Le mea culpa de Darmanin

Oudéa Castéra et Darmanin hier au Sénat
(Photo AFP)

Face au Sénat, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a reconnu que le fiasco de samedi dernier au stade de France aurait pu être évité si le match avait été mieux préparé et a présenté ses excuses aux familles qui ont été maltraitées par nos services de sécurité, tout en affirmant qu’un contrôle plus laxiste aurait entraîné des débordements plus graves. 

CETTE ÉVALUATION réaliste semble d’autant plus encourageante que le ministre n’a pas l’habitude de reconnaître ses torts. Mais là, il n’avait pas vraiment le choix. Sa première défense, entièrement fondée sur la présence de plusieurs milliers de faux billets, principalement achetés en Grande-Bretagne, ne suffisait pas à expliquer le scandale. L’incident a provoqué un tollé dans l’opposition et s’est rapidement transformé en affaire politique, avec des appels à la démission du ministre et du préfet de Paris, Didier Lallement. Il est difficile de prévoir l’impact de l’affaire sur le résultat des élections législatives : la campagne est apathique et doit craindre surtout un taux d’abstention qui pourrait atteindre la moitié de l’électorat.

Un abcès de fixation.

Les explications apportées par M. Darmanin et par la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, n’ont peut-être pas suffi à calmer la colère des sénateurs qui souhaitent en faire un abcès de fixation avant les élections législatives. Dans le camp de la macronie, nul n’échappe à l’inquiétude soulevée par ce nouveau revers à un moment particulièrement critique de la campagne électorale. D’aucuns, notamment chez les extrêmes, réclament à cor et à cri la démission de M. Darmanin, conformément à une attitude largement rodée par leurs différends avec la majorité. Cependant, il est peu probable que l’opinion publique garde une dent contre le pouvoir à cause d’un match raté : il est plus logique de penser que les difficultés supplémentaires rencontrées par le camp du président remobilisent son électorat.

La force de la gauche.

Aurore Bergé, porte-parole de l’Élysée, a admis que le seul adversaire viable de la majorité actuelle est la Nupes, coalition de gauche que les sondages créditent de quelque 160 sièges. Ce ne serait donc pas un raz de marée, mais une percée considérable susceptible d’affaiblir la macronie. Le débat, en l’occurrence, est plutôt vain dans la mesure où ce qui compte, ce n’est pas seulement la force de la majorité, c’est le contenu des programmes. Ils sont connus et celui de Mélenchon, qui est radical, ne peut être mis en œuvre que si l’Union populaire, écologique et sociale reste soudée à l’Assemblée. Ce qui ne sera pas le cas, car il ne sera pas simple pour les socialistes, les écologistes et même les communistes de travailler sous la houlette de Jean-Luc Mélenchon.

Démocratie polluée.

Les « dissidents » du PS et d’EELV présentent d’ailleurs des candidats aux législatives ; ce n’est pas une révolution mais ce sera suffisant pour diminuer de quelques points le résultat de la Nupes. C’est une histoire où l’acte démocratique le plus important, le suffrage universel, est pollué par les manœuvres des uns et des autres et où les partenariats sont éphémères. On ne sait pas vraiment comment M. Mélenchon a trouvé qu’il avait une chance de devenir Premier ministre, mais ce qui semble sûr, c’est que, dès qu’il sera installé à Matignon, il risque d’être lâché par ses associés d’un jour, peu enclins à passer à la VIème République. C’est le problème du radicalisme : sa vocation est la protestation sous toutes ses formes, ce n’est pas une méthode de gouvernement.

Le vertige français.

De ce point de vue, le parcours personnel de Jean-Luc Mélenchon est édifiant, un peu comme celui de Marine Le Pen : une force de contestation puissante, mais un refus de sauter l’obstacle au moment de s’emparer du pouvoir. Les Français sont fatigués, votants et candidats sont tous épuisés par des débats qui tournent autour d’un vide si vaste qu’il donne le vertige. Oui, il y a trois grands blocs politiques, la macronie, la Nupes et le RN, qui ont renvoyé LR et le PS à leurs chères études. Non, il n’y a pas d’espoir national dans un changement radical. La société française est confrontée à des problèmes qu’elle doit résoudre. Ce n’est pas en changeant la Constitution qu’elle y parviendra.

RICHARD LISCIA

 

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1 réponse à Le mea culpa de Darmanin

  1. tapas92 dit :

    La mort de Malik Oussekine lors des manifestations étudiantes de 1986 a été un traumatisme pour les forces de l’ordre. Et depuis, une opération de maintien de l’ordre réussie est une opération avec zéro mort. Quels que soient les dégâts collatéraux, corporels (perte d’un œil, main arrachée, divers traumatisme plus ou moins graves … supporters anglais tabassés) ou matériels (magasins ou voie publique saccagés, Arc de Triomphe profané …supporters anglais et espagnols détroussés). Pour le ministère de l’intérieur (tout gouvernement confondu depuis 1986), zéro mort = mission remplie.

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