Un accord social « historique »

Laurence Parisot a salué l’accord
(AFP)

La guerre au Mali a presque fait passer sous silence l’accord sans précédent qu’ont signé les partenaires sociaux le 11 janvier au soir pour améliorer le fonctionnement du marché du travail. C’est un texte imparfait, qui ne sera pas signé par deux syndicats importants, la CGT et Force ouvrière (FO), mais qui représente, peu ou prou, le « compromis historique » souhaité par François Hollande. 

POUR FRANÇOIS HOLLANDE, c’est une victoire, en ce sens qu’il a voulu, plutôt que de demander à sa majorité de voter un nouveau Code du travail, que syndicats et patronat s’entendent sur une rénovation mieux adaptée à une crise qui entraîne un chômage insoutenable. Le principal élément du texte, c’est la possibilité pour une entreprise confrontée à des « difficultés conjoncturelles » de diminuer les salaires pour maintenir l’emploi. Autres éléments importants : l’entrée des salariés au conseil d’administration, la taxation des contrats courts (CDD), qui devrait permettre d’améliorer les perspectives de carrière des salariés (le Medef s’y est opposé farouchement jusqu’à ce qu’il accepte cette clause, ce qui a débloqué la négociation), et une plus grande flexibilité dans les procédures de licenciement, qui autorisera les entreprises à embaucher sans craindre de ne pouvoir se séparer d’effectifs trop abondants en cas de coup dur.

Hollande, Parisot, même combat.

La CFDT s’est attelée à la tâche avec ardeur, alors que la CGT, d’emblée, refusait les grandes lignes du texte et que le scepticisme de FO augmentait jusqu’au rejet. Trois syndicats et trois organisations patronales ont néanmoins signé l’accord, accueilli avec joie par Laurence Parisot, présidente du Medef, qui souhaite aujourd’hui changer les statuts de l’organisation patronale pour obtenir un nouveau mandat de présidente. Le chef de l’État n’a pas non plus caché son enthousiasme et a promis de transformer en loi le projet adopté par les organisations syndicales et patronales.

Du coup, la France n’est plus ce pays arriéré incapable de régir ses relations sociales autrement que par la grève et l’affrontement. De ce point de vue, l’intransigeance de la CFDT et de la CGT leur a fait manquer une occasion historique. Quand les nouvelles règles régissant le marché du travail seront appliquées, les deux syndicats d’opposition seront bien obligés d’en accepter les modalités et leur absence de l’accord sera plus un poids pour elles qu’un signe de vitalité. Mieux : si FO et la CGT continuent à recourir aux grèves dures, elles acquerront le label de l’anachronisme.

C’est aussi un succès pour le pouvoir qui, loin d’imposer sa solution comme le faisait Nicolas Sarkozy, s’est appuyé sur la démocratie directe. François Hollande qui, il y a une semaine à peine, pataugeait dans l’impopularité, peut s’enorgueillir aujourd’hui d’avoir porté le fer au Mali et d’avoir obtenu par la persuasion un accord social de première grandeur. Lequel rappelle un peu l’une de ces fameuses avancées qui ont permis à l’Allemagne de pacifier ses relations sociales par le recours permanent au dialogue entre les entreprises et les syndicats. C’est aussi un signal aux marchés qui exigeaient de la France l’introduction de la flexibilité dans le marché du travail, conformément à ce qu’ont fait tous les pays du nord de l’Europe et même l’Italie.

La droite au pied du mur.

M. Hollande, dans le même temps, s’est rapproché sensiblement des entreprises car il leur a demandé de choisir elles-mêmes les concessions qu’elles pouvaient faire aux syndicats. Couplé aux crédits d’impôts, l’accord établit un climat plus serein dans les rapports entre les patrons et le pouvoir, ce qui n’est pas un mince résultat quand le gouvernement est socialiste. Logiquement, la cote de popularité du président devrait s’élever dans les jours et les semaines qui viennent. Si le mariage pour tous soulève encore une vive colère dans l’opposition, la droite ne peut critiquer ni le compromis social ni l’intervention au Mali. Il reste les régimes de retraites menacés de faillite : M. Hollande souhaite désindexer les pensions (de base et complémentaires), ce qui veut dire qu’elles ne seraient pas revalorisées de l’inflation pendant quelques années. À quoi le Medef rétorque qu’il est préférable d’augmenter l’âge de la retraite.

RICHARD LISCIA 

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