Le mythe de la vie privée

Valérie Trierweiler
(Photo AFP)

La liaison présumée de François Hollande avec l’actrice Julie Gayet a pris brusquement une tournure politique pendant le week end. L’Élysée n’a pas caché que Valérie Tierweiler avait été hospitalisée à la suite des révélations, vraies ou fausses, du magazine « Closer » sur la liaison supposée du chef de l’État. L’explication avancée par le secrétariat de Mme Trierweiler se résume au choc infligé à la première dame par l’irresponsabilité de « Closer ».

MAIS LE PROBLÈME est plus vaste. L’affaire éclate à la veille d’une conférence de presse que le président donnera demain après-midi. Il devait y exposer sa nouvelle politique économique, mais nul doute que les journalistes lui poseront des questions sur sa vie privée. Il lui en coûterait de refuser d’y répondre. Il lui en coûterait davantage encore d’entrer dans des protestations ou des explications qui finiront par créer un tunnel dont il ne verra pas le bout. En fait, il ne trouvera son salut que s’il est en mesure de démentir l’information que « Closer » a annoncée. Dans ce cas, cependant, il l’aurait déjà fait vendredi dernier, c’est-à-dire quand il s’est exprimé à l’AFP pour dénoncer l’ingérence dans sa vie privée.

Le mal est fait.

Le voyeurisme d’une presse sans scrupules est dénoncé par à peu près tout le monde, y compris dans la majorité des journalistes, qui savent quelles limites ils doivent poser à leurs investigations. Mais le mal est fait. Et il est inutile de se cramponner à un principe dès lors qu’il a été violé et que le secret est levé. Le monde entier est au courant et en parle bruyamment. Feindre de ne rien savoir serait stupide. Refuser d’en parler est désormais impossible. Pour établir un parallèle, il suffit d’examiner le cas d’Internet : on y échange des idées violentes, pour ne pas dire assassines, des insultes et des grossièretés. Mais dans ce torrent de haine, il y a des informations qui, parfois, ne sont pas mentionnées ailleurs et dont il faut tenir compte.

Je ne suis guère séduit par ce que je trouve parfois sur la Toile ; je n’ai jamais lu « Closer »; je suis révolté par l’affront fait à Mme Trierweiler par des gens sans scrupules. Mais je n’irai pas jusqu’à dire que cette nouvelle affaire ne laissera aucune trace. Elle affaiblit moralement le président, dont la cote de popularité est assez basse pour qu’il ne prête pas le flanc à de nouveaux quolibets ; elle complique sa relation avec les Français qui, déjà, ne comprennent pas très bien où il les emmène ; elle brouille l’idée que l’on se fait de l’action gouvernementale au moment précis où le chef de l’État veut la relancer.

Le vaudeville ne fait pas rire.

Le feuilleton des avanies est décidément très fourni en épisodes haletants, en rebondissements imprévus qui ne cessent de surprendre le lecteur, en coups de théâtre qui maintenant forment la trame d’un vaudeville.  Il ne fait pas rire pour autant. M. Hollande n’a tenu aucune des promesses  contenues dans l’anaphore qu’il a déclamée dans l’entre-deux tours de la campagne électorale. Nous aurions juré que, à tout le moins, il nous vengerait des frasques de son prédécesseur par une vie personnelle sans histoires. C’est raté, comme le reste.

Je reçois ici des messages extrêmement sévères pour le chef de l’État et j’ai parfois envie de répondre que son échec sera aussi le nôtre, s’il ne remet pas les chômeurs au travail, s’il n’arrête pas l’endettement public, s’il ne relance pas la croissance. Car la question n’est pas de savoir qui gouverne et pendant combien de temps. La question porte sur le salut économique et social du pays et sur son avenir.

RICHARD LISCIA

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7 Responses to Le mythe de la vie privée

  1. Gales dit :

    Je ne plains pas Mme T. Qui ne s’est pas inquiétée de l’affront fait a Mme R. Juste retour des choses ? En tout cas ces gens là n’ont aucune morale. Ils me dégoûtent, dire qu’ils nous dirigent !

  2. JOHNSON Raymond Messanvi Psychiatre - Psychanalyste à Lomé au TOGO dit :

    Il m’a toujours semblé que le pouvoir politique finissait par se faire identifier à la puissance sexuelle et c’est pourquoi je ne suis nullement étonné par les révélations concernant l’Elysées qui déchaînent actuellement les médias. Je pense ici à nos ‘roitelets africains’ dont notre défunt
    Président Eyadéma, qui paraît-il, a laissé derrière lui une progéniture d’environ une centaine d’enfants connus ou inconnus. Son successeur, de facto, son fils, n’est pas en reste et le peuple togolais n’a que ses oreilles pour entendre et ses yeux pour voir.

  3. taviot sigrid dit :

    Nous avons voté pour un président et non pour un couple.La vie privée de M. Hollande (qui ressemble à celle de M. toulemonde) ne concerne que lui et ses proches. La notion même de première dame me semble totalement aberrante. Sommes-nous en république ou encore dans une pseudo-royauté machiste ? Aurons nous un premier monsieur, si une femme est élue, que la présidente trimbalera partout ? Ce qui importe est la conduite politique de M. Hollande.Il est élu et rémunéré pour effectuer un travail. Au travail, nos conjoints ne nous accompagnent pas

  4. PAPOUNET dit :

    Un folklore comique. Ce président en exercice a imposé sa maîtresse à l’ensemble des citoyens de ce pays puis les médias ont en rajouté une couche en la présentant comme la « Première Dame de France » et aujourd’hui on apprend que François a fait des infidélités à cette personne.
    Outré, le François réclame le droit à la vie privé en oubliant qu’il a lui-même mis en évidence cette vie privée en nous présentant sa maîtresse. Le président de ce pays est censé représenter la République et ses institutions, donc il était soumis à un devoir de réserve sur sa vie sentimentale en évitant de nous montrer sa maîtresse du moment !

    • Chambouleyron dit :

      Bravo Papounet ! Il faut peut-être différencier vie intime et vie privée . La frontière est sûrement flou . S’arrêter au seuil de la chambre à coucher ? Comme recommandé par le Canard Enchaîné . Mais cela se passe souvent ailleurs. Je crois que nos politique ont mis eux même leur vie dans le médiatique et qu’ils y laisseront leur crédibilité s’ils s’accrochent à ce respect de la vie privée qui n’a plus cours.

  5. Jeanjean dit :

    Je ne peux que souscrire à tous ces commentaires sur les propos de R Liscia qui, comme souvent résument avec une très grande justesse ce que l’on pense. Comme je n’ai jamais compris le statut de première dame qui semble effectivement sortir tout droit de l’époque de la royauté, je ne saisis pas l’insistance des médias à faire en sorte que Mme Treierwieler soit considérée comme telle, sauf à vouloir nous convaincre aux forceps de la « normalité de notre bon président » que certains affublent d’ailleurs du titre de « normal premier », peut être à juste titre.

  6. PAPOUNET dit :

    Si on voulait être de mauvaise foi, on s’étonnerait de la durée d’hospitalisation de la maîtresse en titre de notre très « valeureux » président alors que dans de nombreux services hospitaliers, on court après des lits pour des problèmes de santé nettement plus graves qu’une déprime?
    L’échec est consommé depuis plusieurs décennies. La destruction de notre tissu industriel n’est pas due qu’à la gauche, la droite a participé à l’ouvrage. Il serait temps de responsabiliser pénalement et financièrement toutes ces personnes qui sont les acteurs du déclin de notre pays.

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