Mélenchon près du pouvoir

Mélenchon en campagne
(Photo AFP)

Les sondages pré-législatives accordent à la Nupes (Nouvelle union populaire, écologique et sociale) un score élevé aux élections, ce qui offrirait à l’opposition un rôle plus important lors des débats à l’Assemblée nationale.

UN SONDAGE Ifop-Fiducial pour LCI estime que le bloc Ensemble, favorable à Emmanuel Macron, arriverait en tête avec 27 % des suffrages, contre 25 % à la Nupes. Une autre enquête, celle de Harris Interactive, donne le bloc présidentiel à 27 % contre 24 seulement à la Nupes. Les résultats en sièges sont imprécis : Ensemble en remporterait de 275 (moins que la majorité absolue, à 289) à 310 (plus que la majorité absolue), selon l’Ifop, mais 310 à 350 selon Harris.. Le score de la Nupes est saisissant : entre 170 et 205, qui en ferait la deuxième formation politique française. LR et l’UDI obtiendraient  entre 35 et 55 sièges, le Rassemblement national entre 30 et 50, et Reconquête (Zemmour) entre 1 et 4.

Majorité présidentielle encore possible.

La très vive progression de la gauche unie se ferait aux dépens de la droite classique. Mais, même dans les occasions où la Nupes s’allierait au RN, les extrêmes n’auraient pas la majorité nécessaire pour imposer leur volonté. Ce sondage ne semble pas prendre en compte les derniers démêlés du pouvoir avec l’organisation des matches de football, dont les conséquences peuvent aller jusqu’à modifier le vote de nombre de nos concitoyens. Emmanuel Macron bénéficie néanmoins d’une certaine hégémonie sur le Parlement : il a une très bonne chance de contrôler l’Assemblée.

Colosse aux pieds d’argile.

Aux inconnues sondagières s’ajoutent les incertitudes liées au comportement de chacun des partis qui composent la Nupes. Il n’est pas du tout impossible que le PS, le PC et les écologistes reprennent leurs billes après les législatives et qu’ils décident de voter selon leurs convictions et non en fonction de la discipline de vote que Jean-Luc Mélenchon appelle de ses vœux. L’ambiguïté réside dans les conditions du pacte conclu entre eux et qui leur aura permis davantage d’obtenir des sièges que de mettre au point une convergence idéologique introuvable. La Nupes est un colosse aux pieds d’argile. Enfin, la droite classique ne trouverait un emploi utile que si elle volait au secours d’Ensemble dans les domaines où elle approuverait Macron, notamment sur les réformes.

La gauche ressuscitée.

Le second mandat du président ne sera donc pas une promenade de santé. Mélenchon tirera le plus grand avantage d’une voix réputée tonitruante, mais soutenue cette fois par un nombre élevé de députés. Le Rassemblement national, qui aura perdu son titre de « premier parti de France », se verra renforcé et crédibilisé s’il double son score.  Il n’hésitera pas non plus à se faire entendre et à tenter de démolir le programme du gouvernement. Le chef de la France insoumise a donc réalisé, avec son idée d’union des gauches, un exploit indéniable qu’il ne doit qu’à son ingéniosité. S’il est vrai que la Nupes n’est qu’une alliance de circonstance dépourvue de contenu programmatique, elle a ressuscité une gauche très affaiblie, mais requinquée par la bonne santé de  LFI.

L’instinct de l’autorité.

Il n’est pas non plus interdit de penser que cette gauche triomphante aura surtout beaucoup d’occasions de se diviser. C’est certes le cas de tout rassemblement hétéroclite, mais la Nupes a rallié des convictions diamétralement opposées, par exemple le nucléaire civil. Qu’on ne croie pas néanmoins qu’un leader moins agité aurait mieux fait que M. Mélenchon : tout mouvement nouveau a besoin d’un chef charismatique et, faute d’être « élu Premier ministre », il a l’instinct de l’autorité, qu’il confond parfois avec la tyrannie. Il représente en tout cas tout le problème des partis qui se sont associés à LFI, notamment le PS qui, ayant vendu son âme, cherchera probablement à la racheter, sous la pression des « dissidents » socialistes qui furent hostiles à la Nupes.

Sous le masque de LFI

Les difficultés auxquelles le gouvernement d’Élisabeth Borne va être confronté ne seront pas moins élevées que celles que rencontrera l’union de la gauche, avatar électoral plus que réunion des cœurs. Quelque chose nous dit que la Nupes, alliance contrainte par la sombre réalité des chiffres, risque d’exploser à la faveur des crises. Les partis qui la composent ont exprimé le souhait que le ministère de l’Intérieur annonce, pendant la nuit du 19 au 20 juin, les résultats parti par parti et non en bloc pour la Nupes. Que craignent-ils ? Qu’on ne les reconnaisse pas sous le masque de la France insoumise ?

Éloge du scrutin majoritaire.

Enfin, il faut rappeler que le scrutin majoritaire à deux tours n’a pas les défauts que lui reprochent les « petits » partis, notamment l’absence de proportionnelle. Elle n’empêchera pas, cette année, LFI et le RN, de faire des scores enviables. L’idée, répandue à droite comme à gauche, que la proportionnelle est « plus juste »,  ne se vérifiera pas cette année. Pour Mélenchon et Marine Le Pen, il n’y aura pas, pourtant, de plus grande priorité que la réforme du scrutin dans un sens totalement incompatible avec la république actuelle.

RICHARD LISCIA

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