Démocratie : comédie burlesque

Cazeneuve : une manifestation statique (Photo AFP)

Cazeneuve : une manifestation statique
(Photo AFP)

Le grand sujet de ce début de semaine, c’est moins le Brexit que la manifestation prévue jeudi à Paris, dont le gouvernement ne veut pas, mais que les syndicats réclament en se frappant la poitrine et en se revendiquant de la démocratie. On n’interdit pas une manif’, on ne la limite pas dans l’enceinte de la place de la Nation (proposition de Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur), et il n’est pas question de remplacer la marche par un événement statique, affirment la CGT et FO.

EN RÉALITÉ, ce débat très original est né du ras-le-bol du gouvernement, horrifié par les exactions des casseurs. Qu’il se produise, à chaque manif’, des centaines de délits méritant au moins le tribunal correctionnel, que la vie dans la capitale soit devenue insupportable, que la CGT, qu’il ne faut surtout pas accuser de connivence avec ceux qui attaquent la police, sinon gare au procès, laisse les désordres se multiplier et augmenter en intensité, rien de tout cela ne pose le moindre problème au regard de l’exercice sacro-saint de la démocratie. Même Manuel Valls, qui a demandé aux syndicats de renoncer à leur séance hebdomadaire de destruction de la capitale, n’a pas envie d’être classé définitivement dans le groupe des dirigeants répressifs.

Le vrai sport, c’est la castagne.

Ce qui a amené l’excellent Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, à imaginer une manifestation immobile. On ne le savait pas aussi imaginatif. Mais il aura beau innover, il appartient à un gouvernement sur lequel il est de bon ton de tomber à bras raccourcis tous les matins. L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, par ailleurs candidat à la primaire de la droite, a prononcé quelques mots définitifs sur le droit des syndicats à manifester en toute circonstance. C’est le triste sort de nos dirigeants actuels : ils n’ont, à droite et à gauche, que des ennemis si soucieux de les interpeller, de les harceler, de les mettre en pièces qu’une alliance inhabituelle entre nostalgiques du gaullisme et syndicats irrédentistes n’étonne plus personne. En plein Euro de football, le vrai sport national, c’est la castagne.

Foire d’empoigne.

Peut-être est-il temps de rappeler ce qu’est la démocratie. Ce n’est pas forcément une foire d’empoigne, telle que la conçoivent Philippe Martinez et Jean-Claude Mailly. C’est une façon d’exercer le pouvoir dans le cadre strict des lois en vigueur. Ainsi le procès en déficit démocratique intenté à l’article 49-3 de la Constitution qui permet l’adoption d’une loi sans débat est une sombre idiotie. Non seulement cet article est aussi ancien que la Constitution elle-même, non seulement il a été adopté par une majorité, mais il a été utilisé de très nombreuses fois et par d’autres gouvernements socialistes, par exemple celui de Michel Rocard. Mais si vous discutez avec des manifestants, ils vous en présentent l’usage comme un effroyable abus de droit commis par un gouvernement criminel. Et ils justifient leur propre violence par celle qu’exercerait le 49-3 sur leur libre arbitre.
Casseurs ou non, ils disent tous, notamment durant les palabres de feue Nuit debout, que la plus grande violence, c’est l’État qui l’inflige à ses administrés. Nous serions victimes de ceux que nous avons élus. L’idée que l’on puisse régler le problème en changeant de gouvernement et de majorité et, par exemple en votant une motion de censure, n’effleure plus un seul de ces grands esprits, victimes accablées d’un régime dictatorial et corrompu, qui prônent la démolition des centres urbains à défaut d’apporter leur contribution constructive. Je note un affaiblissement continu de la cote de popularité de Manuel Valls. L’autorité légendaire du Premier ministre est de plus en plus circonscrite à des mots, ce qui fait de lui le premier spécialiste français du « Retenez-moi ou je fais un malheur ». L’autorité, c’est agir. Mais je reconnais qu’agir est plus facile à dire qu’à faire.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Démocratie : comédie burlesque

  1. Michel de Guibert dit :

    Une manifestation « statique » n’aurait pas été immobile tant les dirigeants de la CGT et de FO tournent en rond !

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