Chômage : le pis-aller

 

Sapin : optimisme de circonstance
(Photo AFP)

Le taux de chômage a atteint 10,5 % à la fin du deuxième trimestre et, selon l’INSEE, il devrait se situer à 10,7 % à la fin de l’année. Il sera alors très proche du maximum de 10,8 % enregistré en 1994 et 1997. Le ministre du Travail, Michel Sapin, affirme que le chômage « ralentit », notamment chez les jeunes, catégorie pour laquelle il baisse effectivement, de 26,4% à 25,5%. Les contrats aidés expliquent à eux seuls cette diminution : 52000 contrats ont été signés depuis le début de l’année et leur nombre va augmenter rapidement.

« L’ACTION DU GOUVERNEMENT sur le front économique et le front des politiques de l’emploi commence à porter ses fruits », déclare ce matin M. Sapin, sans doute chargé d’instiller un peu d’optimisme chez ses concitoyens. Le gouvernement semble plus enclin à prouver que la courbe du chômage va s’inverser avant la fin de l’année qu’à se donner des instruments supplémentaires de lutte en faveur de la croissance. Elle seule, en effet, permettrait de créer des emplois marchands et durables, et elle ne peut réussir que si l’État se décide à réduire massivement les charges des entreprises et à diminuer simultanément les dépenses publiques. Pour stabiliser le taux de chômage, le pays doit produire 120 000 emplois par an, tout simplement parce que la démographie crée autant de demandeurs d’emplois. Le PIB (produit intérieur brut) de la France n’a pas augmenté depuis 2008, alors que la population, dans le même temps, a crû de quelques millions de personnes. C’est dire que le revenu individuel ou produit per capita a diminué.

Interprétations contradictoires.

Les résultats publiés par l’INSEE, ainsi que les statistiques à venir, se prêteront à des interprétations diverses et contradictoires. Formellement, M. Sapin est fondé à dire qu’un taux de chômage qui ralentit amorce une baisse. Rien ne prouve cependant que cette pente vertueuse est durable et qu’il n’y aura pas, dans les mois viennent, de sérieuses déceptions. Pour le moment, la réalité de la situation est sinistre, en dépit des emplois aidés, qui représentent la recette dictée par le désespoir, mais ne remplacent pas les emplois industriels ou commerciaux créés par les entreprises. Personne ne peut dire avec certitude que « l’embellie » constatée au niveau de la croissance ne sera pas suivie par un recul du PIB, ou si elle atteindra le seuil de 1,5 % susceptible de créer des emplois. Ce qui est sûr, c’est que M. Hollande se targuera d’avoir tenu son pari à la fin de l’année, ce que l’opposition contestera avec vigueur, soit en dénonçant des contrats auxquels la droite, comme la gauche, a recouru par le passé, soit en insistant sur les quelque trois millions et demi de chômeurs qui ne trouvent toujours pas d’emploi, soit en soulignant l’état délabré d’une production industrielle battue par la concurrence étrangère.

Mieux que rien.

À la fin de juillet 2013, le nombre total de chômeurs en métropole n’a augmenté que de 6300, soit une hausse de 0,1 % seulement, contre 0,3 à la fin du premier trimestre. Dans un tableau extrêmement sombre, ce résultat, associé à une croissance de +0,3 %, apporte un éclairage inattendu et encourageant. Pour soutenir notre optimisme, nous constaterons aussi que c’est dans l’ensemble de l’Union européenne que la croissance est redevenue positive. Nous avons eu droit à un débat national qui opposait les experts optimistes aux experts pessimistes. Mais ce n’est pas céder aux sirènes du gouvernement que de reconnaître qu’un peu de croissance et une moindre progression du chômage sont préférables à la récession et à de massives destructions d’emplois.

RICHARD LISCIA

 

 

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