Une journée européenne

Mme Merkel et le Premier ministre grec
(Photo AFP)

Le mécanisme européen de stabilité (MES) a été mis en vigueur aujourd’hui. Il permet aux États européens de constituer une cagnotte de quelque 500 milliards d’euros à n’utiliser que pour voler au secours de pays de l’Union en difficulté éventuelle. La chancelière allemande, Angela Merkel, est à Athènes où, en dépit d’une forte mobilisation contre sa personne, elle veut encourager les Grecs à poursuivre la politique d’austérité qu’elle leur a imposée. À Paris, l’Assemblée commence cet après-midi le débat sur l’adoption du traité européen.

SI ANGELA MERKEL n’est pas masochiste, elle est téméraire. En se rendant à Athènes, elle n’est animée que des meilleures intentions. Elle a même adopté, ces derniers jours, un langage plein de compassion nourri par la considération que lui inspire la souffrance du peuple grec,  lequel est confronté à une effrayante austérité. Elle espère renforcer le gouvernement d’Antonis Samaras ; celui-ci a accepté de réduire la dépense publique malgré une récession qui dure depuis cinq ans, et face à une opposition de l’extrême gauche et de l’extrême droite qui se traduit par de fréquentes émeutes.

On ne saurait lui reprocher cet effort humaniste après que les Allemands se sont dressés contre les Grecs avec  l’arrogance des riches à l’égard des pauvres, ou le dédain d’une société organisée pour un pays hélas irresponsable. Il n’empêche : les Grecs devraient saluer le courage de la chancelière au lieu d’en faire le bouc émissaire de maux sociaux dont l’Allemagne n’est nullement coupable. Ils devraient en outre trouver une bonne raison de persévérer dans les progrès accomplis par la zone euro depuis qu’a été adopté le traité européen à la fin du mois de juin. Le MES a été mis en place et apporte, après les gestes efficaces de la Banque centrale européenne, un nouveau soutien aux économies européennes. Les États-Unis eux-mêmes constatent que tout va mieux en Europe et que les dangers les plus imminents ont été écartés.

À la recherche d’une majorité de gauche.

En France, le traité européen sera certainement adopté. Tout dépend, aux yeux du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, de la nature du vote. Il ne veut rien devoir aux voix de l’UMP et du centre, il veut une majorité de gauche, bien que le Front de gauche, les Verts et l’aile gauche du PS soient hostiles au traité. Non sans malice, l’UMP déclare qu’elle votera le traité « négocié par Nicolas Sarkozy ». Et il est vrai que François Hollande, qui s’était rué à Berlin au lendemain de son élection pour obtenir une « renégociation » du traité, s’est contenté d’un appendice sur une relance économique de quelque 120 milliards d’euros (avec des fonds structurels qui existent déjà). Il n’a pas réussi à changer un iota dans le document, mais il est rentré à Paris pour annoncer sa victoire, uniquement parce qu’il avait obtenu un geste pour la croissance. Le gouvernement a exercé sur les « nonistes » écologistes ou socialistes de très vives pressions pour qu’ils appliquent le principe de discipline de vote.

On verra dans quelle proportion la gauche anti-traité se ravisera. L’important est que le traité soit adopté. Un rejet du texte par le Parlement (fort heureusement improbable) aurait des conséquences incalculables pour l’euro, pour la réputation de la France et pour la stabilité financière à laquelle la zone euro peut aspirer après les efforts indicibles fournis par certains de ses États membres.

RICHARD LISCIA

 

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