas à l’abri ceux qui les exercent. C’est cette confusion mentale qui a conduit aux procès et aux jugements. M. Fillon a transmis ses certitudes à une majorité au sein de LR et les plus loyaux de ses amis n’ont pas vu qu’il s’était conduit comme le plus déloyal des « collaborateurs » de M. Sarkozy. Qu’ils ne viennent pas dire aujourd’hui que deux élections leur ont été volées. Ils ont fait ce qu’il fallait pour les perdre.

RICHARD LISCIA

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4 Responses to Fillon, l’argent et la justice

  1. EGOUMENIDES dit :

    Assurément R.Liscia est devenu un procureur sans état d’âme, espérons pour le QDM qu’il n’ait rien à se reprocher !

    Réponse
    Je ne vois pas comment une analyse qui ne remet pas en cause une décision de justice peut être assimilée à une action judiciaire. Je note la menace dans ce fulgurant commentaire anonyme. Elle est sûrement dictée par le courage. Inutile de préciser que je n’ai rien à me reprocher : ce n’est pas moi qui a détourné de l’argent dans le but de m’enrichir personnellement.
    R. L.

  2. Picot dit :

    Pas de politique sans intégrité. Absolument. Dans ce cas, il y a beaucoup à écrire avec nos dirigeants actuels. Vous ne croyez pas ?
    Réponse
    Non. Je crois surtout que la définition de l’intégrité doit être séparée du fanatisme politique.
    R. L.

  3. WERNER Patrick dit :

    M. Liscia, vous lire est un plaisir, vos analyses sont mesurées et justes, sans parti pris, ni haine.
    Merci.
    Continuez ainsi longtemps, nous en avons besoin.

    Réponse
    Merci à vous.
    R. L.

  4. Heim Bruno dit :

    M. Liscia est un louable chevalier blanc vis-à-vis des « brebis galeuses » de droite mais on l’aimerait aussi intransigeant vis-à-vis des dérapages aussi bien à l’extrême centre qu’à l’extrême gauche, gage d’impartialité !

    Réponse
    Vous êtes tombé dans le piège de l’ignorance et votre jugement est une forfaiture. Je vous propose mes plus récents articles, la galéjade de Mélenchon, le Front commun de la gauche et l’arme à gauche, tous critiques de la gauche. Avant de vous exprimer, lisez.
    R. L.

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