Biden, le retour

Biden à vélo sur la plage
(Photo AFP)

Je reviens d’un séjour aux États-Unis où je me rends deux fois par an. J’y ai trouvé des évolutions politiques qu’on comprend mal en Europe.

JOE BIDEN est souvent traité par le dénigrement de ce côté-ci de l’Atlantique. Il le mérite parfois, mais pas toujours. Cette année, il a essuyé un échec sérieux avec la décision de la Cour suprême de laisser à chacun des cinquante États qui composent la fédération américaine le soin de décider s’ils veulent ou non de l’interruption volontaire de grossesse. La moitié d’entre eux a engagé une procédure pour rendre difficile, sinon impossible, l’avortement.

Une loi historique.

C’est une régression sans précédent dans l’histoire du pays, censé être le phare de la démocratie. Elle doit être combattue par une législation libérale. Vaste programme. Mais Biden n’a pas connu que des échecs. Il vient d’obtenir l’aval du Congrès pour un plan d’investissements décennal de l’ordre de 400 milliards de dollars,  avec divers objectifs structurels : une lutte massive contre le réchauffement climatique, une offensive contre l’inflation, la reconstruction des infrastructures (ponts et routes) et j’en passe. Une loi historique, adoptée dans une période de conflit très intense entre les partis républicain et démocrate.

Chômage résiduel.

Entretemps, Biden a obtenu un retour au plein emploi grâce à une économie qui tourne à plein régime et où le chômage n’est plus perceptible qu’à un niveau résiduel (3,5 %). La cote de popularité du président n’est pas fameuse, elle est comparable à celle de Macron en France, mais Biden est tellement conforté par les résultats de son action et par la santé économique de son pays qu’il songe sérieusement à solliciter un second mandat, alors qu’il a 79 ans et qu’il donne parfois de signes de faiblesse physique et morale.

Les vice-présidents cachent leur jeu.

Mais la question porte moins sur les personnages que sur la capacité à se faire élire en 2024.  Si Biden devenait sénile, la vice-présidente Kamala Harris le remplacerait. Des « spécialistes » français des États-Unis ont cru remarquer que Mme Harris n’avait pas donné signe de vie depuis qu’elle accompagne Biden. C’est le cas de tous les vice-présidents jusqu’à ce qu’ils soient élus présidents, comme Truman ou Biden. De même, il n’est pas pire conservateur que Mike Pence, l’ancien vice-président de Trump, mais c’est lui  qui a rejeté la demande de son patron d’invalider l’élection de Biden. Un geste historique et ultra-démocratique.

Les faiblesses de Trump.

De la même manière, Trump est sans nul doute un acteur primordial de la vie politique, mais rien ne prouve qu’il soit le meilleur candidat du parti républicain. Ses démêlés (nombreux) avec la justice ont été illustrés par la perquisition du FBI à Mar-a-Lago, la résidence de Trump en Floride, d’où les agents fédéraux ont retiré de nombreux cartons contenant des documents que le président vaincu devait remettre au nouveau gouvernement. Il ne l’a pas fait, ce qui constitue une faute grave et qui s’ajoute à celles qu’il a déjà commises. Cet homme-là peut il se présenter à nouveau ? Rien n’est moins sûr. Tant que Trump exercera sur le parti républicain l’autorité née de la peur, tout est possible ; s’il se retrouve un jour devant un grand jury, il peut dire adieu à sa carrière politique.

Le retour du boomerang.

Il faut savoir que l’attorney général, ou ministre de la Justice, a engagé la perquisition à Mar-a-Lago sans informer la Maison Blanche, de sorte que la preuve a été fournie qu’il ne s’agit pas d’une conspiration mais d’une initiative du ministre, lequel n’est autre que Merrick Garland, proposé comme juge à la Cour suprême par Barack Obama et dont la candidature a été empêchée par  les élus républicains. Aujourd’hui, c’est le retour du boomerang.

Le mauvais choix.

Je décèle en France un mouvement discret en faveur de Trump dans le camp conservateur.  On y est séduit pas sa brutalité et sa capacité, dit-on, à tenir tête aux dictateurs. Vraiment? Comme son « succès » avec la Corée du Nord? Comme la démolition du plan destiné à empêcher l’Iran à se procurer l’arme atomique? Comme ses récriminations contre l’OTAN, aujourd’hui munie d’un mandat clair pour défendre les démocraties européennes? Comme son mépris pour l’Union européenne?

On nous dit doctement qu’il faut prendre Donald Trump au sérieux. Et on nous annonce non sans une touche de sadisme qu’il est capable de revenir aux affaires et de balayer tout ce qui a été fait en Amérique et en Europe en faveur de l’Ukraine. Cela revient à préférer Le Pen ou Mélenchon à Macron. À force de haïr les démocrates, on se prépare des lendemains atroces.

RICHARD LISCIA

 

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