La croissance revient

Juppé, candidat numéro un (Photo AFP)

Juppé, candidat numéro un
(Photo AFP)

Au premier trimestre de cette année, la croissance a été vive : 0,5%. C’est la troisième bonne nouvelle de cette semaine, après le super-contrat de vente de sous-marins français à l’Australie et la réduction du taux de chômage de 1,7 % le mois dernier. Pour le moment cependant, la cote de popularité de François Hollande ne s’en ressent pas.

CECI explique cela. La création de 60 000 emplois en mars correspond à un bond de la croissance qui résulte vraisemblablement de la baisse des prix de l’énergie, de la hausse du dollar et de taux d’intérêt très favorables à l’investissement. Le gouvernement tente de s’accaparer ces résultats, ce qui est de bonne guerre, même si on ne discerne aucun lien entre sa politique économique et ce qui ressemble bien à une fin de crise (mieux vaut tard que jamais). Pour une fois, la parole du président de la République trouve sa confirmation : ça va mieux, nous avait-il dit lors de sa plus récente prestation télévisée, et les chiffres sont arrivés à la rescousse. Toute la question, pour François Hollande, est de les transformer en une hausse de sa cote de popularité. Elle reste au plus bas, mais les événements s’entrechoquent : les sondages n’ont pas eu le temps de prendre en compte les nouveaux paramètres.

Une crise sociale.

De surcroît, l’exécutif fait face à la crise sociale née du projet de loi El Khomri. Les violences sont désormais quotidiennes dans plusieurs grandes villes et les manifestants réclament le retrait du projet, alors que le pouvoir perdrait toute crédibilité s’il y consentait. Un sondage Elabe publié ce matin montre que Alain Juppé l’emporterait dans tous les cas de figure, avec 39 % des voix au premier tour contre M. Hollande, 38 contre M. Valls, 36 contre Emmanuel Macron, désormais intégré dans les hypothèses des enquêtes d’opinion. Cela fait de M. Hollande un piètre candidat et de M. Macron un candidat plausible, capable de recueillir un quart des suffrages au premier tour et de devancer d’un point Marine Le Pen. M. Valls, de son côté, n’empêcherait pas Mme Le Pen d’arriver en tête au premier tour.
L’enquête d’Elabe montre que Nicolas Sarkozy arriverait deuxième, avec 23% des suffrages contre 26% à Mme Le Pen. Pour le moment, il reste clair que l’opinion ne veut pas du match de 2012 et que M. Juppé est le champion incontesté des nouveaux espoirs. Mais le président de la République compte sur un reflux de la crise pour toute l’année 2016, ce qui, effectivement, pourrait modifier le rapport de forces en sa faveur. De même que son « ça va mieux » n’est plus illusoire, sa promesse téméraire d’inverser la courbe du chômage pourrait être tenue dans le courant de l’année, assez tôt en tout cas pour qu’il annonce tranquillement sa candidature en décembre 2016, comme il l’a promis.

Le problème de fond.

Lancé par Stéphane Le Foll, le mouvement « Hé, ho, la gauche! » va enfin trouver de quoi alimenter son discours, après avoir donné lieu à quelques séances d’auto-congratulation quelque peu ridicules, dans la mesure où les membres du gouvernement qui y ont participé s’adressaient les compliments que la population leur refuse. Il est préférable, pour le pouvoir, de commenter les chiffres meilleurs de la conjoncture. Cependant, le problème de fond concerne l’ampleur du phénomène de rejet qu’inspirent l’action gouvernementale, la classe politique et le fonctionnement des institutions. Le succès actuel de M. Juppé, c’est un peu le choix de celui qui revient de si loin que l’on a oublié qu’il fut Premier ministre, qu’il a commis des erreurs et qu’il a failli renoncer à la politique.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à La croissance revient

  1. herodottt dit :

    « le mouvement « Hé, ho, la gauche! » »: Nabila en fait partie? (certainement, vu le style de l’appel)

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