Un désastre diplomatique


Obama impuissant contre Poutine
(Photo AFP)

La réunion du G20 n’aura été rien d’autre qu’un désastre diplomatique. Vladimir Poutine, qui a le vent en poupe, a amélioré son score en poussant son intransigeance à l’extrême, en interdisant toute frappe contre les armes chimiques de Bachar Al-Assad, en envoyant sa flotte en Méditerranée, en semblant prêt à un affrontement militaire. D’où le froid glacial entre Poutine d’une part, Hollande et Obama d’autre part, la suppression de toute perspective diplomatique, l’isolement du duo franco-américain.

IL NE RESTE plus à ce couple étrange que le choix d’agir seul, contre la communauté internationale, contre l’Allemagne elle-même qui  a rejoint en quelque sorte le camp non-interventionniste, contre l’ONU qui, soudain, devient fort précautionneuse. Ou de ne rien faire, ce qui, après tant de rodomontades, nous fera sombrer dans le ridicule. Certes, le président des États-Unis a pu annoncer, à l’issue du sommet, l’existence d’une liste de onze pays favorables à une riposte après l’attaque chimique du 21 août. Mais la nature de cette riposte n’est pas précisée, tandis que François Hollande soumet la participation française à une opération militaire à la publication du rapport des experts onusiens sur l’usage de gaz par le régime de Damas. Il demande aux mêmes experts de se dépêcher, mais son initiative complique le jeu : si M. Obama reçoit lundi un feu vert du Congrès, M. Hollande, lui, demandera encore un peu de temps. Sans doute y a-t-il eu quelque imprudence à fixer des « lignes rouges » franchies allègrement par le dictateur, à ne pas prévoir la volte-face britannique, à ne pas sonder auparavant les coeurs et les reins des opinions française et américaine et, pour ce qui concerne le président Obama, à ne pas très bien savoir lui-même si une intervention était conforme ou non à son agenda diplomatique.

Le souvenir de l’Irak.

Ni les Américains ni les Français n’agissent pourtant sous l’emprise d’un intérêt quelconque, sinon l’indignation bien naturelle que soulèvent les exactions syriennes. On a certainement perdu beaucoup trop de temps. On pouvait armer massivement les insurgés avant que n’arrivent les pasdarans iraniens et le Hezbollah libanais ; on n’avait pas besoin de l’usage des armes chimiques pour attaquer, le nombre de victimes et de réfugiés syriens aurait suffi à l’expliquer ; on pouvait appliquer enfin ce qui ressemble à une doctrine d’Obama : le monde arabo-musulman n’a pas besoin d’une action militaire venue de loin pour aspirer à la démocratie et aux libertés. À la terrible erreur commise en Irak, pays qu’on a « libéré » pour mieux le placer sous influence iranienne, a succédé le printemps arabe, c’est-à-dire la prise en mains de leur destin par les peuples soumis au joug de dictateurs.

Il n’y a que des cas singuliers.

Il est vrai que, en dépit de cette révolution à têtes multiples, chaque cas est singulier. Benghazi aurait été dévastée et Kadhafi aurait triomphé si la France, le Royaume-Uni et les États-Unis n’étaient pas intervenus. Le Mali serait devenue terre djihadiste si François Hollande n’avait fait le choix courageux de livrer une guerre au sol contre quelques milliers de terroristes qui menaçaient et l’Afrique et le coeur de l’Europe. Donc, chaque danger mérite une réflexion approfondie, une synthèse des arguments pour ou contre, une décision spécifique. On n’a pas le sentiment que la France et l’Amérique aient bien mesuré l’ignominie exceptionnelle de Bachar et le cynisme absolu de Poutine. Ou que, s’ils l’ont fait, qu’ils n’ont pas évalué les difficultés stratégiques, tactiques, logistiques posées par la crise syrienne.

Inutile, cependant, de revenir sur les erreurs qui ont pu être commises. Seul le présent compte, la situation telle qu’elle se présente aujourd’hui et qui, disons-le sans ambages, n’est pas du tout favorable à une action militaire. Un feu vert du Congrès américain ne faciliterait pas la tâche du président Obama parce qu’elle le priverait d’une bonne raison de ne pas attaquer. François Hollande, lui, est à deux doigts de l’isolement total, mais dispose d’une dernière carte : il a déjà dit que, si les Américains n’y vont pas, les Français n’iront pas non plus. On ne saura jamais si M. Obama a décidé la semaine dernière de consulter ses élus pour échapper à l’engrenage de la guerre ou pour renforcer sa détermination à intervenir. Mais le dilemme est terrible. Comme disent les Anglais, you’re damned if you do, you’re damned if you don’t. Vous perdez dans les deux cas, si vous bougez ou si vous ne bougez pas.

RICHARD LISCIA

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5 Responses to Un désastre diplomatique

  1. Il me semble qu’il y aurait eu réel désastre diplomatique s’il y avait eu boycott du G20 par un ou plusieurs protagonistes, ce qui ne fut pas le cas.

    A suivre.

  2. Pelouze dit :

    « Ni les Américains ni les Français n’agissent pourtant sous l’emprise d’un intérêt quelconque, sinon l’indignation bien naturelle que soulèvent les exactions syriennes.  »
    Seriously?
    You are not kidding?
    Obama agit pour lui et Hollande de même…
    La guerre est toujours décidée par ceux qui ne la font pas.
    Et pour Hollande qui n’est pas prix Nobel c’est manifestement un intérêt de diversion. La situation est tellement ingérable à la maison qu’il faut bien bomber le torse à l’international alors même que l’Iran a un jouet beaucoup plus dangereux que les armes chimiques y compris pour
    nous mêmes.
    Les actions qui relèvent du pénal doivent être traitées par le TPI et l’ONU pas par des gendarmes autoproclamés qui n’ont poutr certains pas l’argent de leurs ambitions tellement leur gestion de leur propre pays est calamiteuse.
    Bien sur vous oubliez la catastrophe du Nigeria ou le Raid a perdu des hiommes pour finalment ne pas sauver son membre détnu en otage…
    Oui c’est un désastre mais pas exactement celui que vous croyez voir.

  3. admin dit :

    Obama et Hollande savent pertinemment le risque qu’ils prennent à déclencher une action militaire qui est déjà impopulaire avant d’avoir commencé. Dire qu’ils le font par intérêt n’est donc pas logique. Et, comme chacun sait, l’ONU et le TPI sont très efficaces dans la répression des atrocités commises par une dictature.

    • A3ro dit :

      Tout à fait d’accord avec vous. Les Occidentaux ont hésité à mettre le feu aux poudres en intervenant dans la foulée de la Libye, et ils s’en mordent les doigts. A la limite, il faudrait faire des frappes contres des objectifs militaires tout en amenant assez de moyens pour intervenir plus lourdement : un ou deux porte-avions, des porte-hélicoptères, de quoi soutenir une campagne de bombardement intensive, sans pour autant la déclencher. Quand à la perspective d’hostilités avec la Russie… Quel est l’intérêt pour Poutine de chercher à se battre ? S’inventer un ennemi extérieur pour faire taire la contestation ?

  4. Herodote dit :

    La position internationale de la France est en effet intenable. Au G 20, que faisait là notre président tout seul entre les deux géants américain et russe ? Il attend sous les projecteurs ce qui ne dépend en rien de lui. Que récolter dans cette affaire sinon perdre tout crédit ? Ne serait la brutalité du drame syrien la moquerie serait la réponse appropriée.
    Avec en tout état de cause un sentiment d’humiliation nationale.

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