Une malédiction américaine

Biden déplore le carnage
(Photo AFP)

Au Texas, dans une école à Uvalde, à 130 kilomètres à l’ouest de San Antonio, un jeune homme de 18 ans, Salvador Ramos, s’est livré à une tuerie qui s’est traduite par la mort de 19 enfants âgés de 7 à 10 ans et de deux adultes, dont un enseignant.

LA QUESTION des armes qui circulent aux États-Unis et de l’usage qu’en font quelques esprits maladifs est souvent présentée comme une sorte de fatalité divine contre laquelle les humains ne peuvent rien. C’est un mensonge, bien sûr, qui n’a pour objectif que de favoriser un commerce dangereux, sous la houlette du lobby de la National Rifle Association, ou NRA. Le massacre insensé du Texas ne changera rien à une crise permanente : il y a autant d’armes aux États-Unis qu’il y a d’habitants ; le parti républicain refuse avec un entêtement coupable de réviser les lois qui régissent la circulation des armes ; les massacres, scolaires ou autres, sont fréquents ; la démocratie américaine est incapable de lutter contre le fléau parce que, jamais, à ce jour, une majorité parlementaire n’a pu être réunie pour interdire les ventes d’armes.

Biden impuissant.

Le président Joe Biden, qui rentrait d’un voyage en Asie, a déploré le carnage. Il a lancé un appel en faveur d’un débat au Congrès. La majorité démocrate est fragile, elle risque de disparaître à la faveur des élections de mi-mandat qui auront lieu en novembre et qui renouvelleront un tiers du Sénat, un tiers des gouverneurs et la totalité de la Chambre des représentants. L’apathie de la population américaine est incompréhensible : ce sont les enfants des électeurs que l’on extermine. La Cour suprême, déjà décidée à interdire l’interruption volontaire de grossesse, refuse de s’emparer du dossier. Elle préfère la complicité avec la NRA à un jugement qui protégerait les enfants américains.

Ce qui retient l’électeur.

Le vent souffle vers le laxisme ; les électeurs ne voteraient pas pour un parti en faveur du commerce des armes, si c’était le seul sujet de la société américaine, ils préfèrent voter pour la retenue fiscale et exposer leurs enfants à un danger combattu par des moyens dérisoires de protection : salle inviolable pour les rescapés, conseils terrifiants adressés aux élèves (qui n’y comprennent rien), contrôles intermittents aux abords des écoles. Le pays qui lutte avec le plus d’acharnement contre le terrorisme, avec des résultats positifs, ne sait pas comment arrêter à temps les cerveaux des jeunes gens déprimés.

La complaisance des commerçants.

Le remède le plus simple serait pourtant l’interdiction de l’accès aux armes et une législation fédérale stricte. Ces moyens auraient empêché Salvador Ramos d’acquérir des armes et des munitions en quantité suffisante pour décimer une école, à deux jours à peine de la fin de l’année scolaire. On n’oubliera pas non plus la complaisance des commerçants qui vendent à un jeune homme à peine sorti de l’adolescence les instruments d’une tuerie de masse. Les démocrates devraient au moins interpeller leurs collègues républicains au sujet d’une position qui les rend complices de l’assassinat de leurs propres enfants. Les élus républicains sont aussi des pères et des mères. Comme dans tous les drames nés d’une société empoisonnée, une épaisse bêtise collective domine la pensée et l’action d’élus qui se méfient des idées dites de gauche.

Un enjeu énorme.

S’il n’y a pas un sursaut de l’opinion publique, rien ne changera. Les élections législatives de novembre prochain représentent l’occasion unique, pour l’électorat américain, de faire du scrutin un test de la sincérité des candidats en ce qui concerne le port et le commerce des armes. L’énormité de l’enjeu suffit à en faire la priorité absolue. Le clivage partisan n’a, en l’occurrence, aucun sens. Il s’agit d’une pandémie et de la capacité d’une société moderne à éradiquer un virus. Il s’agit de lier les pouvoirs politique et judiciaire. Il s’agit de protéger l’enfance américaine au lieu de l’exposer à un carnage, de mettre un terme à une forme aiguë de masochisme national en vertu duquel l’argent est placé au-dessus de la vie. Un changement d’état d’esprit semble, pour le moment, hors de portée, et on voit mal le président Biden prendre la tête d’un mouvement de fond contre le fléau. Toute la question porte sur le moment où la société américaine estimera que la goutte d’eau a fait déborder le vase ou si, au contraire, le dernier massacre en date est le dernier tout court.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Une malédiction américaine

  1. Michel de Guibert dit :

    Ce pays est malade…

    • Laurent Liscia dit :

      Exact. Sa maladie : l’amour pour les armes au nom de la liberté ; via la manipulation du scrutin par le lobby des armes (NRA).
      « S’il n’y a pas un sursaut de l’opinion publique, rien ne changera. » Apres Sandy Hook, aucun sursaut. Il n’y en aura pas non plus cette fois-ci. Les enjeux de l’élection qui approche ne sont malheureusement pas ceux que décrit Richard. Ce sera l’inflation galopante, le prix de l’essence notamment, autre monstre sacré aux US.
      Je vis aux US depuis 25 ans, et avec chaque décennie je constate une détérioration plus profonde de la vie civique et politique. La France n’est pas rassurante non plus.

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