Une majorité introuvable

Christian Jacob, premier chef de parti à être reçu par Macron
(Photo AFP)

Emmanuel Macron reçoit aujourd’hui et demain tous les chefs de file des partis politiques dans l’espoir de conclure des accords de gouvernement. Jean-Luc Mélenchon se fera représenter par ses lieutenants.

L’EXERCICE ne surprend personne : il s’agit d’éviter la paralysie législative, d’obtenir des coopérations soit dans la durée soit au coup par coup et donc de trouver des partenaires prêts, en échange de concessions parfois importantes, à voter les réformes proposées par le président de la République. Il ne fait aucun doute que la Nupes et le Rassemblement national, qui ont les yeux plus gros que le ventre, auront des exigences susceptibles de bouleverser l’agenda du président. C’est toute la question : la crise ne vient pas d’une absence de majorité absolue pour le chef de l’État, elle a été déclenchée par la montée en puissance de deux partis non républicains, LFI et le RN .

On craignait Mélenchon, c’était Le Pen !

Car le Front républicain est mort sur l’autel des législatives de 2022. Non seulement le PS et les Verts ont choisi de se mélenchoniser, mais l’extrême droite fait une percée inattendue, avec 90 députés. RN et Nupes, à eux deux, possèdent des forces égales à celles du président, soudain sensible à la gravité du danger après l’avoir ignorée depuis qu’il a été réélu. Sinon, et même s’il manque 40 députés à Macron, l’essence même de l’exécutif ne serait pas menacée. Elle l’est parce que, une fois encore, le triomphalisme vengeur des deux extrêmes exige la reddition sans conditions du pouvoir. Pour le moment, il n’en est pas question.

Un parfum de dissolution.

Ou bien, le président finit par convaincre ceux de l’opposition qui demeurent des républicains intransigeants, qu’ils soient de droite ou de gauche, et il procède à un remaniement gouvernemental qui me semble inéluctable, avec le départ d’Élisabeth Borne, qui sera sacrifiée, comme il se doit, à la carrière du chef de l’État ; ou bien, il n’y parvient pas, ce qui est difficile à croire si on pense que le verre est à moitié plein, avec 245 macroniens dans l’hémicycle. Et alors, après avoir joué au chat et à la souris avec Mélenchon et Le Pen, Macron dissout l’Assemblée et procède à de nouvelles législatives.

L’inquiétude de l’Europe.

Si un tel schéma est crédible, c’est parce qu’il s’est produit un désastre dans la nuit de dimanche à lundi. Il suffit, pour en mesurer la dimension, d’observer les réactions d’inquiétude chez tous nos partenaires européens qui voient deux bouledogues, l’extrême gauche et l’extrême droite s’installer confortablement à l’Assemblée, alors qu’elles sont en recul en Allemagne et en Italie ; qui craignent que la France ne soit plus en mesure de tenir ses engagements européens ; qui se demandent comment l’opposition dépensière et sûrement incompétente va gérer la dette et les déficits.

Anesthésié par sa victoire.

Les médias sont prompts à dire que Macron est entièrement responsable de la catastrophe, alors qu’ils n’ont cessé de produire des sondages inquiétants pour l’avenir de la macronie, sans indiquer vers quelle chute courait la France. Et comme si les annonciateurs de la défaite s’en réjouissaient et ne seraient pas au nombre des premières victimes d’un exécutif noyauté ou inspiré par des apprentis-sorciers. Je crois plutôt que la victoire de Macron aux deux tours de la présidentielle et la séquence contraignante du quinquennat qui donne en principe une majorité absolue au chef de l’État élu, a rassuré le président, et l’a même anesthésié. Il est vrai qu’il n’a pas fait campagne. Il était presque aussi absent de la présidentielle, ce qui ne l’a pas empêché de réaliser le tour de force de sa carrière.

Les déçus de Macron.

Il a cru que les Français ne le détestaient point ! Il a eu tort. Dans ce vote, qui lui a quand même accordé 245 sièges, mais pas la majorité absolue, il y avait des milliers de gilets jaunes, des milliers de déçus, des milliers de laissés-pour-compte d’une société qui fonctionne mais ne sait pas inclure tout le monde.

Une démarche illogique.

On ne peut donc pas l’absoudre, mais on doit ajouter que les oppositions se sont élevées contre lui avec une vigueur propre à menacer les institutions. Et le tableau qui ressort de cet épisode électoral n’est pas seulement anxiogène. Il est totalement illogique : un peuple qui réélit son président et lui nie ensuite la capacité de gouverner. Il n’y aurait eu, dans l’opposition, que des Républicains, que n’importe qui pouvait recoudre les trous. Mais là, les Français ont voté pour des partis dont on dit qu’ils ne sont pas de gouvernement, tout simplement parce que leur gouvernance imaginée est aussitôt associée au chaos.

RICHARD LISCIA

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3 réponses à Une majorité introuvable

  1. Dominique S dit :

    Il serait très ennuyeux que Macron n’ait pas une majorité relative. Il faut quand même reconnaitre que sa majorité relative est franche. Certains, y compris François Bayrou, souhaitent le retour de la proportionnelle. Un tel système électoral donnerait un résultat très proche. La vraie question est la suivante: y a-t-il au moins 289 députés constructifs dans l’hémicycle ? Quand à la dissolution, ce serait une décision de dernière extrémité. Macron se rappelle surement de l’évènement politique majeur, survenu l’année de ses 20 ans.

  2. Jean Yves BRUNET dit :

    Quelle horreur ! l’assemblée est un peu le reflet de la France réelle ! Autre chose qu’une longue liste de valets obéissants prompts à voter sans discuter tout et n’importe quoi
    S’il y a une attitude « non républicaine » c’est bien celle-là, celle de trahir immédiatement ses électeurs en votant servilement sans les consulter ni se soucier des opinions diverses.

    J’ignorais par exemple qu’il était  » républicain  » de prendre une centaine de quidams intitulés  » convention citoyenne », de les soumettre à un martelage de cerveau puis de leur faire pondre des oukazes qui s’imposent à 60 millions de Français. Ce genre de manipulation lamentable est le propre de l’anti-républicanisme de la macronie.

  3. Doriel Pebin dit :

    Il est étonnant une fois de plus, de constater comment les commentaires ne se focalisent que sur le très très court terme ! Macron a la majorité (relative certes mais une majorité tout de même) mais… selon tous les commentateurs, il a perdu ! La Première ministre doit démissionner, la dissolution est programmée, etc. Du sang-froid et du bon sens, que diable ! Tout d’abord, il y a encore des députés républicains qui ont le sens du devoir, de l’éthique, de la démocratie et du bien commun. Ensuite, pour renverser le gouvernement, il faudrait que les populistes de droite (RN) et de gauche (LFI) s’allient pour amener le pays dans un chaos dont le fameux « peuple » sera le premier perdant. Faisons confiance à l’intelligence et la rationalité de nombre de nos députés et concitoyens. Ne laissons pas des minorités agissantes obscurcir et prendre le pas sur la réflexion. Suggérons leur plutôt d’émigrer en Russie ou au Venezuela, régimes qui les attirent manifestement.

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