L’empire du mal

Salman Rushdie en 2019
(Photo AFP)

La tentative d’assassinat de Salman Rushdie, des décennies après le lancement de la fatwa iranienne, montre l’irréductibilité de l’Iran et augmente une tension internationale qui ne laisse guère présager un accord sur le nucléaire avec ce pays.

SALMAN  RUSHDIE, grièvement blessé, mais dont les jours ne sont plus en danger, a eu le courage, quand il s’est réveillé de son coma, de faire un peu d’humour sur son sort. Mais tous les hommes et les femmes que Téhéran traque dans le monde entier ne sortent pas rassurés sur leur sort. L’idée que l’on puisse établir un modus vivendi avec l’Iran était contestée, elle est désormais périmée. De nouveau, le terrorisme d’État a frappé et il ajoute du désordre à des relations entre les nations que bouleversent la guerre en Ukraine, elle-même propice à augmenter la menace nucléaire, les virus actifs ou dormants, l’inflation, le risque de famine dans les pays pauvres.

Le poison des gens libres.

Il faut donc prendre exemple sur l’écrivain pourchassé pour des romans qu’il n’a jamais écrits avec l’intention de condamner une quelconque religion. Son courage est d’autant plus admirable qu’il n’avait aucune raison, en les publiant, de penser qu’il signait son arrêt de mort : la violence dont il est victime résulte de l’ignorance et de l’exaltation inappropriée de ses ennemis. Ainsi la liste des vérités qu’énoncent des intellectuels devient-elle le poison de leur vie. La plus grande pollution de la planète, c’est celle des esprits manipulés par des potentats cyniques qui passent leur vie à raconter une fable remplaçant la réalité.

Russie pyromane.

Il est donc bon que Rushdie survive, qu’il publie de nouveaux livres et protège de la sorte la liberté d’expression, mise à mal par la multiplication des régimes autoritaires. On ne saurait lui témoigner moins de respect. Et on ne le fera que si on définit sans nuances la violence de l’ennemi. Il ne s’agit pas seulement du sort d’un grand écrivain tombé bien malgré lui dans le piège de sa propre indépendance, il s’agit de constater que le risque nucléaire ne fait qu’augmenter, avec un Iran qui ne signera pas l’accord, avec la Corée du Nord, nation atrabilaire qui continue à jouer avec ses fusées, avec la Russie qui, pour remporter un succès en Ukraine, bombarde la centrale nucléaire de Zaporijia, sans se soucier des retombées radioactives.

Désinvolture de Poutine.

L’événement du mois d’août est donc l’alerte atomique générale qui se répand parmi les grandes puissances ; elles croient faire tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher un conflit avec l’arme ultime, alors que Vladimir Poutine, lui, à la fois pour nous terroriser et pour en finir avec l’Ukraine, bombarde Zaporijia en espérant en déloger les combattants ukrainiens. On entend de toutes parts qu’il ne faut pas « humilier » les Russes, ce qui veut dire que l’on ne doit pas les pousser à commettre un acte irréversible qui conduirait à une guerre nucléaire. Mais on devrait dire l’inverse : que Poutine ne devrait pas nous inciter à sortir de nos gonds. Pendant que nous adoptons des sanctions échelonnées dans le temps et déjà trop lourdes aux yeux des capitulards, Poutine nous défie avec une désinvolture qui traduit parfaitement la politique du bord de l’abîme, à laquelle Khrouchtchev nous avait habitués à l’époque de la crise des missiles à Cuba en 1962.

La communication de l’épouvante.

Le génie de John F. Kennedy a été d’accepter le défi soviétique et de démontrer aux Russes  que son pays était prêt au sacrifice pour que l’empire du mal ne s’étende pas à l’Amérique  latine. Le précédent cubain est édifiant. Il a prouvé que les Russes, soviétiques ou pas,  chercheront toujours à nous épouvanter mais pas au point de se sacrifier eux-mêmes sur l’autel de la bombe atomique. Il est temps de leur dire que nous n’avons pas peur mais que, s’ils tiennent à ce que Moscou et Saint-Petersbourg soient vitrifiées, cela peut être fait. Ce que je dis là, c’est tout le contraire du propos du va-t-en guerre. Le jeu de Poutine est sinistre, machiavélique, épouvantable, mais ce n’est qu’un jeu.

L’enjeu dépasse Poutine.

Je ne crois pas, d’ailleurs, à une Troisième Guerre mondiale. Il n’y a pas que des Russes abrutis par la haine et par l’ambition. Il y en a de très sérieux qui se demandent comment ils peuvent se débarrasser du puissant imbécile qui les dirige avec l’aide des thuriféraires professionnels, toujours du côté du manche. Après tout, la bombe a permis jusqu’à présent d’éviter tout conflit mondial. C’est elle qui garantit la paix dont nous avons bénéficié depuis 77 ans. Poutine est assez cynique et inhumain pour polluer à jamais une zone d’Ukraine, comparable à celle de Tchernobyl. Mais l’enjeu le dépasse.

RICHARD LISCIA

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1 réponse à L’empire du mal

  1. Alan dit :

    Salman Rushdie a été grièvement blessé, aura vraisemblablement des séquelles, et l’attaque a dû le traumatiser à vie. De plus, il sera pour le restant de ses jours étroitement surveillé, ce qu’il avait voulu éviter ce dernières années. Je doute qu’il sorte « rassuré sur son sort ».

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