Écoutes : menace pour les libertés


Edward Snowden
(Photo AFP)

Depuis le début de la semaine, la révélation par Edward Snowden, de l’écoute systématique des communications de toutes sortes à laquelle se livre l’agence de sécurité des États-Unis, la NSA, provoque une polémique violente en Amérique, mais aussi dans le reste du monde, car, du téléphone à Internet, tous les contacts entre l’étranger et les États-Unis sont surveillés.

C’EST SÛREMENT un scandale, mais il a de nombreux précédents, par exemple avec le système Échelon (au début des années 2000) qui exerçait des contrôles comparables. L’écho des récentes révélations est immense : on ne soupçonnait pas Barack Obama de méfaits identiques à ceux de George W. Bush. Ce qui a entraîné la publication, dans la presse internationale, d’éditoriaux particulièrement acerbes, notamment ceux du « New York Times » et du « Monde », dont on partage la colère. Le président Obama est maintenant en butte à des critiques virulentes qui compliquent son second mandat et risquent de laisser une trace négative durable dans son bilan. Non seulement ses partisans, déjà très irrités par l’usage des drones, s’indignent d’une méthode de surveillance où ils décèlent une essence totalitaire, mais l’opposition républicaine, qui oublie que M. Bush faisait pire, se découvre une vocation inédite de militante en faveur des libertés.

La régulation est indispensable.

On n’excusera pas le président américain qui devra, dans les semaines qui viennent, imposer une régulation à l’activité de la NSA.  Mais pour être impeccable sur le plan éthique, M. Obama ne saurait sacrifier la sécurité de son pays. Ceux qui croient que le président serait « mou » face aux menaces du terrorisme, se trompent. Il a accéléré le recours aux drones jusqu’à ce que les Américains s’inquiètent de leur usage, qui n’obéit à aucune loi ou réglementation. Il est d’une fermeté exemplaire à l’égard de tous les ennemis, extérieurs ou intérieurs, des États-Unis. La question de la légalité des écoutes est posée : l’administration agit au nom du « Patriot Act », une loi sur la sécurité votée au lendemain du 11-septembre. Une majorité de citoyens américains approuve les écoutes tant qu’elles sont de nature à les protéger contre la violence des djihadistes. La plupart préfèrent une incursion dans leur vie privée à un relâchement du système préventif qui a réduit de façon draconienne la fréquence des attentats et renforcé la sécurité aérienne.

Le cas de M. Snowden n’est pas clair : il se présente comme un whistleblower, un lanceur d’alerte, comme les agents du FBI qui avaient flairé la préparation du 11-septembre et n’ont pas été entendus. Mais il n’a pas caché non plus la hargne anti-gouvernementale qui l’inspire. Il est parti pour Hongkong, puis a disparu. Il n’a pas, comme Julien Assange, révélé des secrets militaires ou diplomatiques, il a seulement décrit un système et une méthode. Il aurait pu se défendre contre le gouvernement américain avec une très bonne chance de gagner son procès.

Les vrais coupables.

Il faut sans doute limiter l’excès de zèle de la NSA, mais la culpabilité la plus grande n’est pas celle d’un gouvernement dont le premier devoir est la protection de ses nationaux. L’idée que la première démocratie parlementaire du monde est en train de verser dans le totalitarisme est excessive. Ce qui est plus vrai, c’est que le terrorisme a depuis longtemps réduit nos libertés. Il a même empoisonné nos vies. Il a contraint toutes les sociétés ouvertes à se replier sur elles-mêmes, tous les passagers à se laisser fouiller, à répondre à des questions souvent inquisitoriales, à montrer leurs affaires et leur corps à d’insidieux scanners, à épier d’autres passagers qui leur semblent bizarres. À créer une méfiance générale. Sur le point, les terroristes ont déjà remporté une manche : ils nous ont attaqués parce qu’ils jugent faibles et corrompues nos démocraties parlementaires et ils les ont transformées en bunkers où l’on ne respecte pas beaucoup la vie privée des citoyens. Ils ont fait une prédiction auto-réalisatrice.

C’est ce procès qu’il faut faire plutôt que celui d’un pays qui tente de se protéger contre des attentats et commet des erreurs au cours de la tentative. J’observe un mode de pensée qui, paradoxalement, découvre le déclin de l’Amérique et dénonce son hégémonie. La Chine lui aurait volé les plans d’un avion de guerre dont le programme coûte 1 300 milliards de dollars. Mais elle n’aurait pas le droit de se protéger contre un cambriolage cybernétique de cette importance.

RICHARD LISCIA 

 

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One Response to Écoutes : menace pour les libertés

  1. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    A l’évidence, il vaut mieux trop d’écoutes téléphoniques, que trop de terroristes!
    On croirait entendre les bobos socialistes français s’opposant aux caméras vidéos dans nos villes!
    Qu’ils aillent habiter dans les banlieues des grandes villes françaises pour rencontrer la réalité du risque!
    Espérons que le président Obama continuera ses actions de protection, et que Manuel Valls suivra le même mode de fonctionnement chez nous.
    La liberté a un coût, la démocratie, si fragile, a besoin que l’on prenne soin d’elle.
    Ces outils en font partie.

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