Taxis !

Un bouchon sous l’oeil de la maréchaussée
(Photo AFP)

La grève des chauffeurs taxis n’est pas anodine. Elle a déjà eu lieu plusieurs fois et se reproduira. Elle n’est pas traitée par le gouvernement avec la détermination nécessaire. Elle cause et causera encore de lourdes perturbations. Enfin, elle ne traduit pas une revendication excessive et corporatiste, elle est inspirée par une forte injustice. 

L’ÉTAT, dans son génie particulier, a prévu, pour les chauffeurs de taxis non seulement qu’ils aient une bonne formation, ce qui semble utile pour la sécurité et les connaissances topographiques, mais qu’ils disposent aussi d’une licence d’exploitation. Les chauffeurs ne sont jamais riches. Ils travaillent dur, dans des conditions de circulation chaque jour plus difficiles, et, une fois qu’ils ont payé leurs charges, il ne leur reste souvent que le salaire minimum. À Paris, la licence coûte 230 000 euros. C’est une somme faramineuse, qui ne peut être récupérée qu’à la retraite si la licence est vendue à un successeur.

Le symbole d’un système.

Le système des taxis est symbolique de tout le système économique français. On a fait des chauffeurs des sortes de notaires qui possèdent une charge. Les gouvernements de Nicolas Sarkozy, puis de François Hollande, ont voulu libéraliser la profession. L’idée est simple: comment mettre un terme à la pénurie des taxis dans les grandes villes ? En créant de nouveaux chauffeurs. Comme ceux-ci doivent acheter une licence au coût rédhibitoire, les concurrents sont rares. Autre idée : supprimer la licence ou en ramener le prix à un niveau raisonnable. Malheureusement, dans ce cas, il faut que l’État rachète leurs licences aux 18 000 chauffeurs. Faites le compte.

Le gouvernement a donc inventé l’obsolescence programmée de la licence en fermant les yeux sur ce qui est formellement interdit, c’est-à-dire de faire le taxi sans en avoir le droit. Il a créé une dérogation qui permet à pratiquement n’importe qui de convoyer des clients sans avoir le titre officiel de taxi et si la transaction résulte d’un accord entre le chauffeur et le client, applicable non pas immédiatement mais au bout de quinze minutes. Il faut sans doute être énarque pour inventer ça. Résultat : on expose les usagers à toutes sortes d’abus, à commencer par les prix, qui risquent d’être excessifs et ne sont pas contrôlés.  Rien ne vaut le bon vieux compteur.

Bien entendu, les meneurs de grève ont poussé le bouchon un peu loin en empêchant de travailler les chauffeurs qui le souhaitaient, en bloquant la région parisienne, en empoisonnant la vie de millions de citoyens qui n’ont absolument rien contre les chauffeurs de taxi. Bien entendu, le gouvernement, qui, conscient de la sincérité des chauffeurs, ne souhaite pas les réprimer, a laissé faire, ce qui ne le rend pas plus populaire. Et on ne saurait dire que Air France ou la SNCF aient volé au secours de leurs clients paralysés à la gare ou à l’aéroport. Je peux en témoigner : hier, je me trouvais à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, où les bus, plus rares que d’habitude, allaient plus souvent à Disneyland qu’à Paris. Je n’ai dû mon salut qu’à un chauffeur qui voulait travailler et m’a conduit chez moi, en banlieue, en faisant un immense détour. Après douze heures de voyage aérien, j’avais attendu pendant une heure un bus qui n’est jamais arrivé.

RICHARD LISCIA 

 

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4 Responses to Taxis !

  1. Dr Delahousse dit :

    Politique de gribouille.
    Comment voulez vous qu’un énarque, qui vit sur une autre planète, puisse gérer efficacement et dans la justice la situation des chauffeurs de taxi, dont la contrepartie à leur condition de smicard (pas aux 35h) est le petit patrimoine que représentent leurs licences?
    Quant à la gène (évidente) que représente leur grève, on pousse moins des cris d’orfraie quand il s’agit de celles des services publics. Peut-être aussi l’habitude aidant…
    Sans parler des grèves qui ne gênent personne, véritables coups d’épée dans l’eau…

  2. beurton d. dit :

    Je suggère une solution pour augmenter le nombre de taxis à Paris seule grande capitale au monde où il y a si peu de taxis : comme dans le Perissol pour l’acquisition d’un appartement neuf, pourquoi ne pas racheter les licences au prix d’acquisition à ceux qui en sont possesseurs sous forme d’un dégrévement d’impÔt étalé sur 10 ou 20 ans selon l’age du détenteur? Compte tenu du nombre relativement modeste de taxis ce serait indolore pour le budget de l’Etat d’autant plus que l’on continue à payer pour entretenir les avantages consequents des employes et de leur famille de la SNCF,GDF,EDF, Air France,Banque de France, etc.

    • Dr Delahousse dit :

      Soit sur 10 ans, 23 000 € par an, sur 20 ans la moitié.
      Sauf votre respect, sur quelle planète vivez vous également monsieur B.?
      Savez vous qu’avec ma retraite de médecin, il me faudrait, en me dégrévant totalement de mon IR, plus de trois quarts de siècle pour être indemnisé de ma mise ?
      Revenons sur terre.

  3. PAPOUNET dit :

    Hypocrisie , quand tu nous tiens! Les chauffeurs taxis oublient qu’ils ont eux-mêmes mis en place le système payant des licences. Les VTC ne datent pas d’hier, avant on les appelait les taxis petite remise. Ces derniers n’avaient pas de lumineux et ne pouvaient pas se mettre en station.
    Un taxi peut faire des déplacements sanitaires, certainement pas les VTC.
    Il faut voir les prix prohibitifs alors il faudrait que ce gouvernement chargé de faire des économies fasse arrêter le matraquage. Un VSL (taxi) prend approximativement 160 euros pour une course aller-retour d’une cinquantaine de km, prix pris en charge par la sécurité sociale.
    De qui viennent les abus ?

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