Poutine : poker menteur

Poutine est aussi judoka
(Photo AFP)

S’habituer au cynisme de Poutine n’est pas tâche facile : depuis la Tchétchénie et la Géorgie, puis l’annexion de la Crimée et d’une partie du Donbass, on savait de quoi il était capable, mais on ne s’y faisait pas. Voilà qu’il va encore plus loin dans l’ignominie.

TOUT À COUP, il remet en service le gazoduc russo-allemand et il autorise l’exportation des céréales ukrainiennes. Le lendemain, il bombarde Odessa, ciblant les mêmes céréales. Zelensky dénonce la sanglante supercherie, le Turc Erdogan, qui a œuvré pour l’accord céréalier, ne cache pas son inquiétude : même lui a été bluffé tandis que le président Zelensky traite Poutine de menteur et de parjure.

Un projet sans morale.

Toute une école de spécialistes de la Russie ou du poutinisme nous explique ce qui lui apparaît comme une évidence, à savoir que la morale la plus élémentaire n’entrave jamais les projets du dictateur. Et il le fait savoir par son âme damnée, Sergei Lavrov, son ministre des Affaires étrangères, qui annonce l’intention russe d’occuper toute l’Ukraine. Vœu pieux car l’armée russe a déjà montré ses limites, qu’elle n’a pas le moral, qu’elle est gagnée par la lassitude, pour la simple raison que le jeunesse russe ne sait toujours pas ce qu’elle fait en Ukraine.

Guerre longue.

De ce rapport de forces inédit, des prouesses de l’armée ukrainienne, équipée d’armes américaines qui lui offrent ses succès, de cet immense décalage entre un projet russe forcément sinistre et peu enthousiasmant opposé à la défense de la souveraineté ukrainienne, naît un espoir insensé, utile à la poursuite des combats et à la cause de Kiev mais qui ne doit pas noyer le réalisme. Les Russes disposent d’une armée puissante, sorte de rouleau compresseur, et n’ont aucun état d’âme : on ne voit pas percer chez eux le découragement ou la honte qui les conduirait à déposer les armes un jour. Cette guerre sera longue.

Tenir.

De sorte que, si Moscou entend conquérir la totalité de l’Ukraine et peut-être plus encore, on ne décèle pas non plus le moindre signe de découragement dans le camp ukrainien. Lequel a une maîtrise absolue de sa communication et a réussi à nous tenir en haleine pendant six mois. Le président Zelensky doit se méfier de la versatilité des opinions européennes, elles seront plus vite fatiguées de la pénurie de gaz que les Ukrainiens ne se lasseront des pertes qu’ils enregistrent.

Le soutien à Kiev ne coûte pas cher.

Disons seulement qu’il importe que le soutien des États ne manque pas à Kiev et que, de ce point de vue, Joe Biden  accomplit un travail extraordinaire en accordant à l’Ukraine martyre une aide financière et militaire exceptionnelle. Mais personne n’a le moindre mérite à embrasser la cause ukrainienne avec tant d’ardeur. Encore une fois, Zelensky se bat pour nous. S’il perd la guerre, nous serons en première ligne, face à un adversaire dont nous mesurons à peine la férocité et qui continue de nous menacer de ses armes nucléaires.

Nous souffrons moins qu’eux.

C’est difficile de faire comprendre aux peuples occidentaux pourquoi il faut défendre les Ukrainiens. Encore plus difficile d’expliquer comment l’Ukraine est devenue, du jour au lendemain, le dernier rempart de la démocratie face à une hydre capable, par ambition et par cruauté, de s’exposer aux pires tourments pour mettre à genoux une nation indépendante. Mais nous n’avons pas le choix : l’inflation, la perte de pouvoir d’achat, le rationnement éventuel de l’énergie ne sont rien comparés aux souffrances vécues par les Ukrainiens. Tout au plus déplorerons-nous cette guerre anachronique, qu’on appelle « froide » alors qu’elle est brûlante.

Un mauvais moment.

Nous ne pouvons mettre sur le même pied notre inconfort et le destin ukrainien. D’aucuns, parmi nous, par conviction ou par bêtise, diront que nous serions plus heureux si l’Ukraine s’était rendue sans  se battre. Mais l’histoire, celle des massacres et des destructions, nous a rattrapés brutalement. C’est l’occasion de rappeler combien vivre en France est une chance que les Français refusent de reconnaître ; que tous les programmes des oppositions sont fondés sur le principe que tout va mal chez nous, à preuve, la croissance, la réduction du chômage et l’enthousiasme pour les vacances. Et, ajouterai-je, le dynamisme et l’ingéniosité d’un peuple qui sait faire.

C’est un mauvais moment à passer. Mais nous en avons l’expérience. Cette fois, il ne faut pas  céder, il ne faut pas collaborer, il ne faut pas reculer d’un pouce sur les valeurs que nous défendons. L’Europe est notre espoir. La liberté est le sens de notre vie.

RICHARD LISCIA

 

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2 réponses à Poutine : poker menteur

  1. woznica dit :

     » L ‘ Europe est notre espoir « , dites-vous. Oh combien. Mais l’Europe existe-t-elle ? C’est une Europe des patries individuelles avec une obligation de décision par unanimité et non une Europe démocratique qui décide par majorité ; d’où son impuissance. A quand une Europe vraie, avec un gouvernement européen, une armée européenne, un budget européen etc.

    Réponse
    Le monde ne s’est pas fait en un jour. L’Europe existe vraiment quand elle fait face au danger. C’est le cas aujourd’hui.
    R. L.

  2. Doriel Pebin dit :

    Merci pour ce constat lucide et pour rappeler l’importance des valeurs de la France et de l’Europe. Il faut expliquer sans relâche, le pourquoi du soutien à l’Ukraine. Nos concitoyens sont trop souvent intellectuellement paresseux et abreuvés aux infox des partis d’opposition et des réseaux sociaux (eux-mêmes abreuvés par des minorités agissantes).

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