Tapie : la descente aux enfers

Tapie en 2008
(Photo AFP)

Au terme d’une garde à vue de 96 heures, Bernard Tapie a été déféré au parquet en fin de matinée et a été de nouveau interrogé par les juges, après avoir subi les questions des policiers de la brigade financière. Au milieu de l’après-midi, il a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire. Ce qui lui permet de recouvrer la liberté. Les magistrats doivent boucler leur enquête le plus tôt possible car la prescription des faits peut être prononcée dès le début du mois prochain.

CE N’EST PAS la première fois que l’homme d’affaires a des démêlés avec la justice ; il a même fait de la prison. Mais, à 70 ans, le voici soumis à une épreuve particulièrement pénible. Il est impossible, cette fois, que, par une des esquives magiques dont il a le secret, il échappe aux griffes de la justice. Trop d’éléments s’accumulent qui démontrent que l’arbitrage, parfaitement conforme au droit dans son principe, a été entaché de graves irrégularités. La mise en examen de plusieurs personnages importants pour « escroquerie en bande organisée » laisse ouverte la question de l’identité du chef de la bande, qui serait sans doute un homme politique.

Mélange des genres.

On n’a aucune raison de plaindre Bernard Tapie, qui a toujours eu, avec l’honnêteté, des rapports élastiques et a payé pour ses délits. Mais on constate que, dans cette affaire comme dans toutes les autres, la justice joue, bon gré mal gré, un rôle qui la fait basculer dans la politique et va bien au-delà du cas personnel de M. Tapie. Le mélange des genres n’est pas bon pour la démocratie. Juges, journalistes, camps politiques se servent des affaires pour abattre leurs têtes de Turc. L’impartialité, qui devrait inspirer l’action de la justice et des médias, est affaiblie par des violations incessantes du secret de l’instruction. On nous dit que cela fait belle lurette qu’il n’est plus respecté, qu’il s’agit d’un mythe, d’une antiquité, que les avocats éventent ce secret tout autant que les juges. Mais comment ne pas s’étonner de lire dans les journaux du lendemain ce qui s’est dit pendant l’instruction ? Et comment ne pas se douter que ce que nous lisons correspond seulement à ce que telle ou telle partie prenante de l’instruction souhaite nous faire savoir tout en nous cachant ce qui serait favorable à la partie adverse ?

La justice ne saurait arrêter son action là où apparaît la politique. Elle doit aller à son terme sans se laisser impressionner par le pouvoir, ancien ou nouveau. Mais la répétition des révélations sur les affaires ne témoigne pas seulement du talent des journalistes qui sont chargés de les suivre. Elle traduit aussi un acharnement dicté par leurs convictions. On attaque un homme de droite, on est soutenu par la gauche et vice versa. Dans la convergence des scandales, vrais ou faux, vraisemblables ou farfelus, vers Nicolas Sarkozy, comment ne pas imaginer que l’ancien président est devenu l’homme à abattre et pourquoi se retrouve-t-il dans ce rôle sinon parce que la gauche craint son retour en politique et parce qu’elle estime judicieux de lui barrer la route, même s’il a une immunité totale pour toute la période de son mandat ?

L’ivresse du pouvoir.

Bien sûr, il aurait été préférable que M. Sarkozy, lorsqu’il était président, ne se fourvoie pas dans ces aventures qui finissent si mal aujourd’hui ; bien sûr, il a cédé à l’ivresse d’un pouvoir considérable qui ne semble pas lui avoir suffi. Mais autant on approuve l’idée d’une justice indépendante qui doit être la même pour tous, puissants ou misérables, autant on déteste l’usage qui est fait de cette même justice par des hommes ou des femmes qui, ayant alternativement la conduite des affaires de l’État, n’observent que la loi du talion dès qu’ils sont en capacité de s’en servir. Les précédents nombreux et graves ne manquent pas d’une instruction concluant à des faits qui se sont ensuite effondrés pendant le procès. Exemple frappant, un non-lieu a été requis en faveur de M. Sarkozy dans l’affaire Bettencourt et c’est le juge Gentil qui fait l’objet de divers soupçons. L’ancien président sera donc innocenté, mais entre-temps, combien de costumes ne lui a-t-on pas taillés ! On a vu tant d’hommes politiques traînés dans la boue avant d’être relaxés ! Cela devrait suffire à empêcher l’instruction de devenir un spectacle permanent.

RICHARD LISCIA

 

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3 Responses to Tapie : la descente aux enfers

  1. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Parfaitement d’accord avec l’analyse de M. Liscia.
    Bernard Tapie sert de bouc émissaire aux socialistes au pouvoir, pour faire oublier au « peuple » l’affaire Cahuzac, puante non pas tant par ce que M. Cahuzac a fait, que par les mensonges de ceux qui savaient et l’ont laissé continuer (jusqu’à ses aveux), autrement dit le président Hollande.
    Le président lui-même est un fieffé manieur de langue de bois (on se croirait aux plus belles heures de la IVe République), et nous venons de l’entendre encore hier dire qu’il allait s’occuper de la dépense publique, sans dire une seule fois qu’il allait la réduire! Contrairement à ce que dit la Cour de comptes, à ce que conseillent nos amis européens, et à ce que le bon sens nous conseille à tous.
    Quel ménage français gérerait son propre budget en dépensant plus qu’il ne gagne, et en s’endettant pour rembourser ses excès de dépenses ?
    C’est le comportement du sapeur Camembert, qui creusait un trou pour reboucher le trou d’à côté, c’est aussi la meilleure façon d’aller au surendettement : M. le Président Hollande ne l’ignore évidemment pas. Donc, soit il nous prend pour des imbéciles, soit il nous ment,soit les deux à la fois.

  2. geyl dit :

    Tout cela savonne un peu plus la pente vers les dérives extrêmes.

  3. FifiHand dit :

    L’affaire Tapie est plus que puante. Car escroquer le peuple et entraîner dans son sillage
    des hommes et des femmes politique, ça dépasse l’entendement. Il mérite la prison à perpétuité! C’est un manipulateur, un maître-chanteur, un cambrioleur de banque et, en plus, il n’a pas la
    langue dans sa poche. Cahuzac a eu au moins le mérite de reconnaître les faits qui lui sont
    reprochés.

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