Marine au top

Marine superstar
(Photo AFP)

Un sondage TNS SOFRES diffusé aujourd’hui par France Info, « le Monde » et Canal+ indique que 31 % des Français envisagent de voter pour Marine Le Pen. Trente quatre pour cent sont d’accord avec les idées du Front national, le plus haut niveau jamais atteint par le FN dans un sondage d’opinion. Soixante et onze pour cent estiment que l’on ne défend pas assez les valeurs traditionnelles en France.

CETTE ENQUÊTE est évidemment inquiétante pour les républicains convaincus, mais elle ne fait que confirmer une progression du FN dont tout le monde est conscient. Cette progression s’explique par la déception plutôt vive que la gestion du pays par la majorité actuelle inspire à l’opinion. Les Français estiment qu’ils ont essayé tour à tour les recettes de la droite et de la gauche sans obtenir une amélioration de la situation économique et sociale. De ce point de vue, le Front a l’avantage du parti qui n’a jamais exercé le pouvoir et qui pourrait apporter des solutions inédites aux problèmes d’emploi, de croissance et de pouvoir d’achat qui nous accablent.

Ni franc, ni peine de mort.

Mais il ne faut pas trop se fier à la cohérence du raisonnement des électeurs. Ils ne veulent ni d’une sortie de la France de l’euro ni d’un rétablissement de la peine de mort. Ce sont pourtant les instruments préconisés par Marine Le Pen pour lutter contre le chômage et l’insécurité. Les Français (58 %) ont plutôt le sentiment d’être bien compris par Mme Le Pen ; et la proportion des sympathisants UMP qui la croient capable de rassembler au-delà de son camp passe de 45 % à 58 %. Les résultats de cette enquête confirment que les Français considèrent le FN comme un parti aussi respectable que les autres et que, s’il gouvernait, il ne ferait pas plus mal que la droite ou la gauche. Ce en quoi ils se trompent, car le retour à la monnaie nationale serait un désastre pour l’économie.

L’engouement pour le Front résulte certes de la crise économique et financière qui a favorisé le renforcement de l’extrême droite dans toute l’Europe, mais il traduit l’incapacité de l’UMP à se distinguer du FN et à rejeter ses méthodes démagogiques. Il appartient à la droite de dire en quoi son programme serait différent de celui du Front, plus efficace, plus durable. La course au populisme (dont Jean-François Copé ne porte pas seul la responsabilité) décrédibilise l’UMP. La gauche, de son côté, ne fait strictement rien pour combattre les avancées du FN. Lequel, pourtant, menacera autant la gauche que la droite lors des prochaines échéances électorales. L’opinion, c’est le moins que l’on puisse dire, n’est guère satisfaite du bilan des vingt premiers mois de la gestion socialiste du pays. Elle a le sentiment d’avoir essayé la droite, puis la gauche et que les deux ont été également inefficaces.

Un sourd mouvement.

À quoi s’ajoute le programme réformiste de François Hollande, qui a beaucoup plus concerné les moeurs que l’économie. Les socialistes ont tiré une immense satisfaction de l’instauration du mariage homosexuel, ce en quoi je les ai approuvés, mais sans tenir compte du fait qu’une bonne moitié de la France y était hostile, ce qui les obligeait à la discrétion alors qu’ils en ont fait un triomphe. De le même manière, ils exaltent leurs réformes en matière d’éducation et de justice alors qu’elles déclenchent de très sérieux phénomènes de mécontentement. Cette incapacité à « gouverner tous les Français », ce que les nouveaux présidents promettent toujours mais ne font jamais, explique les manifestations dominicales où s’exprime avec violence une extrême droite qui ne s’identifie même pas au FN.

Enfin, on perçoit ce sourd mouvement qui monte des eaux profondes où se cachent des pensées naguère inavouables mais désormais affichées sans complexe. Un exemple : Manuel Valls a perdu plusieurs points de popularité parce qu’il s’est livré contre Dieudonné à des poursuites que je juge, pour ma part, parfaitement légitimes. Tout à coup, on a vu des Français se dresser, au nom de la liberté d’expression, en faveur d’un homme assez antisémite pour revendiquer publiquement sa haine des juifs. Quoi qu’elle pense de cette affaire, ce sont des gens tels que les amis de Dieudonné que Marine Le Pen va récolter. L’extrême droite, c’est ça. Et pourtant, un tiers de l’opinion n’a qu’indulgence pour elle.

RICHARD LISCIA

 

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3 Responses to Marine au top

  1. PAPOUNET dit :

    Apparemment, vous baignez dans le conformisme politique si vous soutenez les réformes et lois des libertins. L’ensemble des Français ont d’autres préoccupations que le mariage pour tous, la reconnaissance des sexes à l’école primaire ou les guerres en Afrique. Alors qu’on importe des médecins espagnols, roumains et italiens, on voit 70 % des étudiants en première année de médecine redoubler. Il suffit d’aller dans les hôpitaux pour se rendre compte que les kinés viennent en majorité d’Espagne. Alors il ne faut pas s’étonner de voir Marine Le Pen monter dans les sondages. Enfin nous sortons d’un quinquennat de droite qui a laissé au pays une dette de 1 800 milliards d’euros et plus de 600 milliards de dépenses non justifiées.

    Réponse :
    Justement, je ne m’étonne pas de l’ascension de Marine Le Pen et je l’explique. Je ne crois pas que les kinés espagnols expliquent la montée de l’extrême droite. En tout cas, ce n’est pas en dénonçant tout le monde et tous azimuts que l’on arrivera à soigner la société française. 600 milliards de dépenses « non justifiées » ? Sans elles, les hôpitaux seraient fermés depuis longtemps.Rien n’est simple.

  2. Dr Delahousse dit :

    Quand on a la droite « la plus bête du monde » et un parti au pouvoir totalement inefficace, peut-on jeter la pierre à tous ceux qui ne voient pas le bout du tunnel et s’enfoncent dans le marasme et s’accrochent à la première bouée venue ?
    Nous, généralistes, sommes aux premières loges pour constater la douleur et le désespoir de bon nombre de nos concitoyens.
    Nous n’avons pas besoin d’hommes politiques mais d’hommes d’État, pas là pour suivre le peuple mais pour le guider, capables d’assumer des décisions douloureuses en se fichant comme d’une guigne de leur éventuelle réélection.
    Car, quand on est en permanence en campagne électorale, on finit, à vouloir satisfaire tout le monde, par ne produire que des mécontents.
    Une piste serait-elle alors un mandat, éventuellement plus long, mais non renouvelable?

  3. LECRU JEAN dit :

    Rien n’est simple pour ces gouvernants dont les mensonges pré-electoraux se retournent contre eux, cette prétendue gauche au pouvoir qui hait les riches (vous savez, ceux qui ont plus que moi) et qui méprisent les pauvres, cette gauche qui divisent les Français, en continuant à faire
    de fausses expériences de modernité sous prétexte d’évolution de la société, reliquat de la pensée libertaire des années 68.
    Si, depuis dix ans, nos dirigeants avaient eu un comportement exemplaire, le FN n’en serait pas là ; le vote des Suisses de ce dernier dimanche doit nous interpeller sur la dangerosité des affirmations péremptoires et intransigantes de la penséee unique actuelle ; aussi un referendum sur l’entrée de la Turquie dans l’UE me paraît être la dernière mauvaise idée de M. Hollande ; à quand la prochaine ?

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