Poutine : menace ou bluff ?

Poutine enfermé dans ses mensonges
(Photo AFP)

Le gouvernement américain prend très au sérieux les menaces de Vladimir Poutine de recourir à l’arme nucléaire pour en finir avec l’Ukraine. Pourtant, le président Joe Biden a dit à l’Assemblée générale des Nations unies qu’il est impossible de gagner un conflit atomique.

CEPENDANT, la fatalité de la destruction mutuelle des belligérants est un argument dont l’imparable logique peut échapper à un homme aux abois, humilié par ses revers, et qui sait qu’il a exposé au monde la fragilité de son armée. Poutine est à la fois faible, parce qu’il a échoué sur toute la ligne et fort parce qu’il est imprévisible. Il est capable d’entrer dans une forme tactique du déclenchement de l’arme nucléaire et ensuite passer à une offensive tous azimuts qui serait aussitôt contrée par la vitrification d’une partie de son territoire.

Actes de barbarie.

Le récit de ses méfaits est inépuisable. Entre l’enjeu, la conquête de l’Ukraine, et les efforts pour qu’il parvienne à ses fins, il y a une énorme distance. Chaque fois qu’il recule sur le front, il se venge en commettant des actes de barbarie. De sorte que les Ukrainiens savent, lorsqu’ils progressent, qu’ils vont payer, avec la chair de leur peuple, le prix de leurs succès militaires.

Une déroute sans précédent.

La vérité profonde en tout cas, c’est que la Russie traverse une crise gravissime et que ses efforts sont vains. L’ordre de mobilisation partielle lancé par Poutine a été suivi par le départ massif des Russes qui refusent de faire leur service militaire ; les sacrifices incroyables des Ukrainiens augmentent chaque jour l’aide, notamment en armes, qui leur est apportée ; l’Union européenne a gagné en unité ; l’OTAN se développe ; Poutine espérait diviser les Occidentaux, c’est le peuple russe qui commence à se fâcher de son entêtement maladif ; Poutine veut faire alliance avec la Chine et l’Inde, elles restent prudentes et souhaitent publiquement qu’il mette fin à la guerre.

Le temps de la négociation.

Le maître du Kremlin mérite le sort auquel le voue Volodymyr Zelensky. La Cour pénale internationale a commencé à documenter les atrocités russes en Ukraine. Mais l’agenda de Zelensky n’est pas nécessairement le nôtre. Il est indispensable de garder une voie de communication avec la Russie pour le jour où la négociation pourra commencer. Les Occidentaux espèrent que l’entourage de Poutine et son opinion publique, même si elle est bâillonnée, l’empêcheront de se servir de ses bombes atomiques, fussent-elles tactiques. L’aspect inévitable du recours au nucléaire, tel qu’il le présente, indique certes le désarroi, la peur, la rage, mais il ne peut éviter la bombe que si lui est offerte une porte de sortie diplomatique.

Les oracles rient.

Joe Biden ne tremble pas devant les menaces de Poutine. Il lui oppose une fermeté tranquille qui ne laisse aucun doute sur la préparation des États-Unis à un conflit nucléaire, tandis que leurs satellites ont l’œil vissé sur leurs télescopes pour prévenir la moindre agitation autour des fusées russes. Il ne faut pas perdre de vue qu’il n’y a pas de propagande sans mensonge et que si Biden et Poutine étaient des oracles, ils riraient ensemble en échangeant leurs idées sur une guerre atomique.

Poutine croit-il ce qu’il dit ?

Le vrai problème, c’est que, à force de mentir, Poutine finit par croire ce qu’il dit. Depuis le début de la guerre, la Russie est la victime ; un complot de l’OTAN vise à encercler la Russie ; l’Europe n’est rien que la vassale des États-Unis et participe au projet d’effacer le régime poutinien. Il y a ce qu’on sait, ce qu’on a déduit des actes de Poutine, et il y a tout ce qui est caché sur la vie au Kremlin et la santé physique et mentale de son maître. Dans ses attitudes publiques, il ne montre aucun déséquilibre. C’est un homme calme, froid et il a poussé si loin le recours aux mensonges qu’il en a fait une chaîne logique dont chacun des éléments s’explique par le précédent mensonge. Le danger est là.

RICHARD LISCIA

 

 

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3 réponses à Poutine : menace ou bluff ?

  1. Laurent Liscia dit :

    Très bien vu: le fake news finit par devenir réalité. C’est un vieux mécanisme. Le problème ici, c’est la « distinction » (plus peéante qu’utile, j’en conviens) entre armes nucléaires tactiques et stratégiques. Une arme tactique pourrait être utilisée pour annihiler une armée, sans toucher la population civile. Une arme strategique vise l’annihilation de la population ennemie. Biden a bien dit: « N’utilisez pas d’armes tactiques. » Il y aura une riposte (tactique) américaine. Mais la, on approche du troisième conflit mondial. L’Europe sera aux premiéres loges, hélas. Le sang-froid (voire l’indifférence) des populations européennees face à ce danger suprême me parait surprenant.

    Réponse
    À moi aussi. Je suis stupéfait par l’indifférence du public à des informations annonçant un désastre.
    R. L.

  2. Dominique S dit :

    Les gens informés ont peur, mais ne le montrent pas trop. Je vous ressors le message d’un ami concernant un autre sujet: mon neveu m’a dit “Il n’y a pas de raison de stresser pour des choses sur lesquelles nous n’avons pas d’impact“. Je regarde régulièrement « C dans l’air ». Les commentaires de nos journalistes ne laissent aucun doute sur l’état d’esprit que nous avons tous depuis le début de cette guerre. Alors croisons les doigts et espérons le meilleur, tout en craignant le pire.

  3. kari32 dit :

    A lire pour comprendre ce que l’on pense là-bas:

    https://www.leshumanites-media.com/post/le-mein-kampf-de-poutine-d%C3%A9nazification-de-l-ukraine-l-effrayante-tribune-de-t-sergue%C3%AFtsev

    (texte paru sur le site de l’agence de presse officielle de Moscou)

    et
    https://france.mid.ru/fr/presse/russes_ukrainiens/

    C’est un long texte de Vladimir Vladimirovitch Poutine soi-même paru sur le site officiel de… l’Ambassade de la Fédération de Russie en France l’an passé !

    Pour ce qui concerne les Tatars de Crimée, Vlad prend efficacement la succession de Staline:
    https://www.theguardian.com/world/2022/sep/25/a-way-to-get-rid-of-us-crimean-tatars-decry-russia-mobilisation

    Si vis pacem, para bellum… (= « Formez vos bataillons, etc… »)

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