Aberrations politiques

Véronique Massonneau
(Photo AFP)

Un député émet des bruits de basse-cour pendant le discours d’une collègue EELV, quatre députés socialistes se trompent de bouton et apportent huit voix contre la disposition budgétaire retardant de six mois la revalorisation des pensions, le Premier ministre lui-même annonce l’existence de deux nouveaux otages français en Syrie, alors que les familles voulaient garder le silence : faut-il en rire ?

PEUT-ÊTRE. Ce qui est surprenant, ce n’est pas que ces aberrations se produisent, c’est qu’elles soient traitées par l’indulgence, alors que les difficultés exceptionnelles auxquelles le pays est confronté réclament de tous ceux qui nous gouvernent une concentration extrême. On dirait que ce n’est pas le cas et que même Jean-Marc Ayrault, qui voudrait apparaître comme un chef de gouvernement sérieux et impeccable, ne s’est guère étendu sur son erreur (il a confondu les nouveaux otages avec les anciens), laquelle a pourtant obligé les familles à sortir du silence, c’est-à-dire à changer de méthode dans la recherche des moyens de libérer leurs proches. Elles n’ont pas adressé le moindre reproche au Premier ministre et l’opposition, heureusement, s’est gardée de toute critique, car le sujet est très sensible.

Caquetage.

Philippe Le Ray, un député UMP qui avait trop arrosé son dîner, n’a pas arrêté de perturber l’intervention en séance de Véronique Massonneau, élue écologiste, en imitant le caquetage d’une poule, ce qui a évidemment exaspéré la députée. Les élues de la majorité se sont vengées en arrivant en retard à la séance des questions au gouvernement, ce qui leur a valu une ovation de leurs collègues de gauche et le départ des UMP (qui se sont ensuite ravisés et sont revenus sur leurs bancs). Le président du groupe UMP, Christian Jacob, a dénoncé la « mascarade » et s’en est pris au président de l’Assemblée, Claude Bartolone. M. Le Ray a présenté néanmoins ses excuses à Mme Massonneau ; il a été puni d’un « rappel à l’ordre » qui le prive d’un tiers de ses émoluments d’un mois. On ne considèrera pas la sentence comme excessive : à ne pas respecter les autres, on perd sa propre respectabilité.

M. Jacob, pour sa part, aurait pu choisir meilleure cause à défendre. Il n’a pas été sévère pour son député et a rappelé un lointain bras d’honneur de Noël Mamère, comme s’il cherchait, pour le bon goût, le plus bas dénominateur commun. La moindre des choses, c’est d’en finir avec le machisme désuet qui règne dans certains rangs de la droite et d’imposer la courtoisie entre  élus, ce qui, hélas, n’est pas le cas. L’incident est grave parce que, justement, il est dérisoire, et que l’opinion, qui se méfie déjà des gens qu’elle a choisis, ne peut pas comprendre que les affaires de l’État soient traitées par un chahut de cours primaire.

Perte de crédit.

Quant au vote involontaire des quatre députés socialistes, qui trouvent une excuse dans la fatigue des scrutins nocturnes, il ne porte pas à conséquence, puisque l’article concerné de la loi de finances  va être présenté de nouveau aux députés. Il n’empêche que, si l’erreur est toujours pardonnable, elle n’améliore pas non plus les relations entre les élus et les électeurs, lesquels estiment que, quand il y a beaucoup de travail, leurs représentants doivent redoubler d’efforts plutôt que de perdre du temps. Dans la dissipation des responsables politiques et dans leur acharnement à ne rien lâcher au point d’en devenir ridicules, on peut voir le symptôme de leur peur : impuissants, à droite et à gauche, à guérir la France de ses maux, débordés par la surenchère des extrêmes, ils se lancent dans des échauffourées annexes ou secondaires qui aggravent encore leur perte de crédit.

RICHARD LISCIA

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