L’Assemblée cahin-caha

La Première ministre répond aux questions
(Photo AFP)

L’absence de majorité absolue pour le camp macroniste a déclenché à l’Assemblée des débats particulièrement virulents sur les sujets de fond, comme le pouvoir d’achat et la loi sanitaire, ou secondaires, comme le port de la cravate pour les hommes. 

CEPENDANT, les querelles n’ont ni stérilisé le débat ni empêché des progrès dans les discussions. Dominée par la France insoumise, la coalition de gauche, ou Nupes, a poussé le verbiage jusqu’à la diffamation, puisque la cheffe des députés insoumis, Mathilde Panot,  a « découvert » que le président de la République était pétainiste. Finalement, ce sont des accords entre la majorité (et non pas la « minorité », comme l’affirme Mme Panot) et les Républicains ont pris en compte une certain nombre d’amendements proposés par la droite.

LFI renforce le RN.

On craignait que l’Assemblée se transformât en pétaudière, ce n’est pas le cas. On entend beaucoup de cris, hululements, onomatopées et autres gargouillis quelque peu ridicules, mais la ferveur élégiaque des islamophobe-gauchistes n’a pas permis de bloquer les débats. Il n’est pas certain que la stratégie du « niet » systématique pratiquée par LFI produise des effets positifs pour elle : en s’arc-boutant sur une position de combat, elle contribue à rendre plus crédible le Rassemblement national, vêtu correctement et décidé à passer pour un parti de gouvernement.

Pas de police vestimentaire.

Un vent de liberté souffle sur les députés : ils veulent tous ou presque échapper au carcan partisan, s’habiller comme ils l’entendent (Mme Braun-Pivet, présidente de la chambre, a renoncé à « faire la police vestimentaire ») et ils se sentent aussi libres à droite qu’à gauche. Un exemple : les représentants du mouvement « Horizons » d’Édouard Philippe ont voté, contre l’avis de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, un amendement accordant 120 millions aux collectivités locales pour compenser les pertes causées par l’inflation.

Coup d’œil sur la vérité.

Ce ne serait qu’une péripétie si, derrière ce geste, il n’y avait la lutte sourde entre Bruno Le Maire et Édouard Philippe pour la candidature à la présidentielle de 2027. Vous me direz qu’ils partent de bonne heure, mais l’épisode suffit à raconter quelques arrière-pensées et stratégies à long terme. Sans dire la vérité, on la laisse se découvrir le temps d’un amendement. Mais ce genre de choses,  qui se reproduira sans aucun doute, aurait eu lieu  même si Macron avait disposé d’une majorité absolue. Occupez-vous de mes ennemis, je me charge de mes amis.

Marine présidente ?

On passera rapidement sur ces inévitables divisions qui traduisent une fébrilité prématurée et excessive. On constate qu’elles ne nuisent pas particulièrement au travail parlementaire, qui progresse cahin-caha. Au delà des postures, on décèle des réalités de fond qui ramènent les partis à la raison : la France peut se passer du vote de LFI, laquelle fait tout ce qui est possible pour renforcer la crédibilité du Rassemblement national. Le danger ne vient pas d’une duel à fleurets mouchetés entre Le Maire et Philippe, il vient de la capacité de Marine Le Pen à se faire élire présidente dans cinq ans.

Une machine pour aller dans le futur.

La mission de Macron consiste à écarter cette perspective. D’abord, il peut calmer le jeu au sein de son camp ; ensuite, il doit redresser l’économie ; enfin, il doit protéger la Vè République contre ceux qui veulent la changer de fond en comble. Nous avons tout le temps de voir si les ambitions nourries par les acteurs du jeu macroniste reposent sur un bilan avantageux. Nous souhaitons en outre que la vie politique se déroule à son rythme et ne soit pas une machine à aller vers le futur. Je crois que les stars pressées de la politique, dans tous les camps, ont tort d’avoir vendu prématurément la peau du président.

RICHARD LISCIA

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1 réponse à L’Assemblée cahin-caha

  1. Dominique S dit :

    Et si on commençait les sondages entre Edouard Philippe et Bruno Lemaire? J’ai maintenant une nette préférence pour le second, alors que je ne les connaissais ni l’un ni l’autre il y a cinq ans. A suivre…

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