Priorité : le pouvoir d’achat

Un scénario impeccable
(Photo AFP)

Le premier conseil des ministres avec Élisabeth Borne a lieu ce matin à l’Élysée. Le gouvernement n’attendra pas le résultat des élections législatives pour prendre ses premières mesures sur le pouvoir d’achat. 

LA RENTRÉE a toutefois lieu dans la confusion de ce que l’on appelle déjà « l’affaire Abad », cette ancienne personnalité de LR qui a rejoint le gouvernement où il occupe les fonctions de ministre des Solidarités. Jeune et handicapé lui-même, le nouveau ministre est accusé de deux agressions sexuelles contre deux femmes qui ont porté plainte, l’une en 2011, la seconde en 2017. Dans les deux cas, la justice n’a pas donné suite. Mme Borne a déclaré qu’elle n’était pas au courant du passé de M. Abad jusqu’à ce qu’elle eût lu les accusations formulées par « Médiapart », puis par le  « Journal du dimanche ». Pour sa part, Damien Abad dément « avec la plus grande vigueur » ce qui lui est reproché.

Une prise de guerre.

Même si le gouvernement ne doit pas, pour le moment, céder à la panique, « l’affaire » risque d’aboutir à une éviction  de M. Abad, considéré jusqu’à présent comme une excellente « prise de guerre » de la macronie. Pour un premier test tout à fait inattendu, la Première ministre a fait preuve d’un remarquable sang-froid, s’abstenant de juger M. Abad (elle a rappelé la notion de présomption d’innocence) sans pour autant exclure une mesure de discipline si la justice apportait de nouveaux éléments.  De nombreux ministres, dont Mme Borne, participant aux élections législatives, l’opinion aura l’impression que la messe n’est pas dite, car les ministres non-élus devront quitter le gouvernement s’ils sont battus, y compris Mme Borne. C’est d’ailleurs la procédure qui a été adoptée par la République en marche lors des législatives de 2017.

Un regain de popularité.

La Première ministre joue cependant sur du velours. Elle se présente et fait campagne dans une circonscription du Calvados où elle ne devrait pas rencontrer des difficultés pour être élue. Il serait donc prématuré de se référer aux législatives comme à un épisode qui chamboulerait la composition du gouvernement. Sa première tâche consiste à adopter des mesures « agréables », comme le renforcement du pouvoir d’achat, qui coûtera cher à l’État en cette période de vaches maigres, mais qui lui accordera un regain de popularité lors des législatives.

Majorité absolue.

Si, en effet, nous sommes censés, selon les sondages, assister à vive poussée de la Nupes, coalition de gauche, sous la direction de Jean-Luc Mélenchon, et du Rassemblement national, sous la houlette de Marine Le Pen, les deux formations ne devraient pas parvenir à la majorité absolue, dévolue aux alliés macronistes d’Ensemble. Le chef de l’État, pour obtenir ce résultat, compte sur plusieurs facteurs : sa réélection, qui incite ses concitoyens à lui donner les moyens de gouverner, la légitimité renforcée que lui offre son second mandat et la diversité de son gouvernement composé de compétences respectables. L’affaire Abad, par exemple, a montré que l’équipe gouvernementale est soudée par des valeurs qui respectent à la fois le féminisme et la présomption d’innocence.

Mauvaises nouvelles.

Ce qui ne veut pas dire non plus que le second mandat de Macron sera une partie de plaisir. Déjà, durant le premier mandat, il a dû affronter des crises particulièrement violentes, celles nées de ses réformes (gilets jaunes) et celles que personne ne pouvait prévoir, comme la pandémie de Covid-19 ou la guerre en Ukraine. Ces deux événements ont érodé les défenses de la France. La très forte hausse de la croissance en 2021 a été trop vite suivie d’une apathie économique, d’une inflation qui érode le pouvoir d’achat des Français et d’un malaise qui risque de compromettre la marche vers le plein emploi, largement amorcée l’an dernier. Emmanuel Macron n’entend pas se laisser impressionner par le cumul des mauvaises nouvelles et il ne fait aucun doute qu’il en combattra les conséquences négatives dans les semaines et les mois qui viennent.

Un tour de force.

On obtenant sa réélection, le président a accompli un tour de force qui éteint tous les commentaires sur son absence de légitimité : il n’a cessé de rester en tête de tous les candidats avant et pendant la campagne ; il a permis une croissance remarquable de l’économie l’an dernier ; on lui a reproché de ne pas faire campagne, mais ce fut son meilleur argument. Il n’avait pas besoin d’entrer dans les interminables polémiques lancées par les diverses oppositions, il a estimé qu’il lui suffisait de prouver son hégémonie dans les sondages, puis dans le test électoral. Cela lui permet d’amorcer son second mandat avec confiance, en dépit des nuages qui s’amoncellent à l’horizon et sont liés à la crise internationale déclenchée par l’agression russe contre l’Ukraine.

RICHARD LISCIA

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