Le fiasco syrien

Kerry et Lavrov : larrons en foire
(Photo AFP)

Le bras-de-fer entre Bachar Al-Assad et les Occidentaux se traduit par la déconfiture de la diplomatie américaine. La recherche et la destruction des armes chimiques syriennes avançant à grands pas, le secrétaire d’État américain, John Kerry, a cru utile de féliciter Bachar pour son zèle et Vladimir Poutine pour son entregent. En réalité, les Russes sont parvenus à maintenir le dictateur au pouvoir en faisant une concession, certes importante, sur les armes chimiques, mais qui laisse Bachar libre de poursuivre sa monstrueuse besogne.

ON S’INTERROGERA un jour, pour le compte du récit historique, sur les circonstances de la volte-face américaine. Le président Barack Obama, dont la riposte militaire semblait imminente à la fin du mois d’août, a soudainement changé d’avis en demandant au Congrès de ratifier sa décision, ce à quoi il n’était pas obligé. M. Poutine s’est engouffré dans la brèche en proposant la recherche et la destruction des armes chimiques qui, avec le concours de l’ONU, sont promptement menées. La France, dont les avions  ont failli décoller pour aller bombarder des objectifs militaires en Syrie, a dû geler son intervention et a été brusquement exclue du jeu diplomatique conduit par John Kerry et par le ministre russe des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, à Genève. Personne ne s’attendait pour autant à ce que M. Kerry fît l’éloge de Bachar, sous le prétexte qu’il obéissait avec une docilité remarquable aux injonctions onusiennes. Comme s’il venait de se transformer en interlocuteur valable.

Innombrables factions.

Le président syrien a compris que, si son différend avec l’Occident restait circonscrit aux armes chimiques, rien ne l’empêchait de poursuivre une guerre civile qui a déjà fait quelque 120 000 morts et deux millions de réfugiés ou déplacés ; que l’accord américano-russe ne concernait que la « ligne rouge » qu’il a franchie à plusieurs reprises ; que le degré de détermination des États-Unis, empêtrés dans une crise à la fois financière et institutionnelle, était voisin de  zéro. Mais la crise syrienne est plus violente que jamais, Bachar a commis des crimes de guerre et contre l’humanité et le peuple syrien est abandonné non seulement à la soldatesque loyaliste mais à d’innombrables factions dont les objectifs sont différents et très souvent divergents.

C’est peut-être aussi ce qui conduit le président Obama à feindre son enthousiasme pour la destruction des armes chimiques, comme si elle amorçait la fin du conflit. Avec le temps qui passe, tout se dégrade, la situation militaire, de moins en moins favorable aux insurgés et la situation politique, de plus en plus complexe : pratiquement, aucun des clans qui se battent en Syrie n’est pro-occidental, sauf les combattants qui reçoivent des équipements américains. Le CNS, Conseil national syrien, censé regrouper toute l’opposition à Bachar, est plus divisé que jamais. Des combattants d’Al-Qaïda aident le CNS avec l’intention de créer un État islamiste en Syrie. Bachar est aidé de son côté par le Hezbollah et des pasdarans iraniens hostiles aux sunnites.

Les crimes des insurgés.

Multiple, l’opposition ne respecte pas plus les règles de la guerre que les soldats syriens. Exécutions sommaires, tortures, prises d’otages, les insurgés ont fini par s’abaisser au niveau de Bachar. Ils sont à la fois cruels et affaiblis, plus efficaces dans les exactions que sur le plan tactique. Ils se hisseraient au pouvoir qu’ils ne sauraient comment l’exercer, la révolution ayant toutes les chances d’engendrer de nouvelles secousses sismiques empêchant toute stabilité et toute reconstruction.

La victoire de Poutine, c’est ça : elle achèvera une Syrie moribonde qui risque bel et bien de voler en morceaux. Mais peut-être la diplomatie des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni aura-t-elle alors quelque chose d’utile à faire.

RICHARD LISCIA

 

 

 

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