Une journée formidable


Cahuzac, superstar
(Photo S. Toubon)

On a pu assister hier à un spectacle  joué par des acteurs chevronnés qui, à défaut de nous rassurer sur l’état de la République, nous auront bien fait rire. De Jérôme Cahuzac, interrogé par la commission parlementaire chargée de faire la lumière sur l’affaire qui porte son nom, à Dominique Strauss-Kahn, délivrant un cours d’économie au Sénat, la pantomime politique révélait, dans un contexte d’humour noir alimenté par les non-dits, quelques terribles réalités.

POUR LE SPECTATEUR amateur de « moments » de télévision, la journée fut riche. Beau comme un prince, M. Cahuzac est arrivé en moto à l’Assemblée où il arborait un costume impeccable fait sur mesures. Il s’est empressé de dire aux élus qui l’avaient convoqué qu’il ne pouvait leur apporter les quelques lumières qu’ils attendaient de lui parce qu’il les réservait à la justice. Les parlementaires souhaitaient savoir si le pouvoir avait contribué à l’étouffement de l’affaire Cahuzac mais ils en sont pour leurs frais. Le tout dans une sorte de convivialité où l’ancien ministre du Budget, avec son aplomb habituel et même avec inconscience, s’exprimait comme s’il assénait des idées fortes et hautement morales face à des élus qui le respecteraient trop pour le tourmenter.

DSK au Sénat.

Au Sénat, c’était le tour d’un autre de ces hommes qui ont ébranlé la France, Dominique Strauss-Kahn, prié d’apporter son avis hautement qualifié sur la crise dont le pays pâtit. L’ancien ministre de l’Économie fit un cours sur les fractales en se référant à ses propres ouvrages et se permit de donner une leçon au président Hollande, coupable d’avoir un jour désigné son ennemi, c’est-à-dire la finance, alors qu’il aurait dû dénoncer plutôt les financiers. À ces deux interventions qui ne laisseront aucune trace au-delà de cet article, la classe politique a réagi par l’ennui. Les uns critiquaient l’idée saugrenue du Sénat d’appeler DSK à la rescousse alors que l’invité souhaitait tirer parti de son audition pour rendre la monnaie de sa pièce au président. Tiens, ils ne s’aiment pas ? Pourtant, DSK ne doit aucun de ses malheurs à M. Hollande et il n’a été emporté que par la bourrasque qu’il a lui-même déclenchée. Les autres avaient du mal à cacher le fiasco Cahuzac.

Le même jour, Ziad Takkiedine, l’acteur sulfureux des opérations occultes conduites par les gouvernements d’avant 2012, affirmait aux enquêteurs qui l’ont jeté en prison qu’il avait financé la campagne d’Édouard Balladur (1995) à hauteur de six millions de francs. Énorme coup de théâtre, qui présente toutefois l’inconvénient d’être provoqué par un homme n’ayant plus rien à perdre ; il espère, comme d’autres personnages du même acabit, atténuer ses propres souffrances en les diluant dans un scandale bien plus large que ses magouilles.

L’homme à tout faire. 

Pendant ce temps, Bernard Tapie termine sa garde à vue de 96 heures mais risque de ne pas recouvrer sa liberté, tant sont nombreuses les irrégularités qui lui ont permis de toucher 403 millions d’euros de l’État. La vie de Tapie, c’est un parcours fait de hauts et de bas, de palais et de prisons, de succès surprenants et d’effrayantes déroutes. Hommes d’affaires, homme politique, ministre, écrivain, acteur de télévision et de théâtre, riche à millions, puis dépossédé de tout, baignant de nouveau dans une opulence provisoire à laquelle succèdera, s’il rembourse un jour, le plus grand dénuement. On s’interroge sur ce destin tortueux et fragmenté qui semble accompagner les hoquets et soubresauts d’une démocratie déboussolée.

La crise, en effet, loin d’inspirer de pertinentes solutions, déclenche des comportements bizarres, comme la convocation bien inutile de M. Cahuzac à l’Assemblée ou celle de DSK au Sénat.  Le combat politique n’est plus celui des programmes et des idéologies, mais celui des boulets que traîne chacun des partis : vous avez votre Cahuzac ; et vous votre Tapie. Comment le pays malade réagit-il à ce charivari ? Il y a eu une pause dans la progression du chômage le mois dernier. Selon la Cour des comptes, le déficit en fin d’année sera non pas de 3,7 %, mais sera compris entre 3,8 et 4,1 %. M. Hollande a une chance de gagner un pari et une chance de perdre l’autre. En Italie, Silvio Berlusconi a été condamné à sept ans de prison. Mais il va faire appel. Le plus grotesque des vaudevilles ne donnerait qu’un aperçu bien modeste de la vie politique telle est désormais « judiciarisée ».

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Une journée formidable

  1. maraval dit :

    Ce qui parait inquiétant chez nos sénateurs, c’est leur étroitesse de vue : un seul spécialiste économique en France, DSK, pourtant avocat de formation ? N’y a-t-il aucun spécialiste d’économie en France alors que nous avons des facultés avec des professeurs d’économie et des écoles de commerce on ne peut plus enviables? Non, personne autre que DSK, mais pour favoir bonne conscience, il lui ont demandé de jurer avant de commencer le débat. Quelle rétribution reçoit-il?

  2. admin dit :

    Aucune rétribution. DSK est reconnu comme l’un des meilleurs, sinon le meilleur, économiste de France.

  3. savary dit :

    Quelle tristesse ! La France est tombée bien bas. C’est vraiment la décadence qui s’aggrave d’année en année. Quand les Français se prendront par la main, et n’auront plus peur de leur ombre. Ils sont encore trop « gâtés » et assistés avec des retombées bienveillantes sur les étrangers de toutes sortes.

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