Écologie : l’heure de vérité

Patrick Pouyanné
(Photo AFP)

Total-Énergies réunit aujourd’hui son assemblée générale, ce qui lui vaut manifestations et heurts avec la police. Les défenseurs de l’environnement dénoncent les projet de Total qui a l’intention d’investir autant dans l’énergie fossile, responsable de l’effet de serre, que dans les technologies propres.

TOTAL étant une société privée, le gouvernement n’a aucune influence sur ses décisions. Il n’empêche qu’il devrait y avoir une adéquation entre la politique officielle de lutte contre le réchauffement climatique et les mesures prises par les industries, fussent-elles privées. Le choc entre manifestants et forces de l’ordre était inévitable et, pour le moment, les appels lancés par les pouvoirs publics à Total pour qu’il ajuste sa politique sont restés sans effet.

Un sophisme.

Il semble qu’il sera difficile de persuader le patronat qu’il y a urgence, que les mesures anti-réchauffement sont devenues indispensables si la France veut obtenir des résultats et l’entêtement des chefs d’entreprise reste enraciné dans l’idée qu’il faut aller vers les projets où il y a de l’argent. Pourtant, il n’est pas difficile de comprendre qu’en se lançant dans les nouvelles technologies, les entreprises contribueront à la ré-industrialisation  tout en luttant contre l’effet de serre. L’idée en vertu de laquelle la défense de l’environnement est coûteuse parce qu’elle serait l’ennemie du profit est un énorme sophisme qui ne rend guère service à l’intérêt général.

Pouyanné veut être augmenté.

On ne peut pas se trouver à la tête de Total et ne pas savoir les raisons d’un  engagement franc et irréversible en faveur des technologies nouvelles. Patrick Pouyanné, PDG de Total, est dans tous les collimateurs des écologistes, à la fois parce que son influence personnelle sur le climat est importante et parce qu’l touche un salaire et des primes dont le montant s’élevait à 7,33 millions d’euros en 2022 ; et que, comme n’importe quel employé, il demande une augmentation pour cette année.

Une affaire d’État.

L’État serait plus à l’aise pour mettre de l’ordre dans la maison s’il en possédait ne fût-ce qu’une faible partie. Mais Total Énergies est complètement indépendant et les pouvoirs publics ne peuvent agir comme s’ils avaient une fauteuil au conseil d’administration. Il n’empêche que l’environnement est une cause nationale, l’une des toutes premières, et mérite que nos concitoyens, représentés par leurs élus, donnent leur avis sur ce qui est leur avenir immédiat.

Gagner de l’argent avec l’écologie.

Pour une fois, l’emballement des manifestants d’aujourd’hui n’est ni excessif ni illégal. Ils ne font que demander que l’on donne un espoir aux générations qui arrivent, qu’on ne sous-estime pas la crise du climat, et que, enfin, la nation se retrouve dans un consensus simple : il faut abandonner l’analyse selon laquelle le nettoyage progressif de la planète coûterait de l’argent. C’est tout le contraire : la lutte contre le réchauffement peut parfaitement s’inscrire dans le modèle capitaliste. Il y a plus d’argent à gagner dans l’électricité que dans le gaz ou dans le pétrole.

Un risque de faillite.

Le pouvoir doit afficher sans réserves cette conviction et donner l’exemple en toute circonstance. Il est temps d’oublier l’écologie triste faite de sacrifices et d’y voir, au contraire, une procédure qui respecte les hommes, les animaux et le règne végétal. Nous n’avons pas encore de projet de dimension nationale. Nous ergotons en pensant à l’emploi, aux bénéfices, aux équilibres. Certes, on ne va pas protéger la planète en claquant des doigts et chacun d’entre nous admettra qu’il doit participer personnellement à la bataille. De la même manière, nous devons exiger des autres pays qu’ils s’engagent en faveur du climat. Mais cela ne signifie pas que devions attendre les autres pour commencer à faire notre part du travail. Le « suivisme » nous conduirait tous à la faillite.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Écologie : l’heure de vérité

  1. marie josephe jo dzula dit :

    C’est tout le contraire : la lutte contre le réchauffement peut parfaitement s’inscrire dans le modèle capitaliste.
    Je ne partage pas cette idée, le monde capitaliste a engendré le réchauffement climatique, si on veut perdurer, il va falloir revoir nos » besoins » qui sont surtout des envies dans le monde occidental.
    Réponse
    Il me semble pourtant que c’est l’idée que j’ai défendue.
    R. L.

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