Faut-il avoir toujours un avis ?

Scène de prostitution ordinaire
(Photo AFP)

Toute la semaine, j’ai entendu ou lu des informations sur la retraite chapeau de Philippe Varin, sur la prostitution ou sur le meurtre d’un cambrioleur par un bijoutier. Tous sujets qui, à n’en pas douter, méritent réflexion. Deux raisons m’ont empêché de vous livrer mon opinion sur ces thèmes : la première est que je ne peux traiter qu’un sujet par jour, la seconde est que, tous comptes faits, je ne suis pas sûr d’avoir un avis sûr, irréfutable et irréversible.

L’ABOLITION de la prostitution fait l’objet d’une campagne nationale à laquelle le gouvernement, représenté par Najat Vallaud-Belkacem, n’est pas étranger. Son idée est que, pour réduire le marché du sexe jusqu’à son anéantissement, il faut pénaliser les clients. Ce qui a donné lieu à un manifeste des « 343 salauds » dont le cri de ralliement est « Touche pas à ma pute », un comble de machisme et de grossièreté. Les salauds auraient voulu hâter la disparition de la prostitution qu’ils ne s’y seraient pas mieux pris. Pour ma part, mon féminisme presque militant m’engage à défendre le statut de la femme en toute occasion. Je n’éprouve pour elle que respect et admiration et la commercialisation du sexe m’a toujours paru indigne.

Que la loi passe.

Je constate néanmoins que nombre de prostituées refusent qu’on les prive de leur gagne-pain. D’autres ont pour les hommes, sinon pour les proxénètes, de la sympathie, car ils seraient le plus souvent timides et embarrassés, propres et respectueux. Elles soulignent aussi que, en dépit de la libéralisation des moeurs engagée depuis une demi-siècle, elles gardent leur utilité pour des quantités d’hommes, d’adolescents ou de jeunes gens  affectés par une misère sexuelle qui n’aurait pas disparu. Doit-on pénaliser ceux qui n’ont pas une vie sexuelle régulière ? Doit-on continuer à exposer des femmes à la violence, à la perversion et au mépris ? Mais surtout dois-je vous donner mon avis sur la question ? La vérité est que je n’ai pas d’avis, que l’abolition ne fera pas disparaître le marché, et que, comme pour les autres catégories d’individus, des conducteurs aux épargnants, on va culpabiliser tous les hommes, ceux qui recourent aux prostituées et ceux qui n’y recourent pas. Que la loi passe, on verra bien ce qui en sortira.

Un homme cloué au pilori.

J’éprouve la même incertitude au sujet des retraites chapeau. Il me semble évident qu’un P-DG, comme Philippe Varin, qui a laissé son entreprise (PSA), descendre vers des abysses d’insolvabilité, et a détruit huit mille emplois, ne mérite pas d’être récompensé, au terme de sa fonction, pour des services qui furent peut-être loyaux mais sûrement pas bons. Ce qui me gêne, c’est cette façon de le clouer publiquement au pilori, de l’interpeller sur toutes les ondes, de le désigner presque comme un criminel, bref de se livrer sur lui à une attaque ad hominem qui me parait tout à fait exagérée. Il suffit d’en finir avec la pratique des retraites que décident les membres complaisants des conseils d’administration. La mise à mort de M. Varin n’a qu’un avantage : elle rend presque impossible l’annonce d’autres retraites chapeau et il n’y pas besoin d’une loi pour parvenir à ce résultat.

Enfin, un bijoutier a abattu, une fois de plus, un cambrioleur cagoulé et armé qui l’avait agressé. Nouvelle polémique. Je dirais timidement, mais sans trop m’accrocher à l’argument, que les auteurs de casses devraient être dissuadés par le danger croissant qu’ils courent. Bon, d’accord, je retire cette suggestion. On ne peut pas, en démocratie, se faire justice soi-même. Des bijoux ne vaudront jamais une vie. Mais, vous voyez, le problème ne sera pas résolu ; car on ne pourra pas non plus affecter un policier à chaque bijoutier. Je n’ai donc pas d’opinion sur le sujet.

RICHARD LISCIA

PS – Je traite le sujet de la diminution du chômage en octobre dans « le Quotidien du médecin » de lundi 2 décembre.

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5 Responses to Faut-il avoir toujours un avis ?

  1. A3ro dit :

    Votre avis nous est trop précieux, j’en ai bien peur.

    Avoir un avis à tout prix est un des grands défauts de nos politiques : là aussi, ceux qui ont la lucidité/l’honnêteté de dire « je ne connais pas assez bien ce sujet pour faire une déclaration pertinente » sont bien rares.

    Concernant le bijoutier, il était apparemment mis en joue par un « gomme cogne », sorte d’arme à l’apparence d’un pistolet censé tirer des balles en caoutchouc et aisément modifiable pour tirer des cartouches létales. Je pense que ce n’est pas tant une question de se faire justice soi-même qu’une question d’autodéfense. Il a cru être en danger, il a tiré : c’est regrettable mais aux États-Unis il n’y aurait pas la moindre polémique.

    • Laget Jean-Paul dit :

      M. Varin renonce en fait à un tiers de sa retraite chapeau, (déjà confortable !) mais il prive le fisc des deux autres tiers, ce qui doit chagriner M. Cazeneuve.

  2. Chambouleyron dit :

    M. Varin n’était-il pas mandaté par son conseil d’administration pour dégraisser (le vilain terme) l’entreprise ?
    Juridiquement, nous avons le droit de tuer si notre vie ou celle d’autrui est en danger.
    Que l’état attaque les réseaux de la prostitution et protège les prostituées libres!
    Merci de votre non avis.

  3. Plapla dit :

    Il est effectivement difficile de donner un avis.
    La pénalisation des clients fournit un argument de poids aux prostituées pour se soustraire à certaines exigences de consommateurs déviants ou de proxénètes. C’est le versant protecteur de cette loi. Mais le marché va se réorienter vers de nouveaux moyens de mise en relation qui seront incontrôlables.
    Fallait-il pour autant supprimer par la même loi l’interdiction de racolage qui représente une vitrine peu glorieuse du commerce du corps ? Est-ce un hommage que le vice rend à la vertu ? Les maisons closes n’avaient pas que des défauts.

  4. Herodote dit :

    Un avis n’a que la valeur de son analyse. On peut se passer du premier, jamais de la seconde. Argumenter? Certes, mais conclure, c’est s’engager. Un avis est un choix toujours discutable. Continuez donc de nous offrir les deux, voulez-vous? Ne serait-ce que pour le plaisir de contester votre avis.

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