Un budget élastique

Optimisme de façade (Photo S. Toubon)

Optimisme de façade
(Photo S. Toubon)

Le ministre des Finances, Michel Sapin, a donné ce matin un aperçu sur l’évolution de l’économie cette année et l’année prochaine, indiquant de la sorte les bases sur lesquelles il construira le budget de 2016, qui sera bientôt adopté par le gouvernement et discuté au Parlement. Il a tablé sur des prévisions relativement optimistes sans pour autant annoncer une réduction sensible de la dépense publique et un retour du budget à l’équilibre.

SURPRISE : la part de la dépense publique va diminuer, à 55,8 % du produit intérieur brut (PIB) en 2015 et à 55,1 % en 2016. Mais M. Sapin en est-il bien sûr ? Quelques inconnues, qui figurent dans son exposé, pourraient modifier rapidement ce pronostic. De même, les prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales) passeront de 44,6 % du PIB à 44,5 %. Le progrès serait minuscule, il risque néanmoins de n’être pas vérifié dans les faits. Ce qui est vrai, c’est que les deux baisses de l’impôt sur le revenu (IR) auxquelles le gouvernement a procédé en deux ans auront forcément un impact sur le montant total des prélèvements obligatoires, même si la méthode consiste à faire sortir un nombre croissant de ménages de l’IR tandis que les autres, plus aisés, supporteront une partie plus grande de l’impôt.

Croissance : prévisions contradictoires.

M. Sapin a annoncé une croissance de 1,5 % en France en 2016 alors que simultanément, l’OCDE affirmait que la croissance dans notre pays ne dépasserait pas 1,4 %. On ne va pas chipoter, mais il faut tenir compte de la fragilité de ces prévisions. Le comportement de l’économie française est inséparable de l’environnement mondial. Les doutes sur la croissance chinoise ont entraîné un choc boursier dont la Chine se remet à peine, tandis que la vive hausse des valeurs du début de l’année à Paris était pratiquement éliminée par le contre-coup de la crise chinoise. Pour l’OCDE, la croissance mondiale en 2016 ne dépassera pas les 3 %. M. Sapin, qui a confirmé que la baisse des charges pour les entreprises prévue au 1er janvier, serait reportée au 1er avril, estime que le déficit public français tombera à 3,3 % là la fin de l’année prochaine.

Tout dépend de l’Amérique.

Rien n’est moins sûr : le monde entier est suspendu à la décision que va prendre la banque fédérale des réserves (banque centrale américaine), jeudi ou vendredi, d’augmenter ou non les taux d’intérêt. Si cette hausse se confirme, c’est le service de la dette française qui va augmenter, nous privant de quelques précieux milliards et obérant nos efforts pour revenir à l’équilibre budgétaire. M. Sapin n’en a pas dit un mot, alors que, pour le moment, le taux d’intérêt à 10 ans pour un emprunt français se situe à 1,08 %, ce qui est sans précédent, mais ne saurait durer éternellement.
Michel Sapin a justifié la baisse des dotations aux collectivités locales. Leur budget représente 25 % de la dépense publique, explique-t-il et si l’on veut faire des économies, on ne peut pas épargner cette partie si importante des dépenses. Là aussi, les effets de la baisse des dotations sont variables selon les villes et les régions. Mais l’afflux d’immigrés risque de compliquer la donne : les collectivités les plus sollicitées ont déjà réclamé et obtenu une aide modeste de l’État. Si cette aide augmente, le déficit augmentera aussi.

RICHARD LISCIA

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