Humilier Poutine ?

Poutine dans toute sa splendeur
(Photo AFP)

La semaine dernière, le président de la République a estimé qu’il ne fallait pas « humilier » la Russie et insisté sur la nécessité de garder un lien avec Moscou au cas où des négociations seraient possibles. L’occasion, pour les plus enthousiastes soutiens de M. Macron, de faire entendre un son de cloche différent.

VLADIMIR POUTINE s’est déjà humilié lui-même en se lançant dans la pire mésaventure de sa carrière. Il a cru rééditer la conquête de la Crimée, prise à l’Ukraine sans coup férir. Il a cru qu’il pouvait changer le régime de Kiev. Il a cru que sa soldatesque serait accueillie à bras ouverts par les Ukrainiens. Il a donc conçu une stratégie erronée d’où découlent tous ses problèmes. D’abord il doit expliquer aux Russes pourquoi tant de familles sont en deuil, pourquoi une « opération spéciale » est plus longue qu’une guerre, pourquoi il serait vital pour la Russie d’abattre cet ennemi dépeint sous les traits les plus défavorables. Il a mis la Russie au ban des nations. La chute du rouble, une inflation galopante, la réduction des exportations russes par l’application des sanctions occidentales ont mis l’économie russe à genoux et, là encore, tout potentat qu’il soit, Poutine doit donner des explications à ses concitoyens.

Les crimes de Poutine.

Les foudres qu’il a attirées sur sa personne ne l’ont pas empêché, à cause d’un entêtement alimenté par l’échec, de réorganiser sa stratégie et de raser les villes et villages avant de donner l’assaut. Ce n’est pas un hasard si l’expression de « criminel de guerre » a été prononcée. La frustration de Poutine vient de l’incroyable résistance des Ukrainiens, elle se traduit sur le terrain par des actes de barbarie : viols répétitifs, exécutions sommaires, écoles et hôpitaux pris pour cibles, russification accélérée dans les zones conquises, Donbass, Marioupol, Kherson, et bientôt Sieverodonetsk. Les Ukrainiens sous occupation n’ont plus le droit de s’exprimer dans leur langue. Ils sont condamnés à parler russe. Et puis toute la démarche du Kremlin consiste à ne respecter aucune des règles de la guerre : les Russes tirent sciemment sur des civils depuis le première jour. Comment ne pas dénoncer cette accumulation de crimes ? Comment ne pas humilier Poutine ?

Un dictateur sans avenir.

Je ne sais pas si une négociation permettrait de satisfaire les exigences des Ukrainiens qui comptent leurs morts, leurs amputés, leurs disparus, leurs femmes violées, leurs enfants russifiés, le nombre de leurs soldats envoyés à l’exil, aux mauvais traitements, à la torture. M. Macron veut conserver une ligne de téléphone avec le Kremlin, mais aura-t-il jamais, du vivant de Poutine, un interlocuteur valable ? Certes, l’aide militaire de la France à l’Ukraine, l’accueil français aux exilés ukrainiens, l’unanimité du peuple français révolté par les exactions russes n’ont pas fait défaut. Mais, du point de vue ukrainien, peut-on envisager un  avenir pour le dictateur russe, ne peut-on pas, face à un homme aussi maléfique, espérer qu’il soit remplacé par un homme plus raisonnable ?

Ange ou bête.

On ne peut pas ne pas humilier Poutine. On ne peut pas dépeindre une bête sous les traits d’un ange. On ne peut pas attendre patiemment que le maître du Kremlin change d’avis. La conquête de l’Ukraine, c’est chaque jour la politique de terre brûlée. Chaque jour apporte son cortège de crimes. Chaque jour est un enfer pour les Ukrainiens, les hommes les plus stoïques du XXIè siècle. Chaque jour, l’Occident, en quelque sorte, attend des Ukrainiens qu’ils meurent jusqu’au dernier avant l’impossible négociation.

Un troisième larron.

Pour vous en convaincre, regardez ce qui se passe à propos des exportations de blé ukrainien. Le manque de céréales va déclencher une famine dans un certain nombre de pays pauvres. L’Afrique envoie à Moscou Macky Sall, Président sénégalais et de l’Union africaine, qui demande à Poutine de lever le blocus de la Mer Noire. Pas de  problème, répond Poutine. Il suffit de lever les sanctions occidentales. Voilà qu’apparaît le moins contrôlable des médiateurs, Recep Yassip Erdogan, le président turc, proche de Poutine, uniquement intéressé par les intérêts turcs et champion de la douche écossaise : selon les jours, il est dans  l’OTAN ou il n’y est pas, il fait la guerre et la paix en même temps, et, loin de s’occuper de l’économie turque, il ne peut en freiner la chute. Lui aussi, il faudrait ne pas l’humilier, alors qu’il n’est que le troisième larron, celui qui tire les marrons du feu ?

Si le monde entier est d’accord pour dire que Poutine ne comprend que le langage de la force, commençons par parler ce langage. Aidons un État qui se bat aussi pour nous, pour nos libertés, pour la souveraineté si chère à l’extrême droite française qu’elle préfère Poutine à Zelensky ! Le plus grave, chez ceux-là, c’est moins la brutalité que la bêtise et les contradictions

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.