Retraites : la confusion

Bayrou et Borne ne sont pas fâchés
(Photo AFP)

Le projet de réforme des retraites a atteint une sorte de pic dramatique quand il fut annoncé, il y a quelques jours, qu’il serait adopté sans débat au moyen de l’article 49/3 de la Constitution. La levée de boucliers fut telle, y compris dans la majorité, que l’exécutif semble avoir changé d’idée.

LE COUP D’ARRÊT a été donné par François Bayrou, président du MoDem, qui s’est insurgé contre un éventuel recours au 49/3. Là-dessus, la majorité a proposé de prendre en compte diverses récriminations des oppositions, mais sans convaincre personne. Il était question de prolonger les carrières au-delà de 62 ans. Nombre d’élus de droite ont approuvé cette disposition, à laquelle la gauche et les syndicats sont totalement hostiles. On ne donnait pas cher de l’avenir de la réforme.

Revalorisations.

Entretemps, les pensions ont été revalorisées. Le groupe Agirc-Arrco, qui gère les retraites complémentaires, lesquelles constituent jusqu’aux deux-tiers et plus de la pension totale, annonce une revalorisation de 5 % dès le 1er novembre, alors que la retraite de base, versée par la Sécurité sociale, a été augmentée de 4 % ce mois-ci (jusqu’à un certain plafond). La forte croissance de l’année 2021 a permis aux régimes de retraites de devenir brièvement excédentaires. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. Les fonds d’Argic-Arrco sont cependant imposants, plusieurs dizaines de milliards),  capables de faire face à un déficit de plusieurs années.

Macron laisse faire.

Emmanuel Macron semblait décidé à boucler la réforme dès l’année prochaine. Il y voit une source d’excédents susceptibles de ramener les régimes à un surplus qui permettrait au gouvernement d’avoir les coudées franches pour se diriger vers l’équilibre budgétaire. On note cependant que la sortie de François Bayrou n’a pas entraîné un froid polaire dans la coalition macroniste. Le point de vue de M. Bayrou s’est largement étendu à Renaissance, du nouveau nom du parti d’Emmanuel Macron. Puis, la Première ministre, Élisabeth Borne, a exprimé ses doutes sur le recours au 49/3. Tout se passe comme si Bayrou avait informé Macron des déclarations qu’il allait faire et avait obtenu son soutien.

Fin de la mesure d’âge.

Le président de la République qui rejoint soudainement ses censeurs les plus impitoyables ? La vérité doit se situer ailleurs, dans l’usage de ce qu’il est convenu d’appeler un « ballon d’essai », c’est-à-dire une information diffusée seulement pour en évaluer les conséquences.  Cela signifie-t-il que Macron renonce ? Il n’en est rien. Il veut sa réforme et elle doit rapporter de l’argent. Il va donc présenter un projet différent, sans doute plus acceptable pour la gauche qui, logiquement, devrait être toute heureuse que l’exécutif lui propose un texte d’où toute mesure d’âge est exclue. Mais, alors pas d’économies ? On suppose que le pouvoir va jouer sur les cotisations, qui pourraient être payées sur un temps plus long ; le travailler plus serait sauvegardé.

45 ans de cotisations ?

La réforme, au départ, devait être un système à points qui aurait remplacé le précédent, en vertu duquel les actifs paient pour les retraités. Elle a, avec le temps et les aléas de la politique, perdu ses plus grandes ambitions. Le pouvoir ne pourrait l’imposer que s’il disposait d’une écrasante majorité absolue. Un élément de la réforme, cependant, n’est pas abandonné, car il est crucial : c’est le paiement des cotisations au delà de quarante annuités. Si le temps des cotisations est prolongé jusqu’à 45 ans par exemple, le résultat est le même que si les Français travaillent quatre ans de plus. C’est du niveau arithmétique le plus simple et ni les syndicats ni les oppositions ne seront dupes. Il s’agit d’ailleurs de leur permettre de sauver la face, pas de renoncer aux recettes d’une vie active plus longue.

Une nouvelle phraséologie.

On en est au point de la crise nerfs, de sorte qu’il y a des mots devenus intolérables, comme carrière plus longue, mesure d’âge, travailler plus pour gagner plus. Il faut faire la réforme en catimini, ce qui, bien entendu, est impossible ; on la fera donc dans une logorrhée où une chatte ne retrouverait pas ses petits. En France, rien n’est simple. Mais l’essentiel, dans l’affaire, est de ramener les régimes à l’équilibre, les excédents des années de vaches grasses servant à combler les déficits des années de vaches maigres. Y a-t-il, dans la salle un opposant sérieux qui approuve un tel projet ?

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Retraites : la confusion

  1. francois Naudy dit :

    Le vrai courage de la réforme serait de supprimer les avantages-privilèges du calcul de la retraite des fonctionnaires et
    de budgeter le montant des pensions qui leur sont versées.

    • bl dit :

      1 enfant = 2 ans dans le privé, 1 an dans le public
      Travail à temps partiel proratisé dans le calcul des années travaillées (5 ans à 80 % = 4 ans de carrière) pas dans le privé (5 ans de travail partiel = 5 ans de carrière)
      Pas de retraite complémentaire dans le public.

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