Rapport Gallois : mesures choc

Louis Gallois
(AFP)

Louis Gallois a remis aujourd’hui en fin de matinée à Jean-Marc Ayrault son rapport sur la compétitivité. C’est demain que le Premier ministre nous dira ce qu’il veut en faire. M. Gallois a développé sa sémantique. Au « choc de compétitivité » s’ajoute « le choc de confiance » (mais comprend toujours une baisse de 30 milliards des charges sociales, 20 pour les entreprises, 10 pour les salariés) et l’ancien président d’EADS reprend à son compte la notion de « pacte social » émise par François Hollande. Lequel, au Laos, a affirmé que le document serait pris en compte et « respecté ».

UN RAPPORT ne fait pas la loi. En son temps, Jacques Attali avait remis, coup sur coup, deux rapports pour la relance de l’économie, et Nicolas Sarkozy n’en avait pas tenu compte que partiellement. Le président d’alors avait bien tenté, par exemple, de réformer le système qui régit les taxis, mais l’idée avait à peine été mentionnée qu’une grève, accompagnée d’un chaos organisé à Paris, avait mis fin au beau projet. En Italie, le président du Conseil, Mario Monti, a réussi sans encombre à réintroduire la concurrence entre les chauffeurs de taxi. En tout cas, M. Gallois est libre d’exprimer son point de vue et que le gouvernement est libre ou non d’en faire son credo.

Deux axes.

Mais la résistance que le gouvernement, confronté à l’hostilité au rapport d’une partie  de la base socialiste, oppose aux très grandes lignes du document, notamment une baisse massive des charges payées par les entreprises, doit être placée dans le contexte de la crise de notre commerce extérieur. Tout le monde l’a compris, et le gouvernement aussi : nos sociétés ont besoin, en urgence, d’un soulagement financier pour refaire leurs marges, jamais aussi basses, et reconquérir des parts de marchés en Europe et dans le monde. Ce vigoureux stimulant ne suffirait pas, à lui seul, à relancer durablement nos exportations. Il doit être accompagné par un effort national en faveur de la recherche et de l’innovation afin que nous proposions davantage de produits que nos concurrents ne fabriqueraient pas.

M. Hollande est pris dans un filet qu’il a lui-même tendu. Voué à la réduction du déficit budgétaire, il a conçu un choc fiscal sans précédent qui atteint les limites du supportable. Il ne peut donc plus augmenter la CSG ou la TVA, de peur de diminuer encore le pouvoir d’achat de ses concitoyens et de créer de la sorte les conditions d’une nouvelle récession. La baisse des charges sociales, rappelons-le, n’est pas une baisse des salaires, mais des cotisations payées par les entreprises (et par les salariés). En l’état actuel des choses, elle ne peut être compensée que par une diminution draconienne des dépenses de l’État. Il ne faut pas s’y tromper : une réduction des dépenses publiques a, elle aussi, des conséquences négatives sur le niveau de vie. Cela veut dire moins de prestations maladie, moins de pensions, moins d’écoles.

Question de courage.

Le pouvoir a donc de bons arguments pour ne pas prendre des décisions hâtives qui, cumulées, appauvriraient encore les Français, déjà sérieusement malmenées par la crise. Mais peut-être la priorité aurait-elle dû être donnée à notre activité industrielle. De nombreux experts estiment que le déficit de notre commerce extérieur est plus grave que le déficit public, que le rétablissement de nos exportations est plus sacré que le retour du déficit budgétaire à 3%. Il est, effectivement, très difficile de mener de pair deux actions de redressement qui, toutes les deux, semblent indispensables.

Et pourtant, le chef de l’État doit avoir le courage de réduire les dépenses. Pour gagner durablement la confiance de nos partenaires européens et des marchés et maintenir les taux d’intérêt auxquels nous effectuons nos emprunts à leur niveau le plus bas, il fallait  réduire de façon spectaculaire le déficit budgétaire. Pour donner un ballon d’oxygène aux entreprises, qui sont les seules à créer des emplois que l’État ne paie pas, il doit, dans un délai relativement court, réduire aussi les dépenses publiques, notamment en simplifiant le fameux « mille-feuille » administratif et en transférant le montant d’une partie des charges sociales sur la TVA, plutôt que sur la CSG qui, elle, ponctionne le revenu à la source. Il faut regarder autour de nous. L’Espagne a réduit les salaires de 20% et ses exportations ont repris. Il n’y aura pas de salut sans sacrifices.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Rapport Gallois : mesures choc

  1. vultaggio-lucas dit :

    M. Gallois, ami de promotion à l’ENA de M. Juppé et ancien «dircab» de M. Chevènement en 1981 et 1988, préconiserait «20 milliards de baisse des cotisations patronales et 10 milliards de baisse des cotisations salariales.» Quel «choc»! De «compétitivité» peut-être pour les actionnaires mais certainement pas de «confiance» pour ceux qui travaillent pour avoir un salaire décent sans se sentir obligés d’en refuser la part variable et pour quel salut ? Il faudra bien les prendre quelque part ces trente milliards d’euros, soit en augmentant l’impôt soit en diminuant la solidarité. Mais, comme en 2013, c’est déjà 20 milliards en plus en impôts et autres taxes. Cinquante, ce serait trop énorme. Il faudrait augmenter les différentes CSG et peut-être rendre déductibles celles qui ne le sont pas.Il est de bon ton pour un libéral de gauche ou de droite d’en appeler au patriotisme du peuple au moment des élections ou quand il doit se faire hara-kiri. M. Gallois n’a-t-il pas été le «patron de gauche» de la SNCF pendant dix ans ? N’a-t-il pas créé RFF sans un sous vaillant pour entretenir les voies ferrées du réseau français? Le commissaire à l’investissement est sur le plan économique un libéral qui gère l’économie de marché ou capitalisme ! Un point, c’est tout ! Choc de confiance! Pacte! Patriotisme! Compétitivité! Pas très drôle, tout cela!

  2. geyl dit :

    Tout commentaire est inutile avec,en face de soi, un gouvernement aussi borné et sectaire,et aussi dépensier que les précédents

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