Scandales à répétition

 

Stéphane Richard
(Photo AFP)

Stéphane Richard, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde et actuel P-DG d’Orange, et Jean-François Rocchi, ex-président du CDR, le consortium chargé de liquider le passif du Crédit Lyonnais, ont été présentés au juge ce matin au terme de leur garde à vue. L’affaire Tapie, pour laquelle ils ont été interrogés, prend donc de l’ampleur : la justice tente de savoir dans quelles conditions a été rendu l’arbitrage qui a accordé 403 millions d’euros à Bernard Tapie et elle a déjà mis en examen le juge Pierre Estoup pour « escroquerie en bande organisée ». En fin d’après midi, M. Richard a été mis en examen pour le même chef d’accusation.

CETTE AFFAIRE s’ajoute à d’autres scandales qui éclaboussent le monde politique : Claude Guéant se serait octroyé des fonds en liquide lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, l’affaire Bettencourt se poursuit, l’affaire dite de Karachi n’est toujours pas élucidée et celle où Jérôme Cahuzac est impliqué ne fait que commencer. C’est l’ensemble de la classe politique qui est concerné : la corruption ne connaît aucune frontière idéologique. À part Jérôme Cahuzac, cas de dissimulation le plus troublant, des élus socialistes locaux, dans le nord, à Marseille ou Montpellier, ont été ou sont poursuivis. Cependant, le quinquennat de Nicolas Sarkozy a laissé un sillage plus pollué que les mandats précédents, dont aucun ne fut d’une probité exemplaire.

Politique et argent.

Se pose donc de nouveau le problème éternel des rapports entre la politique et l’argent. On rappelle souvent que l’immense majorité de la classe politique est honnête. Il n’empêche que certains cas de corruption, assortis d’efforts désespérés pour les dissimuler, ont un effet très négatif sur l’opinion publique, qui se détache de ses devoirs civiques en invoquant le très mauvais exemple fourni par certains élus.  C’est toute l’organisation de la vie politique du pays qui en est atteinte et c’est même la démocratie qui recule, dans la mesure où l’électeur se détourne des partis qui ont mal exercé le pouvoir, ont cédé aux tentations et semblent ainsi disqualifiés. Voilà pourquoi des mouvements extrémistes recueillent chaque année un plus grand nombre de militants et d’électeurs.

Compte tenu de la gravité des faits qui sont reprochés à une minorité d’élus impliqués dans certains affaires retentissantes et des manoeuvres, tantôt dérisoires tantôt grotesques, auxquelles ils se livrent pour échapper à la justice, tout message gouvernemental réclamant à la population un effort pour que le pays sorte de la crise et rétablisse les équilibres économiques et financiers est gravement compromis. Comment demander aux citoyens de payer plus d’impôts quand on leur dit que ceux qu’ils ont déjà payés sont allés tout droit dans la poche de Bernard Tapie, alors que l’indemnisation qui lui a été versée est jugée anormale par les enquêteurs ? Le contexte de crise exige tout particulièrement que nos gouvernants soient très vigilants dans l’usage des recettes publiques. Qu’un ancien ministre ait puisé dans la caisse, qu’un autre, chargé justement de récolter les impôts, ait dissimulé une partie de ses revenus, et les conditions d’une révolte fiscale sont réunies au plus mauvais moment, celui où la France doit impérativement assainir ses comptes.

Une question de persévérance.

Cependant, dès lors que le pouvoir corrompt, aucun parti n’est à l’abri de la corruption s’il accède au pouvoir. En outre, aussi désastreuses qu’elles soient du point de vue moral, les affaires sont moins graves que des erreurs de gestion qui nous ruinent ou des aventures historiques qui achèveraient notre démocratie plus sûrement qu’un scandale. Le gouvernement actuel s’attache à prévenir les magouilles par le biais de la transparence, avec un succès mitigé : les dispositions qu’il a prises pour empêcher l’enrichissement personnel des élus n’auraient pas suffi à dissuader M. Cahuzac de transférer des centaines de milliers d’euros à l’étranger. Doit-on pour autant accepter la corruption comme une fatalité ? Non. Il faut, dans ce domaine comme dans d’autres, remettre l’ouvrage sur le métier.

RICHARD LISCIA

 

 

 

 

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2 Responses to Scandales à répétition

  1. Ce qui fait peur, tout de même, c’est l’apparition d’un parti néo-nazi en Grèce, là où la corruption est généralisée, la fraude fiscale étant devenue un sport national puisque les puissants donnent le mauvais exemple (église orthodoxe, armateurs …).
    Les mêmes causes provoquant les mêmes effets …
    L’injustice en matière financière n’amène jamais rien de bon, en particulier dans un pays régicide.
    Il suffit d’une étincelle, et le feu prendra partout.

  2. Pottier dit :

    Ce qui est le plus scandaleux, n’est pas que nos dirigeants soient sensibles à la corruption, en cela ils n’échappent pas à la règle universelle, c’est que la France soit toujours à faire la morale au reste du monde, joignant la suffisance à l’hypocrisie!

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