Vers un affrontement social


Hollande à la conférence sociale
(Photo AFP)

Engager des réformes sociales en dialoguant avec les syndicats, cela part d’un excellent sentiment. Fidèle à sa méthode, François Hollande refuse d’imposer le changement. Il espère, avec la foi du charbonnier, qu’il résultera d’un compris entre les organisations syndicales, le patronat et les pouvoirs publics. Le risque existe néanmoins, celui d’un affrontement à la rentrée au sujet d’une réforme des retraites qui ne tiendrait pas ses promesses.

LE PRÉSIDENT a bien fait de situer sa deuxième conférence sociale sous le signe de l’emploi. Cela veut dire qu’il tient compte de l’argument-massue des syndicats : à quoi bon demander aux Français de travailler plus longtemps si on les met au chômage plusieurs années avant l’âge de la retraite ? Le chef de l’État leur répond qu’il n’y aura pas de bonne réforme sans un retour progressif au plein emploi. Mais qui discerne à l’horizon ne serait-ce qu’un soupçon de croissance et de créations d’emplois ? M. Hollande affirme : c’est par la formation professionnelle que nous viendrons à bout du chômage des jeunes, fléau spécifique au coeur d’un cataclysme plus large. Cette formation qui coûte si cher (quelque 24 milliards par an) et qui a créé plus de situations confortables pour ceux qui s’en occupent que pour ceux censés en bénéficier. Cette formation qui n’empêche pas que quelque 300000 offres d’emploi ne sont pas satisfaites chaque année.

Réformer la formation.

Il faut donc que l’on nous dise comment on va réussir à former des jeunes à la restauration ou l’aéronautique alors que l’on n’y est pas parvenu jusqu’à présent. Peut-être en réformant la formation elle-même ? Bon courage : il y en a déjà eu une en 2009. La réforme des régimes de retraite n’est pas l’affaire de 2013. C’est un projet sur trente ou quarante ans. Personne ne peut dire où nous en serons dans quatre décennies. La crise ne sera pas éternelle, mais après des embellies, il y aura, dans ce laps de temps, d’autres crises. Ainsi vont les cycles économiques. En tout état de cause, on ne peut pas concevoir la réforme des retraites en s’appuyant sur le canevas d’aujourd’hui, et c’est pourquoi la CGT et Force ouvrière se trompent. Elles s’opposent d’ailleurs sans trop croire à leur propre capacité à atténuer, pour leurs affiliés, le choc de la crise. Même au sein des syndicats, on sait bien qu’il n’y a plus de grain à moudre.

Le fond de la rébellion syndicale, c’est une très mauvaise humeur ou, pis, le désespoir. Face aux hordes de salariés licenciés qui se battent contre des plans sociaux forcément inhumains, comment tenir un langage qui accompagnerait la suppression des avantages acquis? Dire non, manifester, faire grève, entrer en sécession, tirer toute la société vers le fond pour qu’elle partage la souffrance des ouvriers, voilà le programme. Il vient du coeur, mais il est dangereux. Vous verrez que, par le compromis, on en arrivera à entériner les plus graves des injustices. Déjà François Hollande semble résigné à ne pas soumettre les fonctionnaires à un régime identique à celui du privé ; il ne touchera pas aux régimes spéciaux. Autrement dit, il demandera à des salariés et à des retraités des sacrifices qui maintiendront les privilèges des autres.

Ne lui jetons pas la pierre. M. Hollande est le président d’un pays compliqué, à un moment de crise sans précédent, et ses prédécesseurs n’ont pas fait mieux qu’il ne fera. Mais on ne peut pas exercer le pouvoir dans une période historique aussi troublée si on n’a pas assez de courage pour bousculer un avantage acquis, un privilège, une logique pernicieuse, un conservatisme suicidaire, et tous les ingrédients du désastre à venir auprès duquel l’actuel marasme apparaîtra comme de la roupie de sansonnet.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Vers un affrontement social

  1. phban dit :

    Hélas, le courage manque, François Hollande n’en a pas une once, c’est un manœuvrier, sans aucune perspective. Il ne sait que mener vaille que vaille sa barque (son pédalo diraient certains) vers son objectif personnel : conserver son poste, quel qu’il soit. Il faut dire qu’il a l’expérience, dix ans de pratique à la tête du PS …

  2. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Le président est effectivement le président d’un pays compliqué, et ceci ne l’exonère en rien de sa responsabilité : il s’est fait élire en connaissance de cause.
    Il porte la responsabilité de son inaction, s’étant fait élire en contrepoint d’un prédécesseur « très agité », sauf que les urgences s’accélèrent, et le précipice se rapproche à grande vitesse.
    L’inertie de M. Hollande devient gravement coupable et responsable des complications à venir.
    Nous avons besoin d’un président qui a quelque chose dans le pantalon, et, en dehors de DSK, il semblerait bien que son ex-compagne, Ségolène Royal, aurait fait ses preuves dans les circonstances actuelles.
    Ite missa est.

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